‹ Paris, promenades dans les vingt arrondissements (volume 2)Chapitre 9 sur 56 · DESSIN DE P. MERWART · texte numérisé non relu

DESSIN DE P. MERWART

Faut- il rappeler que Saint -Eustache vit célébrer, le 4 avril 1791, les funérailles de Mirabeau; que, désaffecté en 1793, il servit à la célébration d’une fête de la Raison qui, grâce au festin dont elle fut suivie, ne tarda pas à dégénérer en véritable orgie?

Ne nous répéterons-nous pas si nous relatons que le culte théophilanthropique fit un instant de Saint-Eustache le temple de l’Agriculture? Ce fut au reste, en ce temps, le sort de presque toutes les basiliques parisiennes.

Rendue au culte, l’église est devenue une des plus importantes paroisses de Paris.

La messe de Sainte-Cécile, qu’on y célèbre chaque année, le 22 novembre, est une solennité musicale à laquelle ne manque aucun dilettante parisien et que nous conseillons vivement à nos lecteurs d’aller entendre. Ils assisteront à l’une des cérémonies religieuses les plus imposantes et les mieux ordonnées qu’il soit possible d’imaginer. Et, s’il nous est permis de leur donner un conseil dont ils nous sauront gré, qu’ils tâchent, ainsi que nous l’avons fait un jour, de pénétrer dans l’église la veille de l’exécution de la messe, et d’assister, cachés dans un coin obscur, à la répétition de cette merveille. Ceci ressemble un peu au roi Louis de Bavière faisant représenter un opéra pour soi seul ; mais ceux qui pourront se permettre cette fantaisie éprouveront une des jouissances les plus complètes qu’un mélomane puisse ressentir. Dans le grand vaisseau, vide et silencieux, sans distraction pour le regard, sans gêne du voisinage, sans préoccupation des entrées, des déplacements, des toilettes, l’oreille, nous allions écrire l’âme, percevra, distinctes et charmantes, dans la sonorité des voûtes, toutes les délicatesses exquises des voix, toutes les savantes mélodies des instruments, toute la puissance des orgues traduisant les improvisations d’un grand artiste : M. Dallier,* organiste de l’église. Nulle église à Paris ne se prêterait, croyons-nous, aussi bien que le vaisseau de Saint-Eustache à la magistrale exécution de la messe de Sainte-Cécile.

Assistez aussi, si vous le pouvez, à un sermon de charité,

PROMENADES DANS PARIS

solennité fréquente à Saint-Eustache, et dans ce vaisseau où la voix porte bien, puissante et persuasive, vous retrouverez, au milieu d’une assistance choisie, une des plus éclatantes manifestations de l’éloquence de la chaire.

A côté de ces tableaux solennels, êtes-vous curieux d’en contempler un autre grotesque, un peu, mais à coup sûr, très parisien ?

Errez autour de Saint-Eustache, paroisse des Halles, un samedi matin, vers onze heures ; vous verrez les noces pénétrer processionnellement dans l’église. Le grand portail est ouvert, le suisse frappe les dalles de la base de sa hallebarde, les orgues chantent, les cloches sonnent ; les dames de la halle ont déserté leurs comptoirs ; elles sont groupées, curieuses et babillardes, autour des couples qui défilent suivis de leurs cortèges de parents et d’amis; elles savent les noms, les prénoms, et qui pis est l’histoire de toutes les jeunes filles qui gravissent le perron. Malheur alors à l’épousée qui, jadis, a fait parler d’elle, si elle s’est permis d’arborer la fleur d’oranger! Les quolibets, les sifflets, les épithètes injurieuses, les projectiles même, et des plus disgracieusement choisis, accueilleront son apparition sur les marches du temple; les huées, troublant la cérémonie religieuse, la suivront parfois jusqu’à l’autel; nous avons vu, nous qui écrivons ces lignes, une malheureuse jeune femme perdre connaissance au moment où le prêtre allait bénir son anneau nuptial; nous avons vu le futur affolé, la noce désorganisée, la foule gouailleuse trépignant et clamant autour de ce désordre, qui, dans un tel jour, pouvait compromettre le bonheur de deux existences; cela s’appelle ici la justice populaire ; c’est brutal, cruel, impitoyable,, mais dans ces courses à travers la grande ville, nous ne nous sommes pas donné pour but unique de visiter les monuments et de raconter leur histoire ; nous avons voulu aussi que le lecteur puisse emporter un souvenir de nos mœurs; nous nous serions reproché de négliger ce détail typique et particulier à l’arrondissement que nous visitons.

La veille de Noël, la messe de minuit est célébrée à Saint-

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