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DESSIN DE V. GILBERT

Halles, alors inondées de lumière électrique, entre minuit et le lever du jour, tandis que les maraîchers conduits par leurs bêtes, qui savent bien le chemin, arrivent somnolents sur leurs charrettes, s’arrêtent aujourd’hui à l’endroit même où ils se sont arrêtés hier et attendent patiemment, continuant leur somme sur un sac étalé à terre, l’heure matinale où commencera la vente à la criée.

La vente à la criée, encore une chose amusante à voir, un tableau étrangement mouvementé dont nulle ville au monde ne vous donnera la reproduction.

La matinée est d’une animation particulièrement curieuse; toutes les rues qui entourent les Halles ou y aboutissent sont alors encombrées de revendeurs dont les cris bizarres, les invitations pressantes, sollicitent quand même l’attention du passant ou de la ménagère qu’ils assourdissent; ce sont les marchands aux petits tas qu’à dix heures juste le son d’une cloche disperse et qui disparaissent, abandonnant parfois les marchandises invendues, avec la rapidité d’une volée d’oiseaux effarouchés.

A partir de ce moment, les Halles appartiennent aux locataires des trois cent cinquante places que contiennent chaque pavillon.

Disons-le, à l’honneur de notre époque, la grossièreté proverbiale des dames de la Halle s’est bien adoucie aujourd’hui ; les rapports entre vendeuses et acheteuses sont presque aussi corrects qu’ils pourraient l’être dans les boutiques similaires de la ville. Le catéchisme poissard est passé à l’état légendaire ; on n’en connaît plus les termes.

Un type qui n’est pas d’hier subsiste encore aux Halles, nous voulons parler de la marchande qui, moyennant dix centimes, sert aux consommateurs plantés debout autour d’elle un bol plein de soupe bouillante. Simple réconfortant pour les rudes travailleurs des Halles, ce bol de soupe est quelquefois la seule nourriture que certains pauvres peuvent s’offrir pendant tout un jour.

Au sortir des Halles, nous ferons un petit crochet vers le nord, et, par la rue du Cygne, nous rejoindrons la rue Saint-

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Denis et nous nous trouverons devant le petit, mais gracieux portail de l’église Saint-Leu-Saint-Gilles.

Vous l’avez remarqué déjà, les origines de nos monuments religieux* sont généralement fort anciennes; Saint-Leu, église d’importance secondaire, était au treizième siècle une chapelle servant de succursale à l’église paroissiale de Saint-Barthélemy; reconstruite en 1320, érigée en paroisse par l’évêque de Paris^ Henry de Gondy, en 1G47, elle subit en 1727 des réparations et des modifications importantes. Le revêtement en boiseries de la chapelle de Saint-Joseph est un des derniers vestiges des travaux exécutés alors ; ces boiseries sont attribuées au sculpteur Guillaumet. A peu près entièrement reconstruite en 1780, sous la direction de Charles de Wailly, l’église vit alors exhausser son sanctuaire, édifier son maître-autel et installer sa chapelle souterraine.

En 1858, lors du percement du boulevard de Sébastopol, le chevet empiétait de quelques mètres sur l’alignement projeté; il fut rapetissé, et l’intérieur dut subir la suppression de trois chapelles et l’étranglement regrettable que .vous pourrez constater derrière le chœur ; par contre, c’est de cette époque que datent la façade renaissance du boulevard de Sébastopol, la chapelle de la Vierge installée sur le flanc droit de l’édifice et le presbytère. L’architecte de ces • travaux, M. Baltard, a su très intelligemment satisfaire aux exigences d’un programme difficile.

L’intérieur, comme celui de presque toutes nos églises parisiennes, contient un grand nombre de tableaux, de peintures murales et de statues. L’inventaire des richesses d’art de la France (Paris, monuments religieux, tome II, 1885) en donne une nomenclature complète que nous ne croyons pas devoir rééditer ici.

Qu’il nous suffise de constater la présence de quelques toiles de l’École française des seizième et dix-septième siècles, parmi lesquelles un Saint-François de Sales sur son lit de mort , attribué à Philippe de Champaigne ; les Disciples d’Emmaüs, de Restout ; une esquisse représentant le Père éternel, qu’on suppose être de Le Brun, et enfin, dans la

crypte, un Christ au tombeau , statue en plâtre d’une fort belle expression provenant de l’ancienne église du Saint- Sépulcre et, selon l’opinion la plus généralement adoptée, œuvre due au sculpteur Jean Champagne. N’oublions pas de remarquer aussi quelques toiles des peintres Cibot, Degeorge, Picot et Délavai.

L’église a beaucoup souffert en 1871 ; la plupart des vitraux qui l’ornaient ont été détruits ; ceux qui la décorent maintenant sont à peu près tous l’œuvre de M. Chabin et ont été exécutés en 1879 et 1880 ; il faut en excepter pourtant les vitraux du chœur personnifiant les Quatre Évangélistesî, qui datent de 1884, dont M. Balze a fourni les dessins à M. Nicod, un de nos habiles verriers modernes.

Nous n’avons plus maintenant qu’une bien petite course à fournir pour avoir tout vu dans le premier arrondissement et revenir à notre point de départ : la place du Châtelet.

Pour l’atteindre, nous descendrons la rue Saint-Denis, nous nous arrêterons un instant devant le poteau cornier qui décore une vieille maison à l’angle de la rue des Prêcheurs; le caractère de ce poteau est, nous croyons l’avoir dit déjà, bien différent de celui qui ornait la maison natale de Molière. C’est un arbre couronné d’une sainte Vierge ; les rameaux, émergeant du tronc, sont terminés par des tulipes qui servent de chaire à des prêcheurs.

Ce débris de l’architecture du treizième siècle suffit, à défaut d’autres documents, pour permettre de constater ici la présence d’une compagnie de Frères prêcheurs de l’ordre de Saint-Dominique, dont la célébrité fut grande jadis.

Nous poursuivons notre route, la rue s’élargit, des percées s’ouvrent'à notre droite sur les Halles, à notre gauche sur le boulevard de Sébastopol ; nous arrivons au square des Innocents, où nous pourrons nous reposer un instant de notre longue excursion en contemplant la fontaine des Nymphes, une des plus anciennes du vieux Paris, l’une des plus jolies encore du Paris moderne.

Son origine remonte au règne de Louis IX ; elle subit en 1550 un premier déplacement et s’adossa aux murs de

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l’église des Saints-Innocents, elle était alors placée à l’angle des rues aux Fers et Saint-Denis et affectait la forme d’une loggia ouverte, ayant trois arcades encadrées de pilastres corinthiens supportant une frise et un attique à fronton triangulaire. La partie décorative du monument avait été exécutée par Jean Goujon.

En 1786, après la disparition de l’église et du cimetière des Innocents, la fontaine, transportée au milieu du marché, prit la forme d’un pavillon carré, percé de quatre arcades ouvertes ; aux naïades sculptées par Jean Goujon, Antoine Pajou en ajouta trois nouvelles.

En 1856, la fontaine, sous la direction de M. Davioud, fut déplacée et modifiée de nouveau ; elle occupe maintenant le centre du square des Innocents; l’ensemble repose sur un soubassement de forme pyramidale, six bassins étagés sur chaque côté reçoivent l’eau qui s’échappe d’une vasque en bronze placée au centre de l’édifice; une petite coupole composée de feuilles de métal imitant des écailles de poisson en forme le couronnement.

Sur les faces nord, est et ouest sont les naïades, tritons et écussons sculptés par Jean Goujon. Vous ne manquerez pas de remarquer à coup sûr la grâce naïve qui les distingue ; la façade est d’une décoration identique et tout entière de Pajou.

Nous n’avons plus maintenant qu’à marcher droit devant nous, à franchir la rue des Halles, vaste voie qui a fait disparaître la vieille rue de la Ferronnerie, où l’on montrait jadis la borne dont s’aida Ravaillac pour atteindre Henri IV, et nous serons revenus à la place du Châtelet, notre point de départ, ayant vu dans ce magnifique arrondissement tous les monuments historiques, artistiques, religieux qui en constituent le grandiose ensemble.

APPENDICE

DÉLIMITATION DES QUARTIERS DE L’ARRONDISSEMENT. NOMENCLATURE HISTORIQUE DES RUES, PASSAGES, PLACES, BOULEVARDS, ETC.

DÉLIMITATION DES QUARTIERS

(Voir le plan.)

Quartier de Saint-Germain-l’Auxerrois ( teinte rose).

8 538 habitants.

Une ligne partant du milieu de la Seine, en face de l’angle sudouest du jardin des Tuileries, et suivant le mur côté ouest dudit jardin — l’axe de la rue de Rivoli (de la fiu au n° 41) — celui du boulevard de Sébastopol (n03 7 à 1) — du pont au Change — et du boulevard du Palais (entier) jusqu’au milieu du pont Saint-Michel

— et le milieu de la Seine jusqu’au point de départ.

Quartier des Halles ( teinte bleue).

30 030 habitants.

Une ligne partant du milieu de la rue de Rivoli, en face de la rue de Marengo et suivant l’axe des rues de Marengo (n,)s 2 à 6) — et Croix-des-Petits-Champs (nos 2 à 52) — de la place des Victoires (nos 3 à 7) — ceux de la rue Etienne-Marcel (nos 51 à 1) — du boulevard de Sébastopol ^n08 65 à 9) — et de la rue de Rivoli jusqu’au point de départ (nos 98 à 162).

Quartier du Palais-Royal [teinte jaune).

13 984 habitants.

Une ligne partant de la rue de Rivoli (n° 194) et suivant Taxe des rues Saint-Roch (nos 2 à 36) — des Petits-Champs (n08 63 à 1)

— de la Feuillade (nos 1 à 7) — de la place *des Victoires (nos 1, 2 et 4) — des rues Croix-des-Petits-Champs (n08 45 à 1) — de Marengo (n° 1) — et de Rivolijusqu’au point de départ(nos 194 à 164).

Quartier de la place Vendôme ( teinte verte).

12 858 habitants.

Une ligne partant de la rue de Rivoli (n° 258) et suivant l’axe des rues Saint-Florentin (nos 2 à 12) — Richepance (nos 2 à 14) — et Duphot(n08 24 et 26) — ceux du boulevard de la Madeleine (uos 21 à 1) — des rues des Capucines (n08 23 à 1) — des Petits- Champs (n08 105 à 65) — Saint-Roch (n08 51 à 1) — et de Rivoli jusqu’au point de départ (nos 258 à 194 bis).

Population de l’arrondissement : 65 410 habitants

NOMENCLATURE HISTORIQUE

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