DESSIN DE J. GEOFFROY
à quelques pas de là, on voit un gros tilleul, à l’ombre duquel Louis XVI faisail, dit-on, réciter les leçons à son fils.
Une fort belle statue en bronze, érigée en 188G, par souscription nationale, décore la grande pelouse ; c’est celle du chansonnier Béranger, mort en 1857, au numéro 5 de la rue toute voisine qui porte maintenant son nom ; le poète, debout, la tète légèrement inclinée, une main dans la poche, l’autre pendante et tenant un livre fermé, conserve l’attitude qu’il affectionnait, que tous ses contemporains lui ont connue et que le sculpteur, M. Doublemard, a bien saisie et bien rendue. D’autres bronzes, de MM. Antony Noël, Félix Richard, Schœnewerk, décorent les petites pelouses.
En quittant le square par son extrémité est, nous nous trouvons devant la mairie du 111° arrondissement; commencée en 18G4 sous la direction de M. Calliat, elle fut achevée en 18G7 sous celle de M. Chat.
Elle remplace un établissement de bains et lavoir à très bon marché, que l’administration avait fondé en 1854.
L’édifice, avec ses deux batiments extrêmes reliés par un corps de logis principal, affecte la forme d’un II.
Le bâtiment central est précédé, sur la cour d’honneur, d’un élégant pavillon d’ordre dorique au rez-de-chaussée, d’ordre ionique à l’étage supérieur ; un fronton demi-circulaire, interrompu par un cadran d’horloge, surmonte ce
Il pavillon; ses côtés sont ornés de deux statues en pierre : le Commerce et l’Industrie, par M. Pascal.
Par le pavillon on accède au vestibule, au fond duquel se trouve un large escalier conduisant à un vaste palier ; sur I ce palier s’ouvrent les portes de la salle des mariages et des | salons de réception ; la voûte est décorée de bas-reliefs de . M. Lagrange, représentant la Naissance , le Mariage , le Vote et la Mort .
La salle des mariages est richement ornée et d’un fort i séduisant aspect; outre un plafond à trois compartiments, d’une belle ordonnance, elle contient une monumentale i cheminée en pierre et deux grandes toiles marouflées, de '< MM. Sirouy et Barrias : la Loi et la Charité.
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Une petite cour, transformée en jardinet, remplit l’espace libre, en arrière, entre les trois corps de bâtiment.
En quittant la mairie, le promeneur peut, à son gré, suivre la rue des Archives, qui traverse le marché duTemple, s’engager dans la rue Dupuis, ou, faisant un léger détour à gauche, pénétrer dans la rue de la Corderie ; c’est une voie étroite à ses deux bouts, mais dont une petite place triangulaire occupe le centre. Les boutiques, toutes occupées par des revendeurs de vieux habits, sont trop obscures pour que le commerce s’y puisse facilement exercer; aussi verrezvous ces modestes négociants étaler leurs marchandises en pleine voie publique, sur des planches supportées par des tréteaux, à terre même parfois, et le client dépenaillé discuter avec gravité le prix de nippes qui ne valent guère mieux que celles qu’il a sur le dos , ou de fantastiques objets dont l’utilité et l’emploi sont également mystérieux. Derrière les vitres poudreuses des rez-de-chaussée, vous apercevrez un amas indescriptible de costumes hors d’âge, de loques qui ont la prétention d’être des corsages ou des jupes, de coiffures sans fond, de chaussures aux semelles problématiques, de châles sans couleur définissable, de vieux casques, de cors de chasse bossués, que savonsnous? Si vous êtes tenté de collectionner tout cela, un loueur de voitures à bras, établi sous son étroit hangar, vous offrira ses petites charrettes au prix de cinq sous l’heure.
Si l’on a suivi cet itinéraire, on arrivera quand même â la rue Dupuis, et l’on se trouvera dans la rue Béranger, ayant â quelques pas sur sa gauche le passage Vendôme; c’est une galerie courte, étroite, silencieuse, qui mène au boulevard du Temple, et dont l’ouverture remonte à l’an 1825; elle est construite à l’endroit et sur les lieux où les Filles du Sauveur avaient, en 1704, établi leur communauté. Arrivé au boulevard, quelques marches gravies, on se trouvera devant le théâtre Déjazet, construit sur l'emplacement d’un jeu de paume qui appartint jadis au comte d’Artois. Ouverte d’abord sous le nom de Folies-Meyer, la petite salle prit plus tard le
nom (le théâtre Déjazet; la célèbre actrice, associée avec son fils, le dirigeait alors ; quand Ballande, le fondateur des matinées littéraires, l’administra, elle prit le titre, un peu ambitieux, de troisième théâtre français. L’entreprise de Ballande n’eut, malgré les efforts de son directeur, qu’un succès éphémère, et le théâtre est redevenu théâtre Déjazet ; on y joue la comédie bouffe et le vaudeville.
Après avoir suivi un instant le boulevard du Temple, très calme ici, et passé devant le jardin turc, une célébrité d’autrefois, nous rentrerons dans le cœur de l’arrondissement par la rue Chariot ; au point de rencontre de celle-ci avec la rueTurenne, une échappée nous permettra d’apercevoir deux constructions sœurs : les numéros 3 et 5 de la rue Béranger, hôtels qui remontent au dix-septième siècle; le premier sert maintenant d’école communale et le second, ainsi que vous l’indiquera une plaque appliquée à l’un de ses trumeaux, a, dans un de ses plus modestes logis, abrité les derniers jours de Béranger.
Nous descendrons la rue Turenne, non sans nous arrêter un instant devant la maison portant le numéro 116, dont la façade est ornée de deux belles statues en haut relief; devant le numéro GO qui, malgré de récents replâtrages, conserve encore le grand caractère du dix-septième siècle ; devant la jolie statuette de Vierge enfermée sous un grillage, à l’angle de la rue Villehardouin, et nous arriverons à l'église Saint- Denis du Saint-Sacrement.
C’est sur une partie d’un couvent fondé vers 1684 par la duchesse d’Àiguillon, et démoli en 1823, que fut édifiée l’église Saint-Denis du Saint-Sacrement. Godde, alors architecte des églises de Paris, fournit les dessins et dirigea les travaux; rappeler le nom du constructeur, c’est vous éviter la surprise que vous pourriez éprouver en constatant la ressemblance de Saint-Denis avec Notre-Dame de Bonne- Nouvelle.
Godde ne péchait pas par excès d’imagination, et le plan des deux églises est à peu près identique.
Ici, pourtant, nous remarquerons sur le fronton de la fa-
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çade un î>as-relief de M. Feuchères : les Vertus théologales , d’un bon agencement et d’un bel effet décoratif.
A l’intérieur, nous pourrons nous arrêter devant quelques toiles signées : Court, Picot, Decaisne, devant la belle grisaille d’Abel de Pujol, qui décore le fond du chœur, et enfin, et surtout, devant une peinture qu’il faut prendre la peine de découvrir sur le mur de la première chapelle en entrant, à droite; c’est la Pieta , grandiose conception d’un ensemble saisissantetharmonieux qui tient une belle place dans l’œuvre du plus grand peintre de notre siècle. Nous avons nommé Eugène Delacroix.
En sortant de l’église, nous nous dirigerons vers la ruedes Francs-Bourgeois, rencontrant sur notre route, encastré dans la façade du numéro 41, un gracieux édicule connu sous le nom de fontaine Saint-Louis . Il remplace depuis 1846 la Fontaine royale, édifiée vers la fin du siècle dernier.
Dans la rue des Francs-Bourgeois, à l’angle de la rue Sévigné, nous nous trouverons en présence d’une belle et seigneuriale demeure, une des plus pures et des plus complètes expressions du style Renaissance, un des plus curieux chefs-d’œuvre d’architecture que possède la ville deParis,si riche pourtant en ce genre.
C’est l’hôtel Carnavalet.
Jacques des Ligneris, président au Parlement, avait acheté, en 1544, un lot de terrain de la culture Sainte-Catherine; c’est là qu’avec le concours de Pierre Lescot, de Jean Bullant, de Jean Goujon, de Ponce, il édifia ce magnifique hôtel. Après lui, le baron de Kernevenoy en devint propriétaire; de certains embellissements lui furent apportés. Androuet- Ducerceau est l’auteur des quatre éléments qui décorent, à l’intérieur, la façade de l’aile gauche, et aussi des deux figures : la Force et la Vigilance , qu’on voit à l’extérieur, sur les trumeaux du premier étage.
Entre temps, les Parisiens, qui ont toujours aimé les noms faciles à prononcer, avaient adouci ou corrompu, au choix du lecteur, Kernevenoy en Carnavalet, et l’hôtel portait ce nom depuis longtemps déjà quand il fut acheté par un riche
magistrat dauphinois nommé d’Agaurri. Sur les ordres du nouveau propriétaire, Mansart ajouta à l’édifice l’aile droite, qui lui manquait; il remplaça par une rampe de fer la rampe de bois de l’escalier d’honneur, et, se conformant aux pensées de ses prédécesseurs, il fit ajouter aux décorations extérieures des bas-reliefs et des figures allégoriques.
En 1677, Mme de Sévigné, après avoir erré longtemps dans le Marais sans jamais trouver une demeure à sa convenance, acquit l’hôtel Carnavalet, s’y installa, s’y trouva bien et y finit ses jours.
11 serait superflu de relater les noms des propriétaires qui se sont succédé, ici, pendant le dix-huitième siècle ; qu’il nous suffise de constater que la famille de Pommereul habitait l’hôtel quand, pendant la Révolution, l’État s’en empara pour y placer les bureaux de la direction de la librairie. Sous l’Empire, l’École des ponts et chaussées, alors dirigée par le baron de Prony, y fut installée; plus tard, une institution de jeunes gens s’y établit; en 1858, lorsque la ville acheta l’immeuble, il était connu sous le nom de pension Yerdot.
Les galeries du musée nous permettront d’étudier l’histoire de Paris, en quelque sorte depuis son éclosion, et de suivre à travers les siècles ses développements et ses progrès successifs.
Voici des vestiges de cette époque lointaine où des lacs immenses, peuplés de monstres dont les espèces sont disparues, occupaient le territoire de notre cité; en voici d’autres de l’âge où l’humanité, alors à son enfance, inventait ses premières armes : haches et couteaux de pierre. Mais le temps marche et l’ombre se dissipe, Paris est né et le musée vous montrera des fragments sculptés de l’antique église qui précéda Notre- Dame de Paris, des sarcophages, des inscriptions des premiers ans de l’ère chrétienne, des bronzes, des médailles, des poteries, une mèche de cheveux trouvée dans un cercueil du septième siècle, un peigne en os du même temps et, dans une salle spéciale, qu’on n’ouvre au public que pendant la saison d’été, des cercueils, dont les plus anciens remontent au quatrième siècle, les plus récents au dixième ; là sont
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aussi les moulages des squelettes trouvés en 1870, lors de la découverte des arènes de Lulèce, dans les fouilles de la rue Monge.
Si le moyen âge a, proportion gardée, laissé peu de traces au musée Carnavalet, de nombreux tableaux et une curieuse collection de gravures relatifs au Paris des quinzième, seizième et dix-septième siècles rappellent sa vie sous ses aspects les plus divers.
L’époque révolutionnaire est représentée par un nombre considérable de documents du plus haut intérêt : voici d’abord, au plafond de la salle, une bannière fleurdelisée, décorée des armes de France unies à celles de ses alliés monarchiques; autour on lit : Vivent notre Roy, nos princes, nos alliés. Au revers, l’hydre révolutionnaire est figurée audessous de cette légende : Qu'il périsse , le monstre !
Au milieu de la salle, on voit une de ces réductions de la Bastille, tailléesdans une pierre de la forteresse, que 1 ^patriote Palloy avait fabriquées pour les chefs-lieux des quatre-vingttrois départements.
De nombreux portraits et différents souvenirs des hommes du temps entourent la salle ou sont rangés dans des vitrines : Mirabeau, Marat, Couthon, Danton, Barnave, les Chénier, Barbaroux, nous citons au hasard du souvenir, attireront tour à tour votre attention; ici, vous vous arrêterez surpris devant la souriante expression de Robespierre, peint, à vingtquatre ans, par Boilly ; là, vous vous trouverez en présence d’une esquisse de Prieur, représentant Marie-Antoinette à la Conciergerie.
Nous n’avons pas plus ici qu’ailleurs la prétention d’énumérer tout ce que contient le musée. Depuis les cartes à jouer jusqu’aux cocardes, depuis les bonnets phrygiens jusqu’aux clairons etaux tambours, depuis l’épée deLaTourd’Auvergne jusqu’aux piques de sectionnaires, sans oublier les affiches — l’une d’elles annonce officiellement l’exécution de Louis XVI — Carnavalet a réuni les médailles, les fusils, les almanachs, les papiers et les tentures aux emblèmes révolutionnaires, les sabres du temps et aussi
les instruments de torture trouvés dans les cachots de la Bastille.
Ce Musée peut offrir encore de nombreux attraits à notre curiosité; sa collection de monnaies révolutionnaires, la plus complète qui soit peut-être, nous permettra d’examiner toutes les frappes employées depuis le commencement de la Révolution jusqu’à la proclamation du premier Empire; nous verrons aussi des costumes et des faïences du temps, et une réunion de plans, de cartes, de dessins et de livres ayant tous rapport à l’histoire de la capitale. Une salle entière est consacrée aux nombreux souvenirs de la Bastille, et, enfin, dans le salon central, aux murs revêtus d’admirables boiseries provenant de l’hôtel des Stuarts (rue Saint-Hyacinthe), vous verrez un fauteuil à dossier bas et carré, à double pupitre; c’est dans ce fauteuil que mourut Voltaire.
Très curieux et très documentaires pour ceux qui s’occupent de l’histoire de Paris, tous ces objets rangés avec soin, répartis avec goût, ont encore le mérite d’être pour la plupart d’une grande rareté.
Si la façade de la rue Sévigné vous a intéressé, si vous êtes resté longtemps sous le charme, en contemplant la cour d’honneur, si belle de proportions et si richement décorée, vous ne manquerez pas de rendre hommage, en passant par la rue des Francs-Bourgeois, à l’intelligence des restaurateurs modernes; vous remarquerez l’heureuse inspiration qu’ils ont eue en inscrivant sur des tables de pierre, au haut de l’édifice, les noms de tous les hommes qui se sont illustrés dans la chronique, dans l’histoire, dans l’administration, dans les sciences et les arts enfin, qui font la gloire du musée Carnavalet.
Le musée est ouvert tous les jours, de onze heures du matin à trois heures de l’après-midi. Son conservateur estM. Jules Cousin, un érudit épris de ses collections, et dont l’affabilité est devenue proverbiale.
Au sortir de l’hôtel Carnavalet, sur lequel nous n’avons certes pas tout dit, et dont les galeries s’enrichissent chaque
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jour de curiosités nouvelles, nous suivrons la rue Payenne et nous arriverons à l’hôtel de Juigné qui, ainsi que nous l’avons rappelé plus haut, abrita l’École centrale à son origine.
C’est une des plus remarquables constructions du dixseptième siècle; édifié en 1626, par Aubert de Fontenay, un financier qui s’était enrichi en affermant des sels, la malignité parisienne le désigna longtemps sous le nom d 'Hôtel Salé ; il eut plus tard pour propriétaire Lecamus, secrétaire du roi, le duc de Villeroy et enfin M. de Juigné, archevêque de Paris, qui l’habitait lors de la Révolution. La façade, ornée de sculptures, la grande cour, entourée de bâtiments décorés de colonnes, le magnifique escalier d’honneur, tout cela donne à la maison un aspect véritablement princier. Depuis l’émigration de l’École centrale, l’hôtel est loué à divers industriels.
De là nous n’aurons que quelques pas à faire pour nous trouver devant la petite église de Saint-Jean-Saint-François d’Assise.
Cette église est tout ce qui reste du couvent des capucins du Marais, fondé en 1722, par le père AthanaseMolé; devenu propriété nationale en 1790, le couvent fut vendu et démoli; l’église, conservée, put être rendue au culte en 1802, et l’État la racheta définitivement en 1810, pour une somme de 60000 francs. En 1828, on entreprit des travaux d’agrandissement, le chœur s’ajouta à la suite de la grande nef; plus tard, en 1832, la chapelle des catéchismes s’installa dans le prolongement d’un bas côté, au rez-de-chaussée du presbytère; en 1855, M. Victor Baltard édifia le petit porche assez gracieux qui donne accès à l’édifice; enfin, en 1860, la chapelle de la Vierge fut agrandie de toute la profondeur d’un couloir d’isolement qui, sur la gauche, sépare le bâtiment des constructions voisines.
Notre séjour sera court dans cette modeste église. L’orgue, dont les dessins sont dus à M. Victor Baltard, est orné de statuettes en bois, de Merlieux, d’une jolie attitude et d’un effet charmant; la chaire, des mêmes artistes, est exécutée dans un esprit identique.
Dans les deux premières travées, nous saluerons deux œuvres de Philippe de Champaigne : à gauche, saint Charles Borromée priant, vêtu du riche costume cardinalesque ; à droite, saint François de. Sales agenouillé devant un autel.
Le chœur est séparé de la nef par une grille en fonte, ses murs sont revêtus, jusqu’à la hauteur de 3 mètres, d’une riche boiserie du dix-huitième siècle. Dans la première travée à gauche, nous verrons une statue de marbre : saint François d’ Assise en prière , c’est une œuvre de Germain Pilon.
Enfin, nous signalerons quelques toiles représentant des épisodes de la vie du patron de l’église, attribuées au frère Luc; les Saintes Femmes au pied de la croix , toile flamande du dix-septième siècle, et une Communion de sainte Thérèse , de l’école espagnole.
Les vitraux modernes, représentant des saints et des saintes, sont l’œuvre de M. Émile Hirsch.
Nous allons maintenant, au coin des rues Vieille-du-Temple et des Quatre-Fils, rendre visite à l’une des curiosités les plus intéressantes de la capitale.
Nous voulons parler de l’Imprimerie nationale.
Bien que François Ier ait eu ses imprimeurs : Conrad Néobar d’abord, Robert Estienne ensuite; bien que les caractères de Garamond, demeurés célèbres, aient été fondus sous son règne, l’Imprimerie royale ne fut réellement créée que par Louis XIII, en 1640. Établie d’abord au Louvre, elle y fonctionna jusqu’au mois d’octobre 1794; transférée alors à l’ancien hôtel de Penthièvre (aujourd’hui la Banque de France), elle le quitta, en 1808, pour prendre possession du Palais-Cardinal (1), où nous la voyons aujourd’hui.
La grande porte de l’hôtel s’ouvre dans une demi-lune rentrante et donne accès à une cour d’honneur de belles proportions; au centre de cette cour est placée une statue de Gutenberg , copie de celle que David d’Angers fit autrefois pour la ville de Strasbourg; les côtés sont entourés de
(1) Le Palais-Cardinal devait son nom à Armand Gaston, cardinal de Rohan, qui l’avait fait construire en 1712.
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bâtiments d’une architecture élégante et sévère. Les richesses décoratives ont été réservées pour la façade donnant sur le jardin; le rez-de-chaussée de cette dernière est décoré de colonnes toscanes formant avant-corps, le premier étage s’orne de balcons surmontés de colonnes d’ordre ionique, couronnées d’un fronton; l’ensemble, harmonieux dans ses lignes, élégant dans ses détails, est d’une richesse et d’une harmonie parfaites.
Le Palais-Cardinal, en cessant d’étre la demeure d’un prince de l’Église pour devenir le grand centre d’incessante production qu’il est aujourd'hui, a dû subir à l’intérieur, on le comprend, une foule de modifications; néanmoins, on a réussi à conserver intactes plusieurs parties curieuses des anciens appartements, tels le grand salon d’attente du rez-de-chaussée ayant vue sur le jardin, la pièce correspondante au premier étage, dont les portes dorées et le riche plafond peuvent donner une idée de la splendeur primitive de l’édifice; la salle des singes, aujourd'hui la bibliothèque, est ornée de peintures, un peu légères, paraît-il, attribuées à Boucher; ces peintures sont cachées maintenant par des corps de bibliothèques, mais les précautions voulues ont été prises pour les garantir de toute altération.
Le public est admis à visiter l’Imprimerie tous les jeudis àdeux heures, sur la présentation de cartes d’entrée toujours accordées par le directeur.
Ici, nous ne sommes point dans un de ces châteaux de province, qu’il faudra parcourir au pas de course à la suite d’un guide en livrée, récitant une leçon apprise et nous tendant la main au départ.
C’est un des premiers contremaîtres de l’Imprimerie qui se chargera de nous introduire dans les divers ateliers, nous laissant le temps de tout voir, de tout comprendront répondant avec urbanité à toutes les questions que nous lui adresserons.
Votre guide, désireux de vous bienexpliquer lemécanisme decette grande administration, vous fera peut-être remarquer tout d’abord deux petites loges placées dans la cour où les
ouvriers et ouvrières signent, deux fois par jour, la feuille de présence (1).
Il vous conduira ensuite dans les ateliers de composition; il vous expliquera la nature et l’origine des différents caractères employés ici : le London , qui vient de Londres, le Grand-Jean , le Jacquemin , portantles noms des graveurs qui les ont créés.
L’Imprimerie nationale est particulièrement riche en caractères; outre toutes les langues européennes, elle peut composer l’arabe, le syriaque, le persan, l’arménien, l’hébreu, le chinois, l’hindou, le birman, etc. Ilàtons-nous d’ajouter que l’Imprimerie nationale met ses richesses à la disposition des typographes français, qui peuvent tous faire composer dans ses ateliers leurs livres en langues étrangères, ou lui emprunter ses caractères, quand ils leur font besoin pour quelques citations.
Des salles de composition, nous passerons à la fonderie; ici, nous verrons l’alliage en ébullition (plomb et antimoine additionnés d’une petite quantité de cuivre, de fer ou d’étain) couler dans le conduit, refroidi à son extrémité, entrer en contact avec la matrice et ressortir caractère, prêt à passer dans les mains des ébarbeuses et des polisseuses.
Dans ce même atelier, on prépare aussi des lamelles d’épaisseurs différentes destinées à devenir les interlignes.
Nous traverserons ensuite les pièces où se fait le clichage, celles où fonctionnent les presses, les magasins où les formes sont rangées et cataloguées; divers services encore: le séchage et le satinage des feuilles imprimées, le réglage des registres destinés aux grandes administrations de l’État, l’imprimerie des gravures en taille-douce, enfin, le brochage et la reliure, dernière étape où le livre s’arrête, et qu’il quitte, prêt à s’ouvrir sous les yeux du lecteur et à prendre sa place sur les rayons de sa bibliothèque.
(1) Les douze cents employés de l’Imprimerie nationale commencent leur journée à sept heures du matin et l’achèvent à sept heures dusoir ; un repos de deux heures et demie est accordé pour le déjeuner.
Le livre, cette admirable expression de l’esprit humain, se montrera ici à nos yeux depuis son état le plus embryonnaire jusqu’à sa forme définitive et complète.
L’Imprimerie, lors de sa fondation, s’appelait Imprimerie royale; on changea son adjectif toutes les fois que notre gouvernement se transforma. M. E. deLabédollière(l),dans un fort bon travail sur Paris, émet cette idée que l’Imprimerie devrait, en tout temps, s’appeler Imprimerie de l’État; nous ne partageons pas son avis. L’Imprimerie nationale est, avant tout, destinée à contribuer au développement de l’art typographique, et, bien que les affiches officielles, les livres, registres, feuilles volantes, etc., utiles à l’État, s’impriment dans ses ateliers, l’institution, demeurant fidèle à ses origines, doit toujours porter assez haut le drapeau d’un art dont nous sommes fiers à juste titre, pour que sa dénomination : nationale, lui demeure en tout temps.
L’Imprimerie vue, nous descendrons la rue Vieille-du- Temple; à l’angle qu’elle forme avec celle des Francs-Bourgeois s’arrondit l’encorbellement d’une élégante tourelle ; une petite fenêtre, au grillage finement ouvragé, sourit à la base, deux étages de rinceaux fleuris montent jusqu’à la naissance du toit, dont le couronnement, longtemps absent, a été refait en ces dernières années. C’est un reste de ce sombre hôtel Barbette, d’où le duc d’Orléans sortait, le 23 novembre 1407 lorsqu’il tomba sous les coups des assassins que Jean sans Peur avait placés sur son passage.
Nous voici de nouveau dans la rue des Francs-Bourgeois ; nous avons à notre gauche le chevet de l’église des Blancs- Manteaux et les bâtiments du Mont-de-Piété, à notre droite plusieurs beaux hôtels dont les sculptures, les balcons ouvragés, les vastes cours, les larges escaliers aux rampes en fer forgé, rappellent la splendeur des aristocratiques constructions du dix-septième siècle. Le palais des Archives nationales, qui fait l’angle de la rue où nous sommes et de
(1) Le Nouveau Paris , par Émile de Labédollière. Paris, Gustave Barba, sans date (1860).
la rue des Archives, occupe plusieurs bâtiments construits à différentes époques.
Le plus ancien est l’hôtel de Glisson, bâti par le fameux connétable; vient ensuite l’hôtel ajouté au premier par les ducs de Guise, et dont les dépendances s’étendaient jusqu’à la rue des Quatre-Fils, enfin l’hôtel édifié sous Louis XV par l’architecte Lemaire, sur l’ordre des princes deSoubise.
C’est par la cour d’honneur, entourée d’une magnifique colonnade, de l’hôtel de Soubise, que vous pénétrerez dans le palais des Archives, un dimanche, entre midi et trois heures, si vous désirez visiter le musée.
Vous retrouverez encore denombreux vestiges de la splendeur originelle de cette habitation quasi princière. Des portes ornées d’arabesques finement sculptées; dans le salon ovale du rez-de-chaussée, des groupes en stuc, hauts reliefs, signés Adam et LeMoyne; dans les salles duMusée, au premier étage, des dessus de portes peints par Boucher, Restout, Carie Vanloo, Trémollières,Natoire, sujets allégoriques, mythologiques ou pastoraux, plafonds, corniches, trumeaux, tout cela est décoré avec autant de magnificence que de goût, et l’ensemble forme un spécimen complet et irréprochable du style Louis XVI belle époque.
Les innombrables curiosités du musée ne sauraient être détaillées ici ; pourtant il est impossible de ne point signaler les principales.
Voici d’abord l’armoire de fer exécutée en 1791 sur les ordres de l’Assemblée constituante et dont les portes sont signées : la première Henry Kock, la seconde Pommera; cette armoire, vous le voyez, n’est pas, comme on l’a prétendu, celle que le roi Louis XVI construisit aux Tuileries, avec l’aide du serrurier Gamain; elle contient des sceaux, des médailles, des miniatures, un anneau de la Fédération (U juillet 1790) portant la formule du serment prêté par le roi : Je jure de rester à jamais fidèle à la Nation, etc., des monnaies, quarante-huit clefs des villes du Rhin conquises pendant la Révolution, vingt-sept clefs et un cadenas provenant de la Bastille, des timbres, des cachets, toutes choses
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généralement fort rares et souvent aussi d’une haute valeur artistique.
Le musée possède encore une curieuse collection de planches gravées représentant des portraits, des scènes historiques, des scènes d’intérieur, des plans et des cartes; vous y verrez aussi des globes terrestres et célestes, des mitres, des crosses, des coffrets de diverses époques.
La fondation des Archives nationales a été décrétée par l’Assemblée constituante le 14 août 1789; l’ancien couvent des capucins, rue Saint-Honoré, leur servit d’abord d’asile; en 1792, après la journée du 10 août, elles émigrèrent aux Tuileries; pendant les dernières années de l’Empire, on commença pour elles la construction d’un palais entre les Invalides et le Champ-de-Mars, mais l’œuvre resta inachevée, et les Archives continuèrent d’occuper l’hôtel de Soubise dont elles avaient pris possession en 1808.
Les Archives se divisent en quatre sections : la première, le secrétariat, conserve les documents provenant de l’ancienne secrétairerie d'État, du cabinet de Napoléon 1er, qe l’ancienne armoire de fer. A la section historique est confiée la conservation des sceaux et des chartes ; l’une de ces dernières remonte à l’an 528 ; elle est relative à une donation faite par le roi Childebert Ier à l’église de Paris. Dans la section administrative sont placées les ordonnances royales, les lettres patentes, les états de la Chambre des comptes, etc. La section législative et judiciaire a la garde des expéditions et copies authentiques des lois et décrets; elle recueille les procès-verbaux des assemblées, les documents émanant des ministères, des préfectures, etc.
La bibliothèque renferme une belle réunion d’ouvrages de jurisprudence et de paléographie; le fonds Rondonneau, qu’elle possède depuis 1848, contient des actes officiels et un grand nombre de volumes relatifs à notre législation.
L’École des chartes, fondée en 1821, et dont les cours embrassent la lecture des chartes, l’archéologie, l’architecture chrétienne, la sigillographie, la géographie politique, la numismatique, le droit canonique et le droit féodal, est,
depuis 1846, annexée aux Archives, après avoir longtemps séjourné à la Bibliothèque nationale.
Elle décerne, après trois années d’études, le brevet d’archiviste-paléographe. Nommer quelques-uns de ses professeurs : MM. P. Meyer, A. de Montaiglon, Gautier, P. de Lasteyrie, Tardif, Giry, c’est dire à quel degré d’érudition peuvent atteindre les élèves.
Ajoutons que les cours sont gratuits et accessibles au public.
Nous remonterons pendant quelques instants la rue des Archives; au numéro 3, nous remarquerons quelques restes de l’ancien monastère des révérends pères de la Merci, un ordre fondé en 1218 à Barcelone et qui depuis 1515 avait une maison rue des Sept-Yoies; en 1631, les pères delà Mérci se transportèrent dans la chapellenie de Bracque, et leur couvent, ainsi que l’atteste une inscription placée audessus de la porte, fut reconstruit de 1727 à 1731 par l’architecte Godeau.
Nous sommes arrivé devant la porte de l’hôtel de Clisson, dont nous avons parlé déjà. C’est une construction du quatorzième siècle, d’un haut intérêt archéologique, et le seul bâtiment civil de ce temps-là que Paris puisse offrir à la curiosité de ses visiteurs.
La porte s'ouvre entre deux tourelles couronnées de toits en poivrière ; lors des restaurations que le monument subit en 1847, on a découvert et fort intelligemment conservé les curieuses peintures murales qui surmontent la porte; elles représentent, sur un manteau d’hermine, les deux écussons des maisons de Guise et de Joyeuse ; et remontent à l’année 1553, époque où les Guise devinrent propriétaires de l’hôtel de Clisson.
Les G et les H enlacés sont les initiales de Charles de Lorraine, fils du Balafré, et de Henriette de Joyeuse, sa femme.
Les écussons qui surmontent l’arc brisé de la porte, à la devise du connétable : Pour ce qui me plet , ont été ajoutés par M. Letronne, en 1847,
PROMENADES DANS PARIS
Un peu plus haut, dans la rue des Archives, à l’angle de celle des Vieilles-Haudriettes, nous remarquerons un gracieux petit édicule : c’est une fontaine qui, originairement édifiée en ce lieu vers 1638, fut reconstruite en 1760 sur les dessins de Moreau-Despoux; la jolie naïade couchée dans les roseaux, qui en fait la décoration centrale, est d'un artiste du temps nommé Mignot.
Cette rue des Vieilles-Haudriettes nous remet en mémoire un vieux souvenir parisien; nous ne résistons pas au plaisir de l’évoquer. Après s’être appelée rue Jehan- L’Huillier, la rue prit, à la fin du treizième siècle, le nom des Haudriettes, puis des Vieilles-Haudriettes en l’honneur des Sœurs hospitalières dont Étienne Haudri avait fondé l’ordre et qui possédaient plusieurs maisons en ce lieu. Postérieurement on la nomma rue de l’Échelle-du-Temple, parce que le grand prieur de France y avait fait élever une échelle patibulaire, sorte de pilori servant de marque de haute justice. Lorsque Mazarin était tout-puissant, quelques jeunes seigneurs un peu gais s’amusèrent une nuit à brûler l’échelle; le cardinal la fit rétablir aussitôt et prévint les délinquants que si pareil scandale se renouvelait, ils payeraient les frais de reconstruction du gibet et... l’étrenneraient. Les jeunes gens se tinrent la chose pour dite, l’échelle fut respectée. On en voyait encore quelques fragments en 1789.
Par la rue de Braque nous rejoindrons la rue du Temple, dont une des dernières maisons, à droite, le numéro 71, nous permettra de voir encore une belle cour richement entourée de majestueuses constructions du dix-septième siècle.
La rue Rambuteau, où nous rentrerons alors, nous ramènera à l’angle du boulevard Sébastopol, que nous avons pris pour point de départ.
APPENDICE
DÉLIMITATION DES QUARTIERS DE L’ARRONDISSEMENT. NOMENCLATURE HISTORIQUE DES RUES, PASSAGES, PLACES, BOULEVARDS, ETC.
DÉLIMITATION DES QUARTIERS
(Voir 1© plan )
Quartier des Arts-et-Métiers ( teinte bleue).
24742 habitants.
Une ligne suivant l’axe du boulevard de Sébastopol (nos 72 à la fin) à partir de la rue de Turbigo — ceux des boulevards Saint-Denis (n,JS 1 à 9) — et Saint-Martin (nos impairs) — celui de la place de la République (nos 15 à la fin) — ceux des rues du Temple (nos 127 à la fin) — des Gravilliers (nos pairs) — et de Turbigo (nos 33 et 38 à la fin) jusqu’au point de départ.
Quartier des Enfants-Rouges ( teinte jaune).
21 397 habitants.
Une ligne suivant l’axe de la rue du Temple (nos 124 à la fin) à partir de l'extrémité de la rue Pastourelle — ceux des boulevards du Temple (nos impairs) — et des Filles-du-Calvaire (nos impairs) — ceux des rues du Pont-aux-Choux (nos pairs) — de Poitou (nos pairs) — et Pastourelle (nos pairs) jusqu au point de départ.
Quartier des Archives [teinte rose).
21 272 habitants.
Une ligne suivant l’axe de la rue des Archives (nos 58 à 76) à partir de la rue des Francs-Bourgeois — ceux des rues Pastourelle (nos 1 à 21) — de Poitou (nos impairs) — et du Pontaux-Choux (nos impairs) — celui du boulevard Beaumarchais (nos 33 à la fin) — ceux des rues des Vosges (nos pairs) — et des Francs-Bourgeois (nos pairs) jusqu'au point de départ.
Quartier Sainte-Avoye ( teinte verte).
22 341 habitants.
Une ligne suivant l’axe du boulevard de Sébastopol (nos 42 à 70) à partir de la rue de Rambuteau jusqu'à la rue de Turbigo — l’axe de cette rue (n° 26 à 36) — ceux des rues des Gravilliers (nos impairs) — Pastourelle (nos 23 à la fin) — des Archives (nos 43 à 67) — et Rambuteau (nos 2 à 66) jusqu’au point de départ.
Population de l’arrondissement : 89752 habitants.
NOMENCLATURE HISTORIQUE