GAILLON. — V1VIENNE. — MAIL. — BONNE-NOUVELLE
DÉLIMITATION
Une ligne partant de l’extrémité dn boulevard des Capucines, en suivant l’axe ainsi que ceux des boulevards des Italiens, Montmartre, Poissonnière, Bonne-Nouvelle et Saint-Denis jusqu'au boulevard de Sébastopol; Taxe de ce dernier jusqu’à la rue Étienne-Marcel, l'axe de celle-ci, ceux de la place des Victoires, de la rue des Petits-Champs et de la rue des Capucines jusqu’au point de départ.
LesPtapes d'un Ttmriste Paxis.
ITINÉRAIRE
POUR LE II0 ARRONDISSEMENT
Rue des Capucines, Crédit foncier ; rue Volney, Cercle artistique et littéraire; rue Daunou, rue de la Paix, ses magasins, Cercle militaire, maison Goupil ; rue du Quatre-Septembre, rue du Port-Mahon, carrefour Gaillon, fontaine d’Antin ; rue Saint- Augustin, rueMonsigny, salle Ventadour, théâtre des Bouffes- Parisiens; passage Choiseul,rue des Petits-Champs, Bibliothèque nationale; rue de Richelieu, place Louvois, fontaine Louvois ; rue Colbert, rue Vivienne, Bourse ; rue de la Banque, hôtel du Timbre; caserne de la garde républicaine, mairie du deuxième arrondissement, passage Vivienne , galerie Colbert; passage des Petits-Pères, église Notre-Dame des Victoires ; rue du Mail, maisons nos 5 et 7 ; place des Victoires, statue de Louis XIV ; rue Étienne-Marcel, maisons n°* 50 et 46, tour de Jean Sans Peur; rue Turbigo, boulevard de Sébastopol, façade du passage Bourg -l’Abbé ; boulevard Saint-Denis, porte Saint-Denis; boulevard Bonne-Nouvelle, rue de la Lune, les brioches, église Notre-Dame de Bonne-Nouvelle; rue Beauregard, rue Poissonnière, rue des Jeûneurs, rue du Sentier, rue du Croissant, les journaux, hôtel du journal» la France »; rue Montmartre, passage des Panoramas, théâtre des Variétés ; boulevard Montmartre, boulevard des Italiens, Opéra-Comique incendié, Crédit lyonnais; boulevard des Capucines, pavillon de Hanovre, salle des Conférences.
Le deuxième arrondissement offrira aux touristes des attraits tout différents de ceux qu’ils ont rencontrés au cours de notre première promenade. Ainsi que tous les arrondissements de Paris, celui-ci est divisé en quatre quartiers.
Voici d’abord le quartier Vivienne ou de la Bourse. Les allures y sont actives, un peu fiévreuses même; les gens affairés, pressés, échangent, en se croisant, des monosyllabes parfaitement incompréhensibles pour quiconque n’est point initié aux secrets du jargon du lieu.
L’allure devient plus calme si nous pénétrons dans le quartier du Mail ; ici on est essentiellement commerçant ; des maisons de premier ordre en tout genre : étoffes, soieries, tulles, dentelles, etc., se cachent sous les apparences les plus modestes.
Aux extrémités de l’arrondissement sont, vers l’est, le quartier Bonne-Nouvelle, un peu triste malgré les nombreuses fabriques de fleurs, de plumes et de modes qui s’y sont groupées ; vers l’ouest, le quartier Gaillon, aéré, vivant et se ressentant tout à la fois de son voisinage avec le premier arrondissement, un peu aristocratique, et de sa proximité avec le quartier Vivienne, tout aux affaires.
Pour visiter le deuxième arrondissement, nous partirons de son point extrême, c’est-à-dire de l’angle formé par le boulevard et la rue des Capucines ; nous entrerons dans cette dernière, laissant à notre droite le Crédit foncier (1), in-
(1) Le Crédit foncier est situé sur le périmètre du premier arrondissement; lors de notre précédente promenade, nous
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stalle dans l’ancien hôtel de Mazade et Villequier d’Aumont, un bâtiment de grande allure, dix-septième siècle.
Si nous poussons une pointe dans la rue Volney, que nous rencontrons à notre gauche, nous pourrons nous arrêter un instant devant la façade du Cercle artistique et littéraire, dont une jolie frise sculptée décore le bandeau au premier étage. Franchirons-nous le seuil du cercle? Oui, sans doute, mais à la condition d’être accompagné par un de ses membres; nous pourrons alors, guidés par lui, visiter le salon de lecture, où les adhérents ont à leur disposition toutes les publications périodiques et tous les livres nouveaux ; la salle de correspondance, où ils peuvent rédiger leur courrier, la vaste salle à manger, un peu solennelle, où les repas sont copieusement et silencieusement servis par des valets en culotte courte ; la salle de spectacle enfin, où, plusieurs fois l’an, sont interprétées par les premiers artistes de nos théâtres des œuvres inédites d’une exquise saveur parisienne.
Mais, vous l’avez compris, le séjour est en ce lieu forcément de courte durée, et nous allons reprendre notre marche.
A quelques pas plus loin, ayant suivi la rue Daunou, nous allons rencontrer la rue de la Paix, une des plus luxueuses de la capitale.
Si nous voulons nous abandonner ici à cette douce flânerie si chère aux Parisiens, si attrayante pour les touristes, nous pourrons mettre un long temps à la parcourir, retenus que nous serons à chaque pas par les séductions multiples et variées de ses luxueuses vitrines.
Modistes, lingères, bijoutiers, papetiers, marchands de
n’avons pas jugé à propos de faire un détour pour le visiter; nous agirons plusieurs fois ainsi dans l’intérêt de la rapidité de nos courses et de la clarté de nos itinéraires, mais nous signalerons toujours, en ce cas, à quels arrondissements appartiennent les monuments que nous verrons en dehors de la délimitation officielle..
cristaux rivalisent dans la rue de la Paix de sentiment artistique, d’élégance, de richesse et surtout de bon goût.
Avant de passer dans la rue du Quatre-Septembre, nous saluerons à notre droite le Cercle militaire; à notre gauche, nous stationnerons forcément devant les livres rares et les magnifiques reliures exposés dans les vitrines de la librairie Fontaine qui a pris ici la place de la maison Goupil.
La rue du Quatre-Septembre, qui fut originairement la rue du Dix-Décembre, conduit directement à la Bourse, mais nous la quitterons par la rue du Port-Mahon pour gagner le carrefour Gaillon, où nous nous arrêterons devant la fontaine d’Antin.
Ce gracieux monument, élevé au fond du carrefour, fut construit en 1828 sur les dessins de Visconti et remplaça celui qu’avait fait ériger en 1707, contre les murs de son hôtel, un contrôleur des finances nommé Michel de Chamillard.
La fontaine, d’un fort charmant aspect, est placée dans une niche encadrée de colonnes d’ordre composite; des piédestaux à pans coupés supportent deux vasques cylindriques, un jeune triton, monté sur un dauphin qu’il frappe de son trident, décore la vasque supérieure ; l’édifice est couronné d’un petit attique dont les pilastres, surmontés de vases décoratifs, sont ornés de dauphins et de cornes d’abondance.
La figure principale est du sculpteur Jacquot, les ornements accessoires, de Combetle et Verre.
Un bout de la rue Saint-Augustin parcouru, nous arrivons à la rue Monsigny, où nous apercevrons à la fois la façade de ce qui fut jadis la salle Ventadour et, sur notre gauche, le théâtre des Bouffes-Parisiens.
La salle Ventadour était autrefois une des plus jolies et des plus luxueuses de Paris ; construite en 1826 par les architectes Huvé et Guerchy, elle répondait à toutes les aspirations d’une troupe de premier ordre aussi bien qu’à toutes les exigences d’un public élégant.
La scène était vaste, la salle sonore, les places commodes, la décoration riche et de bon goût, la lumière habilement distribuée.
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Installée au fond d’une vaste place, entourée de rues larges de 12 mètres, elle avait un grand aspect, des abords faciles, des dégagements nombreux.
Opéra-Comique à son origine, la salle Ventadour devint en 1833, et pour peu de temps le Théâtre-Nautique ; à peu près abandonnée après l’insuccès de cette entreprise, elle ne servit pendant quelques années qu’à des bals et à de grandes réunions ; en 1838, elle prit le nom de théâtre de la Renaissance, et, sous la direction d’Anténor Joly, on y joua alternativement le drame et l’opéra-comique ; c’est là que fut créé par Frédérick Lemaître le Ruy-Blas de Victor Hugo.
En octobre 1841, la salle Ventadour devint le Théâtre- Italien ; Mario, Lablache, l’Alboni et en dernier lieu la Patti, offrirent alors aux dilettantes d’inoubliables soirées. Malheureusement la vogue abandonna les représentations italiennes, et la salle resta encore une fois sans emploi.
Il fut question alors d’y réinstaller l’opéra-comique ; l’idée était excellente, mais il n’y fut pas donné suite.
Précédemment occupée par la Banque d’escomple et la compagnie d’assurances la Foncière, la salle Ventadour, achetée par le Crédit foncier, va en devenir une annexe.
Les Bouffes-Parisiens, dont les balcons de fer surplombent surlarueMonsigny, étaient originairement le théâtre Comte, sorte de Gymnase enfantin fort populaire chez les écoliers d’il y a cinquante ans ; il prit son titre actuel en 1855 quand Offenbach en devint le directeur ; l’opérette, genre qui commence à passer de mode, y obtint d’éclatants succès.
Les Bouffes-Parisiens ont une entrée dans la principale galerie du passage Choiseul (1), haute, claire, un peu étroite, mais garnie de boutiques aux luxueux étalages. Cette galerie nous conduira à la rue des Petits-Champs, et, au point de
(1) Le passage Choiseul est construit sur des terrains ayant appartenu jadis à MM. Mallet frères; il a été commencé en 3 825 et livré à la circulation deux ans plus tard. M. Tavernier, architecte, a fourni les dessins et dirigé les travaux.
rencontre de cette dernière avec la rue de Piichelieu, nous nous trouvons devant la Bibliothèque nationale.
Ici nous sommes plus en présence d’une institution que d’un monument, et c’est de cette institution d’abord que nous allons raconter brièvement l’histoire.
Le goût des livres est un de ceux qui se sont le plus anciennement manifestés chez nous ; il faut dire que pendant plusieurs siècles il ne fut guère en honneur que chez les moines et chez les rois ; les premiers étaient des érudits, les seconds des curieux.
Charlemagne, saint Louis, Philippe le Bel, eurent leurs librairies composées d’un nombre de volumes assez important, eu égard aux époques où vivaient ces personnages ; ajoutons que les possesseurs de ces collections en disposèrent presque toujours à leur mort en faveur de quelque communauté religieuse.
Le roi Jean, lui, transmit son fonds intact de livres à son successeur Charles Y. Celui-ci l’augmenta, le logea luxueusement au Louvre et fit même, en 1373, dresser par son valet de chambre, Gilles Malet, un catalogue des neuf cent dix volumes qu’il possédait.
Cette librairie de Charles Y, bien que tombée en partie au pouvoir du duc de Bedfort quand il fut régent de France, est devenue le noyau de notre Bibliothèque nationale.
Les successeurs de Charles V ajoutèrent de nouvelles richesses à celles dont ils avaient hérité.
Sous Louis XII, la Bibliothèque avait acquis une telle importance que le local qu’elle occupait au Louvre devint, insuffisant pour la contenir. Le roi la fit transporter à Blois. Cette translation ne devait pas être unique dans son histoire, ainsi qu’on le verra par la suite.
L’invention de l’imprimerie fit accroître le nombre des acquisitions, et François Ier rendit, en 1536, la première ordonnance obligeant tous les imprimeurs français à remettre gratuitement à sa Bibliothèque un exemplaire des ouvrages qu’ils publiaient.
Il fit aussi transporter dans son palais de Fontainebleau
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les mille huit cent quatre-vingt-dix volumes que renfermait une salle du château de Blois.
Voulant faire mieux que son prédécesseur, et plus poussé par l’amour du luxe qu’animé par un désir de satisfaction scientifique, Henri II fit moins bien; en 1566, révisant et amplifiant les dispositions de François Ier, il ordonna que les exemplaires destinés à la Bibliothèque fussent imprimés sur vélin et reliés. Ces exigences, onéreuses pour les libraires, les trouvèrent généralement rebelles, et l’ordonnance du roi n’atteignit pas son but.
En 1594, les jésuites ayant été expulsés de France, la Bibliothèque quitta Fontainebleau et fut installée rue Saint- Jacques, au collège de Clermont ; en 1G0I, à leur retour en France, le collège étant rendu aux jésuites, la Bibliothèque déménagea de nouveau et se transporta au couvent des Cordeliers, près la porte Saint-Michel ; les livres étaient alors, l’anecdote est plaisante à rappeler, sous la garde d’isaac Casaubon, controversiste protestant qui, craignant pour sa vie au milieu des querelles religieuses du temps, s’enfuit à la cour du roi Jacques Ier; le titre et les appointements de bibliothécaire lui furent conservés.
Sous Louis XIII, les livres furent trouvés encombrants aux Cordeliers, on les relégua dans une maison de la rue de la Harpe, en face le collège de Narbonne.
Nous allons entrer maintenant dans une époque prospère.
Nous sommes sous Louis XIV, Colbert est contrôleur général des finances et surintendant des bâtiments royaux ; il offre enfin à la Bibliothèque royale un asile digne d’elle; deux maisons de la rue Vivienne, appartenant au ministre, sont aménagées pour recevoir les précieuses collections ; nous employons le pluriel à dessein, car aux quarante mille volumes, aux onze mille manuscrits qui se rangent alors dans ses rayons, viennent se joindre bientôt le cabinet des médailles et la collection des estampes et des cartes géographiques.
La Bibliothèque resta rue Vivienne depuis l'année 1686 jusqu’à l’année 17:24 ; elle fut à cette époque déplacée pour
la dernière fois, et définitivement installée rue de Richelieu, à l’hôtel de Nevers.
Aux fonds anciens sont venus s’ajouter au fur et à mesure, des dons ou des acquisitions, les fonds de Louvois, deLamare, de Baluze, de Tlioisy, de Saint-Martial de Limoges, de Cangé, de Lancelot, de La Vallière, etc.
Sous la Révolution, la Bibliothèque s’enrichit de toutes les collections précieusement conservées jusqu’alors dans les monastères ; dix-huit mille manuscrits et un nombre très considérable de volumes vinrent à ce moment augmenter les richesses entassées rue de Richelieu.
Aujourd’hui, les bâtiments de la Bibliothèque occupent un vaste rectangle ; une de ses faces, la plus intéressante, architecturalement parlant, est celle de la rue des Petits- Champs ou, derrière une porte monumentale accostée de grilles écussonnées, on voit une vaste cour entourée de bâtisses Louis XIII, dont le pavillon central, pavillon de l’horloge, est surmonté d’un petit campanile à jour, charmant de grâce et de légèreté ; à ces bâtiments se raccordent, toujours en façade sur la rue des Petits-Champs, les constructions nouvelles, terminées par un élégant pavillon qui les relie à la grande construction de la rue de Richelieu. Sur la rue Vivienne, on a dégagé depuis longtemps déjà trois élégants bâtiments, contemporains de celui dont nous avons parlé plus haut et qui encadrent maintenant une cour plantée d’arbres, ornée de vases et séparée de la voie publique par une jolie grille.
Cette cour passée, les bâtiments de la Bibliothèque se raccordent tant bien que mal, état tout provisoire, à ceux qui régnent sur la rue Colbert, où nous passerons tout à l’heure.
Pour l’instant, nous allons reprendre la rue de Richelieu et nous entrerons à la Bibliothèque par la porte monumentale qui fait face à la place Louvois.
Sous le vestibule d’entrée, nous remarquerons à droite et à gauche de larges plaques de marbre blanc incrustées dans les murs, dont les inscriptions en lettres d’or nous
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raconteront succinctement, mais clairement, l’histoire de la Bibliothèque, siècle par siècle, depuis Charles V jusqu’à nos jours.
Ce vestibule franchi, nous nous trouverons dans une cour si vaste, si grandiose, si imposante que nous pourrons nous croire un instant transportés dans un de ces palais magnifiques que faisait éclore la volonté de Louis XIV, aidée du génie des Le Nôtre et des Mansart.
Tournant à notre droite, nous gravirons un perron de quelques marches qui nous conduira au vestibule intérieur donnant accès aux salles de travail.
Au rez-de-chaussée, nous trouverons d’abord la grande salle : un vaste carré terminé par un hémicycle ovoide au fond duquel une large baie laisse apercevoir les longues suites de livres rangés dans une galerie fermée au public.
Dans l’hémicycle, sont placés les bureaux des bibliothécaires chargés de recevoir les bulletins de demandes et de transmettre leurs ordres aux commis préposés aux recherches ; auprès, à droite, est la table de la réserve , c’est là qu’il faut se placer si on désire consulter un de ces volumes rares et précieux qui, selon les règlements, fort sages en ce cas, ne doivent jamais échapper à la surveillance directe d’un conservateur.
A gauche, vous verrez la table des périodiques , où toutes les publications littéraires ou scientifiques sont mises aussitôt parues à la disposition des lecteurs.
Sur les côtés de la salle, meublée de larges tables et de fauteuils commodes, sont rangés, à la portée de la main, les encyclopédies et les dictionnaires que chacun peut consulter sans demande.
Comme antithèse à la bruyante salle de la Bourse que nous allons visiter tout à l’heure, il n’est point inopportun de s’arrêter un instant dans ce temple silencieux et recueilli qui s’appelle, à si bon droit, la salle de travail.
Ici, les pas sont étouffés par un épais tapis, les voix ne s’élèvent pas au-dessus du diapason discret d’un murmure, les livres sont posés avec soin sur les tables, feuilletés dou-