LUXEMBOURG
DEUXIÈME ÉDITION
PARIS
A. HENNUYER, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
Droits de reproduction et de traduction réservés.
INDEX ALPHABETIQUE
Fages.
Introduction i
Académie des beaux-arts 6
— française 5
— des inscriptions et belles-lettres 6
— de médecine 9
des sciences 6
— des sciences morales et politiques 6
Bibliothèque de l'École des beaux-arts 9
— Mazarine b
de la Monnaie 4
Caisse nationale d’épargne. . . 25
Cercle de la librairie et de l’imprimerie 15
Collège Stanislas 25
École alsacienne 24
— des beaux-arts 7
— de chimie . . 24
— de dessin 16
— de médecine 16
— des mines 23
— de pharmacie 23
— pratique (clinique) 16
Église des Carmes 25
— Notre-Dame des Champs 24
— Saint-Germain des Prés (Monument historique) . 10
— Saint-Sulpice 13
Fontaine de Léda 22
— de Médicis (Mon. hist.).. . 22
— de l’Observatoire 24
— Saint-Michel 2
— Saint-Sulpice 12
Hôpital de la Charité 9
Hôtel des Monnaies 3
INDKX ALPHADETIQL’K.
Pages.
Jardin du Luxembourg 21
Lycée Montaigne 23
— Saint-Louis 26
Mairie du sixième arrondissement 12
Maison mortuaire d’Eugène Delacroix ... 12
Marché Saint-Germain. . 1 15
Monument de Danton 15
— de Delacroix 23
— de Henri Régnault 8
— d’Ingres . . 8
Musée Dupuytren .... 16
— du Luxembourg 21
Palais abbatial (Mon. hist.) Il
de l’Institut Mou. hist.) .... 5
— du Luxembourg (Mon. hist.) 18
Pont des Arts 4
Séminaire diocésain 12
Sénat 18
Statue de Bernard Palissy 11
— de Broca 15
— de Diderot 10
— de Ney 24
— de la République 4
— de Voltaire 7
Société d’anthropologie 2G
— asiatique 26
— de chirurgie 26
— d’encouragement pour l’industrie nationale 26
— de géographie 10
— géologique de France 26
— minéralogique 26
Théâtre de l’Odéon 17
APPENDICE
Délimitation des quartiers de l’arrondissement. — Nomenclature historique des rues, passages, places, boulevards, etc. 31
INTRODUCTION
Placé entre les arrondissements du Panthéon et du palais Bourbon d’un côté, entre la Seine et Montrouge de l’autre, le sixième arrondissement semble, au premier abord, et de l’est à l’ouest, un pont réunissant le quartier latin et le noble faubourg ; du nord au midi, il fait l’effet d’un trait d’union tracé entre la ville et la campagne.
Il ne faudrait pas conclure de ceci que ses divers quartiers ne soient que des reflets de ceux qui les avoisinent ; nous prouverons, avant d’en commencer l’exploration, qu’ils ont, comme tous ceux de Paris, un caractère qui leur est propre. Ici, nous allons nous occuper de leur passé.
Nous ne remonterons pas jusqu’au temps des Romains, où nous trouverions un de leurs camps établi sur une partie de notre jardin du Luxembourg ; nous passerons rapidement sur les premiers siècles de la monarchie mérovingienne, nous bornant à constater l’existence d’une chapelle Saint-Andréol, située où, plus tard, devait s’élever l’église Saint-André des Arts, et nous arriverons au sixième siècle, époque qui peut être considérée comme celle de la naissance de l’arron-
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dissement, puisqu’elle vit poser la première pierre de son plus antique monument.
Vers l’an 542, Childebert Ier revenait d’une expédition en Espagne, et, parmi le butin qu’il rapportait, se trouvaient une croix précieuse, qu’il avait prise à Tolède, et la tunique de saint Vincent, qu’il s’était fait donner parles habitants de Saragosse.
Germain, qui devint peu après évêque de Paris, conseilla au roi de faire construire une église pour recevoir la croix et la relique, et un monastère pour loger les religieux chargés de garder l’une et l’autre.
On choisit, au milieu des prés qui s’étendaient au midi de la Seine, un endroit où l’on voyait encore les débris d’un temple jadis consacré à la déesse Isis ; on voulut faire succéder le culte du Dieu du ciel à celui des fausses divinités de la terre, et bien que vaste et somptueux, l’édifice chrétien s’éleva rapidement.
Il était terminé au mois de décembre 558, et des religieux, qui suivaient la règle de Saint-Basile, en prirent à ce moment possession. La charte de fondation, datée du 6 de ce mois, donne à l’abbaye le fief d’Issy avec ses appartenances et dépendances, le droit de pêche sur la rivière, un chemin de 18 pieds de large sur chaque rive du fleuve, et la chapelle de Saint- Andréol, modeste édifice alors.
Childebert mourut le 23 décembre de cette année 558, le jour où Germain dédiait l’église nouvelle. Elle fut placée sous la double invocation de la sainte Croix et de saint Vincent ; l’évêque fit bientôt élever à sa partie méridionale un oratoire consacré à saint Symphorien ; cet oratoire reçut sa dépouille en 576 et la
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conserva pendant près de deux siècles. Le 25 juillet 754, en présence du roi Pépin et de ses deux fils, elle fut transportée dans la grande église, au rond-point du sanctuaire.
Ce premier édifice était, paraît-il, remarquable par sa magnificence; il était pavé de mosaïques, des colonnes de marbre aux chapiteaux richement sculptés soutenaient ses voûtes, des peintures à fond d’or décoraient ses murailles; la couverture en cuivre doré rutilait au soleil, et le peuple, qui dès le septième siècle avait accolé le nom de son ancien évêque à celui du martyr espagnol, n’appelait plus l’église que Saint - Germain’ Saint- Vincent le Doré.
La seconde moitié du neuvième siècle fut un temps néfaste pour l’abbaye. Les Normands la pillèrent en 845 et 858, puis l’incendièrent en 861 ; huit ans plus tard, l’abbé Gozlin la fît réparer. Mais le torrent envahisseur reparut en 885 ; les bâtiments et l’église furent de nouveau saccagés. Il n’en demeurait que des ruines au onzième siècle, quand Morard, vingt-neuvième abbé, put, aidé par les libéralités du roi Robert, réédifier le couvent et commencer la construction de l’église que nous visiterons tout à l’heure.
De cette église, il nous sera facile de causer en la parcourant ; quant à l’abbaye disparue, le temps nous manquerait alors pour en raconter l’histoire; nous allons l’esquisser en quelques lignes, en faisant observer qu’elle résume, pendant plusieurs siècles, celle de l’arrondissement, ainsi qu’en province souvent l’histoire d’un château renferme celle de toute une ville.
L’enclos de l’abbaye formait un quadrilatère dont
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les limites sont représentées maintenant, au nord, par la rue Jacob ; à l’ouest, par la rue Saint-Benoît ; au sud, par la rue Gozlin ; à l’est, par la rue de l’Échaudé.
Au moyen âge, fossés, remparts, hautes murailles, tours crénelées à toits en poivrière, tourelles soutenues par des culs-de-lampe, entouraient et défendaient la vaste enceinte ; il fallait que des ponts-levis s’abaissassent pour qu’on pût pénétrer dans l’intérieur. La principale entrée, celle qui s’ouvrait le plus rarement, était la porte papale, dont le passage Saint-Benoît, que l’on voyait encore en 1866, occupait l’emplacement ; elle était flanquée de deux tours rondes et donnait accès à la cour d’honneur, devenue la place Saint-Germain-des- Prés. Une seconde entrée était située rue Jacob, à la hauteur de la rue de Furstenberg; il en existait une troisième rue Gozlin, à l’endroit où elle rencontre la rue des Ciseaux. Deux autres enfin desservaient, l’une le jardin du monastère, l’autre, ouverte seulement au seizième siècle, le palais abbatial ; la première était située sur la place de l’Abbaye; la seconde, rue Bourbon-le-Château.
L’église dominait de son haut toit et de ses trois flèches aiguës le grand et le petit cloître, et plusieurs bâtiments aussi remarquables par leur dimension que par leur architecture. Au sud, à l’entrée de l’église, était la chapelle Saint-Symphorien, bien souvent réparée et reconstruite, et qui, probablement, ressemblait peu à celle que saint Germain avait fait bâtir ; au nord, dans l’îlot formé maintenant par les rues Bonaparte, Jacob, de Furstenberg et de l'Abbaye, on voyait la sacristie, le réfectoire et la chapelle de la Vierge. La
sacristie contenait une relique à laquelle les croyants du temps reconnaissaient de miraculeuses vertus ; le réfectoire, long de 115 pieds, large de 32 pieds, haut de 47 pieds et demi, avait les allures et la majesté d’un temple. Pierre de Montereau, architecte du réfectoire de Saint-Martin, l’avait construit en 1239.
La chapelle de la Yierge, œuvre du même artiste, avait été commencée en 1244; elle était conçue dans le style de la Sainte-Chapelle du Palais et de dimensions à peu près semblables. Pierre de Montereau et sa femme furent enterrés dans le chœur de cet édifice. Une bibliothèque, qui devint au dix-huitième siècle l’une des plus riches de Paris, attenait aux bâtiments du grand cloître. L’abbaye renfermait aussi une prison; quelques-uns de nos lecteurs peuvent se souvenir encore de l’avoir vue à l’entrée de la rue Gozlin (alors rue Sainte-Marguerite).
Partout où se créait un monastère, une agglomération d’humbles maisons ne tardait pas à se former à son ombre. L'abbaye de Saint-Germain jouissait de trop beaux privilèges pour échapper à cette règle ; le bourg, qui porta longtemps son nom et finit par le donner à tout un quartier, était déjà d’une certaine importance au temps de Philippe-Auguste (1). Il faut se
(1) Sur le territoire de cet arrondissement, l’enceinte de Philippe-Auguste renfermait un triangle ayant la Seine pour base et pour points extrêmes le Petit-Châtelet à l’est, la tour de Nesle à l’ouest et la porte Saint-Michel au midi; entre cette dernière et le fleuve, deux autres portes s’ouvraient dans la muraille : la porte Saint-Germain, rue de l’École-de-Médecine actuelle, à la hauteur de la rue Larrey, et la porte de Buci, au bout de la rue Saint-André-des-Arts.
rappeler que les abbés étaient alors tout-puissants ici et pouvaient accorder, à qui vivait sur leurs terres, une protection très efficace.
L abbé de Saint-Germain, indépendant de l’évêque de Paris, à qui, en certaine circonstance, on le vit interdire l’entrée de son église, l’abbé, disons-nous, en apparence soumis à la puissance royale, ne relevait réellement que de l’autorité papale. Tout, dans l’État, courbait le front devant sa crosse. Les maréchaux étaient tenus, au quinzième siècle encore, de marcher devant lui un bâton blanc à la main, pendant la procession et la célébration de la messe. A l’abbaye appartenaient non seulement la juridiction spirituelle, mais encore les droits de justice, de déshérence, de confiscation, d’aubaine et de bâtardise ; elle avait son prévôt, ses archers et sa police ; son pilori dressait sa tourelle hexagonale, percée de six ouvertures, tournant sur pivot, coiffée d’un toit aigu, à l’endroit où la rencontre des rues du Four, Sainte-Marguerite, de Buci et des Boucheries (rue de l’École-de-Médecine) forma plus tard un carrefour.
L’ordre et la discipline monastiques ne régnèrent pas toujours à l’abbaye de Saint-Germain des Prés, et les papes durent parfois intervenir pour rappeler les moines au respect de leurs vœux. Fn 1513, l’abbé Guillaume Briçonnet tenta, par l’exemple, une réforme radicale : il amena à Saint-Germain des Prés une trentaine de religieux du couvent de Chézal-Benoît. L’austérité des nouveaux venus déplut aux anciens; ils quittèrent la communauté et n’y rentrèrent qu’en présence dune menace d’excommunication lancée par le pape
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Léon X, au mois de février 1516. En 1651, et non sans résistance encore, la règle de la congrégation de Saint- ]\laur fut introduite au monastère.
Néanmoins (il serait injuste de ne point le constater) l’abbaye abrita une foule d’hommes éminents et de grands érudits; quand, en passant dans le quartier, vous rencontrerez les rues Gozlin, Mabillon, Montfaucon, Lobineau, Clément, de Furstenberg, souvenezvous que ce sont là des noms d’abbés ou de travailleurs, et quand, sur une plaque bleue, vous lirez : Félibien, reconnaissez le nom d’un bénédictin qui fut l’historien de notre cher Paris.
Sous Louis XIV, la puissance de l’abbaye reçut une violente atteinte; les limites de la ville avaient été reculées, tout l’arrondissement était compris dans la nouvelle enceinte ; le droit de haute justice fut réduit, pour les moines, à l’enclos de leur abbaye et aux seigneuries qu’ils possédaient hors Paris. Cette réforme diminua sensiblement les revenus du monastère, mais ils restèrent fort beaux encore. En 1790, ces revenus s’élevaient à 615820 livres 10 sous 5 deniers, et les charges étaient de 253146 livres 8 sous.
L’abbaye fut supprimée par un décret du 13 février 1792.
Il nous faut maintenant remonter un peu le cours des temps pour assister à la formation de l’arrondissement. Disons tout de suite que sa partie méridionale était, au treizième siècle, couverte de clos et de champs en culture, et crevassée par les ouvertures de nombreuses carrières ; à peine apercevait-on (loin de ressembler à ce qu’elle est aujourd’hui, mais à peu près
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à la place qu’elle occupe) l’église Saint-Sulpice, paroisse déjà, mais placée sous le patronage de l’abbaye de Saint-Germain des Prés et sous l’invocation de saint Pierre; au midi, à peu près à l’endroit où, dans le jardin du Luxembourg, commence l’avenue de l’Observatoire, on voyait, entouré de hautes murailles, le vieux château de Vauvert; lieu hanté par le diable et les revenants, croyait le peuple, en réalité servant simplement de refuge à des malfaiteurs.
Les chartreux, plus instruits que le populaire, ne s’effrayèrent pas de la mauvaise réputation du château, et demandèrent à Louis IX la permission de l’habiter, pour se rapprocher de l’Université dont ils voulaient suivre les cours. Le roi leur donna le château en 1258, et comme la chapelle était petite, il posa, deux ans après, la première pierre d’une nouvelle église dont Pierre de Montereau avait dressé les plans, mais qui ne fut achevée qu’après sa mort. Le couvent s’agrandit rapidement et devint l’un des plus riches de l’ordre; comme Saint-Germain des Prés, il possédait deux cloîtres ; son enclos couvrait une superficie de 10450 toises carrées, tjuant à l’église, qui dès l’origine passa pour l’une des plus magnifiques de Paris, elle fut au dixseptième siècle enrichie île peintures signées Louis et Bon Boullongne, Jouvenet, Ph. de Champaigne, Antoine Coypel, etc.; c’est pour les Chartreux que Le Sueur commença la belle série de tableaux relatifs à la vie de saint Bruno qu’on admire au musée du Louvre.
Mais revenons au treizième siècle ; nous vous avons dit ce que l’on voyait dans la partie méridionale de l’arrondissement, nous allons essayer de vous donner une
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idée de ce qu’était la partie septentrionale. Puissent un temps sec et un beau soleil favoriser notre promenade, car l’aspect général est un peu sombre, et les rues où nous allons nous engager ne sont point pavées !
Pour redescendre vers la Seine, nous traversons des prairies, nous suivons quelques mauvais chemins et, après avoir passé devant la maladrerie de la rue de Sèvres, que nous laissons sur notre gauche, nous arrivons à un carrefour dont une croix, peinte en rouge, occupe le centre; c’est le carrefour de la Croix-Rouge.
Deux voies s’ouvrent alors devant nous, la rue du Vieux-Colombier, qui nous conduirait à Saint-Sulpice, et la rue du Four qui se dirige vers la porte de Buci. Nous prenons cette dernière et nous atteignons la rue Saint-André-des-Arts qui traverse tout le clos de Laas; nous laissons à notre gauche la rue des Grands-Augustins descendre jusqu’au quai, et, curieux comme un touriste, nous nous engageons dans ce dédale de petites rues qui s’appellent de l’Éperon, Serpente, des Petits-Champs (Mignon), des Poitevins; cette dernière, nous conduit rue Hautefeuille. Nous apercevons au loin, derrière nous, la tourelle d’angle d’une maison delà rue Pierre-Sarrazin, et, continuant notre marche vers la Seine, nous arrivons à l’église Saint-Andrédes-Arts; un étroit boyau fuit vers l’ouest, il existe encore, c’est la rue Suger.
Quant à l’église, elle était neuve alors, sa construction datant de l’an 1210 ; elle remplaçait, vous l’avez deviné, cette vieille chapelle Saint-Andréol dont nous avons parlé. De là, nous pouvons gagner le quai des Grands-Augustins, soit par la rue Pavée (Séguier),
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soit par la rue Gît le-Cœur. Sur ce quai, laissant derrière nous le Pont-Neuf (aujourd'hui pont Saint-Michel), nous rencontrons encore un monastère ; c’est celui des frères Sachets, qui, en 1293, était devenu la propriété et la demeure des grands-augustins. La rue du Pont-de-Lodi, un remisage de voitures contenu dans ce qui reste du marché de la Vallée, l'immeuble qui, sur le quai, sert d’annexe aux Magasins du Louvre, couvrent aujourd’hui l’emplacement de ce monastère; les maisons suivantes et le commencement de la rue Dauphine sont sur les terrains qu’occupaient les collège et hôtel Saint-Denis, fondés en 1274 et agrandis en 1283. Quant aux grands-augustins, leur congrégation avait été formée vers 12 IG par le pape Alexandre IV, qui avait réuni en elle diverses troupes d’ermites.
Ces religieux étaient venus à Paris sous Louis IX, et bien accueillis par lui, ils s’étaient installés d’abord en dehors de la porte Montmartre (la rue des Vieux - Augustins a longtemps rappelé leur séjour en ce quartier) ; ils s’établirent ensuite dans le clos du Chardonnet et y occupèrent les bâtiments où l’on vit plus tard le collège du cardinal Lemoine. Très jaloux de leurs privilèges, soutenus par l’Université, protégés par plusieurs rois, fort bien vus du cardinal Mazarin, ces moines menèrent une existence assez agitée et eurent souvent maille à partir avec Injustice et même avec le Parlement. Leur couvent fut fermé en 1790.
Poursuivant notre promenade, nous suivons le quai de Nesle, aujourd’hui quai Conti; la Seine coule à notre droite, divisant en deux îlots cette pointe de la
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Cité qui est devenue le terre-plein du Pont-Neuf. A notre gauche s’élève l’hôtel de Nesle; devant nous se dresse, sombre et sévère, accouplée d’une tourelle d’escaliers plus haute qu’elle et se terminant en guette crénelée, cette tour dont la légende a fait un lieu d’horreur; vis-à-vis d’elle, à peu près semblable, mais sur l’autre rive, nous apercevons la masse de la Tour qui fait le coin. Celle-ci appartenait au palais du Louvre, et, en cas d’invasion, pouvait se relier à la tour de Nesle au moyen d’une chaîne qui, soutenue de loin en loin par des bateaux, barrait le fleuve et rendait l’entrée de la ville impossible. Près de l’hôtel, nous trouvons, pour sortir de Paris, une porte forte, défendue par deux puissantes tours rondes. Elle s’était, ainsi que le palais voisin, appelée autrefois Philippe-Hamelin ; on la nommait maintenant porte de Nesle.
Arrivé là, nous étions dans la campagne, devant ce petit Pré-aux-Clercs que se sont disputé, pendant des siècles, l Université et l’abbaye de Saint-Germain des Prés. Il avait à peu près 3 arpents et demi d’étendue ; pour limites, au nord, la Seine; au midi, l’enclos de l’abbaye qui s’étendait à peu près jusqu’à la rue Jacob; à l’ouest, le canal de la Petite-Seine; à l’est, la rue Mazarine.
Le canal de la Petite Seine, comblé au seizième siècle, et dont il ne serait pas impossible de retrouver la trace dans le réseau d’égouts de la rive gauche, suivait, depuis le quai Malaquais, la direction des rues Bonaparte et Saint-Benoît, et s’arrêtait aux fossés de l’abbaye.
Pour revenir vers l’abbaye, nous prenons, en évitant
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(Têtre bousculé par des troupeaux d'animaux qu’on mène paître dans le Pré-aux-Clercs, un chemin qu’on avait jadis appelé chemin aux Vaches , et qu’au temps où nous nous sommes transporté, on désignait sous le nom de rue Saint-Pierre. Presque à son extrémité, sur notre gauche, nous rencontrons une église paroissiale dédiée au disciple préféré du Christ. Un ne savait au juste en quel temps cet édifice avait été construit au milieu des jardins; au treizième siècle, la paroisse, qui dépendait de l'abbaye, était desservie par le clergé de Saint-Sulpice.
Le nom de cette voie s’est transformé avec le temps, et Saint-Pierre est devenu Saints-Pères. Contournant ensuite le clos de l’abbaye, nous ne tardons pas à rencontrer le couvent des Cordeliers ; puis, au bout de la rue des Cordèles, où il était situé, nous trouvons l’église Saint-Côine-Saint-Damien, construite en môme temps que l’église Saint-André des Arts, son cimetière, ses charniers et le petit local où, le premier lundi de chaque mois, les chirurgiens donnaient des consultations aux malades pauvres (1). Un peu plus haut, rue de la Harpe, nous voyons le collège d’Harcourt, fondé, eu 1280, pour les écoliers pauvres des diocèses de Coutances, de Bayeux, d’Évreux et de Rouen (2). Si, maintenant, nous voulons quitter Paris et gagner les champs, nous sommes à quelques pas de la porte Saint-Michel.
(!) Cette église, dout 1 architecture n’avait rien de remarquable, a été désaffectée sous la Révolution ; au commencement de ce siècle, elle était devenue uu atelier de menuiserie. Elle fut démolie en 1822, lors du prolongement de la rue Racine jusqu’à la rue de la Harpe.
(2) C’est aujourd’hui le lycée Saint-Louis.
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Il serait sans intérêt d’énumérer ici les percements effectués sur le territoire de l’arrondissement au cours des trois siècles suivants; quant aux institutions qui se sont créées, aux édifices qui se sont construits, les lignes qui vont suivre édifieront nos lecteurs.
Pour l’instant, nous avons hâte d’arriver au dixseptième siècle; c’est l’époque où le sixième arrondissement fait enfin partie de la capitale, c’est celle aussi où il prend, presque en toute son étendue, cette physionomie monacale qu’il devait conserver jusqu’à la Révolution, et que l’on retrouve encore de nos jours en certains de ses quartiers. C’est au dix-septième siècle enfin que se construisent le palais du Luxembourg, dont le jardin demeure le plus beau de Paris, et le collège des Quatre-Nations, qui, plus tard, devait devenir le palais de l’Institut. Ici le côté séduisant de l’arrondissement, là sa gloire.
Si nousvoulions recommencer, en 1700,1a promenade que nous avons faite au treizième siècle, elle nous demanderait un temps fort long; quanta notre surprise, elle égalerait celle de M. de la Reynie s’il pouvait passer aujourd’hui sur nos boulevards inondés de lumière électrique, lui qui fit éclairer les rues par des lanternes abritant des chandelles, ce dont son administration fut fière et les Parisiens reconnaissants.
Et, d’abord, en 1700, on pouvait entrer dans l’arrondissement par le Pont-Neuf, dès lors plein de charlatans et de badauds ; les quais des Grands-Augustins et de Conti, élargis et régularisés, ouvraient à gauche une perspective bornée par la rue d’Hurepoix et laissaient à droite le regard se perdre en un vaste espace.
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Le couvent des grands-augustins était debout encore, mais les constructions du collège Saint-Denis avaient fait place aux rues de la Basoche (Mazet), Christine et Dauphine; cette dernière, ouverte en 1607, aboutissait à une porte qui disparut en 1672, en même temps que les portes de Buci et de Saint-Germain. Près de la rue Dauphine, à l'ouest, apparaissait, ancien égout, ruelle encore alors, la rue de Nevers; à côté s’ouvrait la rue Guénégaud dont les Parisiens avaient bien appris le chemin, lorsqu’en 1671 le jeu de paume de la Bouteille (1), qui s y trouvait, avait servi aux représentations de Pomone , le premier opéra donné à Paris.
Où nous avons vu jadis l’hôtel, la tour et la porte de Nesle ; où s'étaient élevés successivement l’hôtel de Nevers, puis le logis de Guénégaud, on apercevait, tout neuf alors, le collège des Quatre-Nations, fondé en exécution du testament du cardinal Mazarin. Auprès, la rue de Seine, déjà pavée, traçait une ligne droite entre le quai et la rue des Boucheries, et rejoignait la rue des Petits-Augustins par cette ruelle étroite qu’on appelait rue des Marais-Saint-Germain, et où rentrait tristement, un soir d’avril 1699, pour s’aliter et mourir, un grand poète que le roi Soleil avait affligé en ne le regardant point, Jean Racine. Un peu plus loin s'élevaient les constructions du couvent des pctits-augustins. Ce monastère avait été fondé en 1607 par Marguerite de Valois, première femme de Henri IV; mais les moiues que cette princesse y avait réunis reçurent
(I) Le passage du Pont-Neuf, ouvert sous la Restauration, occupe à peu près l'emplacement de ce jeu de paume dont nous aurons à reparler.
INTRODUCTION
d’elle plus de promesses que d’argent, et c’est aux aumônes et à la protection d’Anne d’Autriche qu’ils durent recourir pour trouver les sommes nécessaires à l’édification de leur couvent. L’architecture de celui ci n’avait rien de remarquable, mais une chapelle qui avoisinait l’église était couverte d’un dôme, première toiture de ce genre qui ait été faite à Paris.
On le voit, et nous n’avons pas parlé de la rue Mazarine qui existait déjà, les communications étaient nombreuses entre le quai et le centre du quartier. Si nous voulions reprendre cet ancien chemin aux Vaches que nous avons précédemment parcouru, nous le retrouverions, mais portant le nom de rue des Saints-Pères. La petite chapelle que nous avons vue jadis a fait place à un édifice plus important, inachevé encore, quoiqu’il ait été commencé en 1613 et dédié à saint Jean-Baptiste dès l’an 1621. Au lieu d’être isolée comme jadis parmi les jardins, l’église est accostée maintenant de bâtiments où l’on soigne des malades. C’est l’hôpital de la Charité.
Nous avons contourné cet hôpital et suivi la limite septentrionale de l’enclos de l’abbaye, puis, nous dirigeant vers l’est, nous avons salué au passage le palais abbatial, qui n’existait pas lors de notre première promenade, et devant lequel on vient d’ouvrir la rue de Furstenberg ; nous nous sommes trouvé ensuite au carrefour de Buci et, au milieu de la rue des Fossés-Saint- Germain, nous avons vu, à gauche, le café Procope; à droite, la Comédie française, établis là tous deux depuis onze ans, et desquels nous aurons l’occasion de nous entretenir tout à l’heure.
INTRODUCTION
De là nous n’avons que quelques pas à faire pour nous trouver près du vaste quadrilatère occupé par la fameuse foire Saint-Germain.
Cette foire fut longtemps la curiosité de ces quartiers. C’est pour elle que les grands seigneurs quittaient leurs hôtels, les marchands de la ville leurs boutiques, la population de l’Université ses écoles, les comédiens leurs théâtres, et les filous leurs repaires. Sauf à devancer un peu les temps, nous allons profiter du moment d’arrêt qu’elle nous impose, pour en conter rapidement l'histoire, depuis son origine jusqu’à sa disparition.
C’est à la demande des abbés de Saint-Germain des Prés, qui avaient subi de grandes pertes pendant les guerres civiles au temps de Charles VI et de Charles VII, que Louis XI, en 1482, autorisa la fondation de cette foire. Franche de tous droits fiscaux, elle devait originairement commencer le 1er octobre de chaque année et durer huit jours. Cette date déplut aux religieux de Saint-Denis ; d’assez longs débats s’engagèrent, et, en 1486, Charles VI II fixa l’ouverture de la foire au 3 février. (Juant à sa durée, elle ne tarda pas à se prolonger pendant tout le Carnavalet une partie du carême ; la fermeture avait lieu la veille des Rameaux.
Dès 1486, les moines avaient fait construire cent quarante loges pour recevoir les commerçants. En 1511, Guillaume Briçonnet, le réformateur dont nous avons déjà parlé, fit rebâtir ces loges, et l'œuvre de charpenterie exécutée alors fut aussi remarquable par son élégance que par sa hardiesse.
A la foire Saint-Germain et pendant toute sa durée
INTRODUCTION
s’installaient des bijoutiers, des confiseurs, des marchands de jouets, des modistes, des vendeurs de toiles, de draps et d’étoffes, enfin bon nombre de tenanciers de jeux divers : jeux de paume très fréquentés par la jeunesse, académies où les cartes étaient biseautées, les dés pipés, les joueurs honnêtes impitoyablement exploités ; les seuls commerces qu’on n’y rencontrait point étaient ceux des armes et des livres, choses considérées trop sérieuses sans doute pour la frivolité du lieu. C’est là, au milieu du dix-septième siècle, qu’un Arménien nommé Pascal ouvrit le premier café public qui se soit établi à Paris. Quand la foire fut fermée, Pascal transféra son établissement sur le quai de l’École.
11 ne faut pas croire qu’un ordre parfait régnait en ce lieu ; honoré parfois de la visite des rois, fréquenté par la meilleure compagnie aussi bien que par la bourgeoisie et le peuple, il était souvent le théâtre de rixes sanglantes. Encouragés par l’exemple des maîtres, qui commettaient dix mille insolences , dit l’Estoile, pages et laquais se ruaient fréquemment sur la foule. De véritables batailles s’engageaient dans les rues voisines ; gens d’armes, bourgeois, écoliers et valetaille jouaient à qui mieux mieux de l’épée et du bâton, et lorsque le combat avait fait quelques victimes, on les jetait tranquillement dans les fossés de l’abbaye et on retournait à ses plaisirs.
Fermée pendant la Ligue, la foire Saint-Germain
rouvrit au mois de février 1595; elle s’enrichit alors
d’un attrait nouveau : un théâtre s’installa dans l’une
de ses loges. Les maîtres de la Passion ne le virent vu *
INTRODUCTION
ouvrir qu’à regret, et, pour pouvoir continuer ses représentations, il dut leur verser 2 écus chaque année.
Au dix-septième siècle, la foire Saint-Germain était toujours très courue, mais ses visiteurs se montraient plus friands de distractions que désireux d’acquérir quelques-uns des nombreux objets savamment étalés par les marchands.
En 1763, dans la nuit du 16 au 17 mars, un violent incendie détruisit l’œuvre de Briçonnet. Les loges furent immédiatement reconstruites, mais la belle charpente était à jamais perdue.
Nous avons dit quel était le caractère de la foire Saint-Germain ; nous allons essayer de reconstituer son aspect en cette année 1700, où nous nous sommes transporté.
Les cent quarante loges qui composaient l'ensemble couvraient tout l’espace aujourd'hui occupé par le marché Saint-Germain, les rues Lobineau, Félibien et une partie de la rue Mabillon ; elles étaient placées en bordure de neuf voies se coupant à angles droits et portant le nom du principal commerce qui s’y faisait; à l’extrémité de la halle était une chapelle où l’on disait la messe tous les jours pendant la durée de la foire. Avant de pénétrer dans les galeries, on pouvait traverser un enclos qu’on nommait le Champ crotté et qui servait de marché aux bestiaux.
Nous venons de le laisser deviner, la vogue de la foire était alors à son déclin. Était-ce lassitude d’un plaisir qui, bien que renouvelé chaque année, était en somme à peu près toujours le môme? N’était-ce pas plutôt, et nous serions assez disposé à le croire, parce
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que le quartier s’était enrichi d’un attrait permanent, d'une institution dont il était permis déjà de pressentir le grand avenir, et qui arrêtait, rue des Fossés-Saint- Germain-des-Prés, bon nombre de ceux qui auraient pu se rendre à l’enclos Saint-Germain?
Nous voulons parler de la Comédie française. On nous pardonnera de nous étendre un peu sur ce sujet; mais, ainsi qu’on va le voir, le sixième arrondissement, qui a longtemps possédé ce grand théâtre, peut s’honorer non seulement de l’avoir vu naître, mais encore d’avoir assisté aux premiers tâtonnements de l’homme de génie qui le créa.
Sur remplacement occupé aujourd’hui par les numéros 17 et 19 de la rue de Buci était installé, en l’an 1650, le jeu de paume de la Croix-Blanche; c’est là qu’un jour des amateurs parisiens, ayant à leur tête le fils d’un valet de chambre tapissier du roi qui demeurait rue Saint-Honoré, au pavillon des Cinges , vinrent donner des représentations dramatiques. Téméraires comme la jeunesse, confiants en leur étoile comme on l’est à lage où les désillusions n’ont point encore affaibli la foi native que tout homme porte en soi, ils donnèrent bravement — un peu audacieusement peutêtre — à leur entreprise, la dénomination d 'Illustre- Théâtre .
Trois années suffirent pour épuiser la vogue de l’Hlustre-Théâtre, et nos comédiens partirent pour la province.
Ce n’est point ici le lieu de les suivre dans leurs pérégrinations ; ceux qui avaient conservé quelque souvenir de leur tentative pouvaient les reconnaître quand,
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à leur retour sur la scène du Petit-Bourbon, le 3 décembre 1639, ils donnaient la première représentation de ? Etourdi; le directeur-auteur, qui sous le masque jouait le rôle du laquais habile à fourber les pères crédules, devenait à ce moment une personnalité parisienne connue sous le nom de Molière .
En 1673, quand mourut Molière, Lulli intrigua pour se faire donner la salle où le grand comique avait conquis son immortalité ; l’Opéra y commença sa glorieuse carrière. La troupe royale — les comédiens de Molière portaient alors ce titre — se réfugia rue Mazarine, visà-vis de la rue Guénégaud, dans ce jeu de paume de la Bouteille où, deux ans avant, la troupe de l’Opéra avait joué Pomone avec un éclatant succès. C'est le 3 juillet 1673 que les comédiens s'installèrent au jeu de paume de la Bouteille ; mais, dès le vendredi 1er janvier 1677, ils prenaient possession d’une nouvelle salle construite dans les dépendances de l’hôtel Guénégaud, et l’inauguraient par la première et orageuse représentation de la Phèdre de Racine.
En ce temps, le théâtre était considéré comme un fâcheux voisin ; quand, au cours de l’année 1674, il fut question de l’agrégation du collège des Quatre-Nations à ceux de l’Université, les docteurs de Sorbonne exigèrent d’abord que les comédiens quittassent la rue Guénégaud dans un délai de trois mois.
Yoilà donc la compagnie cherchant un gîte ; elle se serait bien établie rue de Savoie, le curé de Saint-André des Arts se scandalisa ; elle avait bien découvert un autre local convenable, cette fois, c’était le clergé de Saint-Germain l’Auxerrois qui faisait observer qu’on
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entendrait les orgues dans le théâtre et les violons dans l’église. Forcés de laisser les choses en l’état, chacun parut en prendre son parti, et le théâtre de la rue Guénégaud continua de prospérer. Il prospéra si bien même, qu’en 1680 la troupe des comédiens français de l’hôtel de Bourgogne fut réunie à la troupe royale ; à partir du 22 octobre de cette année, les deux compagnies n’en firent plus qu’une. La Comédie française était fondée.
Devenue plus nombreuse et la faveur du public lui demeurant constante, la troupe songea bientôt à s’installer dans un vaste local ; le 8 mars 1688, elle fit l’acquisition du jeu de paume de l’Étoile, situé rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés (rue de l’Ancienne-Comédie), et de deux maisons y attenant, mais ayant leurs entrées rue des Mauvais-Garçons (rue Grégoirede-Tours). Les comédiens firent immédiatement démolir les constructions existantes et confièrent à François d’Orbay l’édification de leur théâtre.
L’architecte fit une œuvre simple mais de bel aspect ; la salle, quoique petite, pouvait recevoir quinze cents à deux mille personnes ; il est vrai qu’on se tenait debout au parterre. Elle avait la forme d’une demiellipse, et contenait trois rangs de loges; derrière le parterre s’étageait l’amphithéâtre, bien bruyant aux jours de cabales. Le plafond, fort beau, avait été peint par Bon Boullongne.
Le théâtre ouvrit le 18 avril 1689; on donnait Phèdre et le Médecin malgré lui.
En 1770, les bâtiments menaçant ruine, la compagnie émigra à la salle des machines du château des
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Tuileries; elle y resta douze ans, puis rentra dans l’arrondissement, quand la salle de l’Odéon fut construite en 1782.
On sait que, royalistes pour la plupart, les comédiens passèrent plus d'une année en prison pendant la Révolution. Rendus à la liberté après le 9 thermidor, ils étaient à peu près ruinés et ne purent payer leurs dettes; c’est alors et en vertu d’un jugement du t i thermidor an III (1er août 1795) que leur hôtel de la rue des Fossés-Saint-Germain fut vendu.
Vis-à-vis de la Comédie, et l’année meme de son installation, un Sicilien nommé François Procope, ouvrit un café, le second qu'on vit à Paris; il ne tarda pas à être le rendez-vous de tout ce qui, amateur ou auteur, fréquentait le théâtre. La vogue du café Procope a été de longue durée; rétablissement, où l’on montrait la table qu’alfectionnait Voltaire, a fermé ses portes après plus de deux siècles d’existence.
Mais n’oublions pas que nous avons entrepris de visiter l’arrondissement à la fin du dix-septième siècle.
La foire Saint-Germain est-elle ouverte, la Comédie donne-t-elle une pièce nouvelle ? Nous ne savons, toujours est-il que le spectacle est autour de nous singulièrement animé et non sans danger pour l’humble piéton que nous sommes. Où poser le pied, au milieu de cette cohue de cavaliers, de carrosses, de chaises à porteurs et de voitures de place traînées par des chevaux étiques que fouaillent des cochers grossiers? Qui nous cingle soudain les jambes? C’est l’épée ballante d’un jeune mousquetaire. Quel coude élève sa pointe à la hauteur de notre œil? C’est celui d’un jeune
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seigneur se campant tout à coup au milieu de la rue pour se peigner. Heureusement il a aperçu un visage de connaissance dans une chaise, et il s’élance vers la coquette qui l’occupe. La chaise s’arrête en travers du chemin assez brusquement pour que r un des bâtons nous heurte et en place si mal choisie, que les voitures ne peuvent plus avancer; quant à nous, nous
(sommes forcé de suspendre notre marche et demeurons en place, étourdi par le concert d’épithètes malsonnantes échangées entre les laquais perchés derrière les carrosses et les cochers accroupis sur leurs sièges. Fermons l’oreille à ces bruits, aussi bien qu’aux objurgations inutiles que ce procureur pressé adresse à son automédon; sourions à cette grande dame assise en son carrosse, et qui, sacrifiant à la mode du temps, tient d’une main un petit miroir dans lequel elle se contemple, et de l’autre caresse un affreux chien aux oreilles coupées, au museau de loup, couché sur ses genoux. Mais hâtons-nous, jouons des coudes, fendons la presse, gagnons la rue des Fossés-Monsieur-le- Prince, suivons celle des Francs-Bourgeois; nous voici à l’entrée de la rue de Vaugirard, dans les beaux quartiers de l’arrondissement, mais également dans le côté qui va nous paraître aussi monacal que le précédent nous a semblé mondain.
Nous ne prenons que le temps ici de saluer le palais du Luxembourg, nous en conterons l’histoire en le visitant plus tard. A droite, au bout de la rue Garancière , nous apercevons le chevet de l'église Saint- Sulpice, construction inachevée encore, bien que plusieurs architectes s’en soient occupés déjà. Poursuivons
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notre route, et les couvents — le dix-septième siècle fut leur beau temps — vont se dresser devant nous à chaque pas.
Près du Luxembourg, voici les filles du Calvaire, établies là en 1620 par les soins de ce père Joseph, bien connu sous le nom d 'Éminence grise (le couvent était d’abord resté deux ans dans cette rue des Francs-Bourgeois où nous venons de passer). En 1626, Marie de Médicis, à la demande des religieuses, a fait construire une église qu’ornent maintenant quatre beaux tableaux de Philippe de Champaigne.
A peu près en face était le couvent du Précieux- Sang, congrégation qui, du 20 décembre 1 635, époque de sa fondation, au 10 décembre 1658, moment où elle vint habiter rue de Vaugirard, logea successivement rue du Pot-de-Fer et rue du Bac. La chapelle que les nonnes firent construire en ce dernier couvent, fut bénite le 20 février 1659.
Ces deux monastères ont été supprimés en 1700 ; le premier a été englobé dans les annexes du jardin du Luxembourg; le second est devenu une propriété particulière.
Plus haut, dans la môme rue, était le couvent des carmes déchaussés. Les carmes deschaux, comme on les appelait souvent, s'étaient établis là en 1611, dans des bâtiments que Nicolas Vivien, maître des comptes, leur avait gracieusement abandonnés. C’est dans le laboratoire de ce couvent que se fabriquait cette eau de mélisse dont chaque femme avait alors un flacon sur elle.
Une partie des bâtiments et l’église sont encore de-
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bout, et occupés par l’École normale ecclésiastique, fondée et dirigée par M«r d’Hulst.
Elle serait longue la nomenclature des maisons religieuses que l’arrondissement renfermait alors, et que la fin du dix-huitième siècle devait voir fermer : petitsaugustins, près du quai; séminaire de Saint-Sulpice, près du Luxembourg; frères des écoles chrétiennes, rue Notre Dame-des-Champs ; orphelins de Saint-Sulpice et religieuses de Notre-Dame de la Miséricorde, rue du Vieux-Colombier; filles du Bon-Pasteur et couvent de Notre-Dame de la Consolation, rue du Cherche- Midi ; congrégation de Notre-Dame de l’Annonciade, rue Cassette ; filles de Saint-Thomas de Villeneuve, rue de Sèvres : toutes habitations aux portes closes, aux volets fermés, et d’où ne s’échappe pour tout bruit, à certaines heures, que le son d’une argentine sonnerie.
Pendant le cours du dix-huitième siècle, l’arrondissement vit construire l’hôtel des Monnaies, l’École de médecine et le théâtre de l’Odéon; i) vit percer toutes les rues qui entourent ce dernier, la belle place dont il occupe le fond et la large voie qui permet d’en apercevoir de loin la façade.
(Juand, en 1778, le Luxembourg fut donné à Monsieur, frère du roi, le jardin devint accessible au public et, s’il faut en croire le Guide des amateurs et des étrangers de Thiery, ne tarda pas à être, les dimanches et fêtes, le rendez-vous du beau monde.
Il fut aussi, le 12 juillet 1784, témoin d’une des premières tentatives de direction aérostatique. L’abbé Miollan, Janinet, le marquis d’Arlandes et Bredin avaient fait construire une gigantesque montgolfière
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faite de 3700 aunes de toile, haute de 100 pieds et pourvue d’une ouverture latérale. Par cette ouverture, l’air dilaté devait, en s’échappant et en frappant l’air extérieur, produire une réaction favorable à la marche de l’aérostat.
Malheureusement, l’expérience ne put avoir lieu; la machine prit feu au cours du gonflement; les spectateurs se crurent mystifiés et la mirent en pièces. Quant aux inventeurs, on les chansonna.
La commotion révolutionnaire fut particulièrement violente en ces quartiers; dès 1790, toutes les églises furent désaffectées, toutes les congrégations dispersées; le collège des Quatre-Nations fut fermé, l’abbaye de Saint-Germain des Prés devint bien national; le couvent des Carmes fut converti en prison, le palais du Luxembourg eut le môme sort quand le comte de Provence, qui l'habitait, l’eut quitté en 1791. Aux Cordeliers se tinrent les réunions de ce fameux club dont l’influence contrebalança souvent celle du club des Jacobins de la rue Saint-Honoré. Plusieurs hommes en vue vinrent habiter le quartier : Danton demeurait dans la cour du Commerce; Camille Desmoulins habitait une maison de la place de l’Odéon; Marat restait dans un immeuble qu’on voyait encore il y a quelques années, et qui portait le numéro 18 de la rue de l’ÉcoIede-Médecine.
Les sections du Théâtre-Français, de l’Unité, de Mucius Scévola se mêlaient à tous les mouvements; en septembre 1792, le quartier fut ensanglanté par les massacres de l’Abbaye et du couvent des Carmes. Le soir du 13 juillet 1793 une nouvelle éclate dans le
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