LU V
)ITEUR
ITINÉRAIRE
POUR LE VIe ARRONDISSEMENT.
Placï Saint-Michel, foutaine Saint-Michel ; quai des Grands- Àugustins, quui Conti, hôtel des monnaies, pont des Arts, Institut, Académies, bibliothèque Mazarine ; quai Malaquais, rue des Saints-Pères, École des langues orientales et vivantes, École des beaux-arts, École des ponts et chaussées, hôpital de la Charité, Académie de médecine; boulevard Saint-Germain, Société de géographie, statue de Diderot, église Saint-Germain des Prés, statue de Bernard Palissy; rue de l’Échaudé, rue de rAhbaye, palais abbatial, maison mortuaire de Delacroix ; rue Bonaparte, place Saint-Sulpice, mairie du sixième arrondissement, fontaine Saint-Sulpice, séminaire diocésain, église Saint-Sulpice ; rue Saint-Sulpice, rue Mabillon, marché Saint-Germain ; rue Clément, rue de Seine, boulevard Saint- Germain, cercle de la Librairie, statue de Broca, École de médecine; rue de l’Écolc-de-Médecine, École de dessin; place de l'Ecole-de-Médecine, rue Antoine-Dubois, rue Casimir-Delavigne, théâtre de l'Odéon; rue de Vaugirard, palais du Sénat, Petit Luxembourg, musée des artistes vivants, jardin du Luxembourg, monument de Delacroix, École des mines, fontaine de l'Observatoire ; allée de l’Observatoire, École de pharmacie. petit lycée Louis-le-Grand, bal Bullier, statue du maréchal Noy; boulevard Montparnasse, église Notre-Dame des Champs, — collège Stanislas, lycée Fénelon, prison militaire, hôtel des Conseils de guerre, succursale du Mont-de- Piétô.
DANS LE SIXIÈME ARRONDISSEMENT
Limité par la Seine, les boulevards Saint-Michel et du Montparnasse, la rue de Sèvres, large, la rue des Saints-Pères, étroite, le sixième arrondissement est un de ceux qui, dans Paris, offrent cet exemple, souvent observé déjà, des variétés et des contrastes.
Le quartier de la Monnaie est commerçant et industriel, non comme le sont, par exemple, les quartiers du Mail ou du Temple, mais avec un caractère particulier que vous ne trouverez nulle part ailleurs. Le commerce est celui des livres, des estampes, des médailles, des vieux bois sculptés, des faïences anciennes, des fers forgés, des tapisseries, des bijoux, des tableaux, des autographes. Haro ouvre sa galerie de tableaux rue Visconti; la Croix de ma mère , son magasin d’antiquités sur le quai Malaquais. Quant à l’industrie, elle est représentée non seulement par quelques mouleurs de réel mérite, mais encore et surtout par de grandes imprimeries, d’importants ateliers de reliure, de dorure, de brochage, enfin par tout ce qui concerne la belle industrie du livre.
Le quartier de l’Odéon appartient encore au pays latin; il en conserve les allures. Les quartiers Saint-Germain des Prés et Notre-Dame des Champs ont leurs physionomies particulières ; le premier fait grand négoce de chasublerie, de livres d’heures, de statues de sainteté, de chemins de croix; le second, plus rapproché du faubourg Saint- Germain, en a l’aspect aristocratique, assombri par une teinte monacale. Les couvents et les maisons de retraite y sont nombreux; mais si l’on remonte vers le sud, quelques grandes baies d’ateliers égaient de leurs teintes claires les vn 1
longues suites de fenêtres ogivales et grillagées des monastères et des maisons de vieillards.
Les feuillages des arbres séculaires du jardin du Luxembourg frissonnent ici; les percées du boulevard Saint-Germain et de la rue de Rennes ouvrent ailleurs leur larges perspectives. La place Saint-Sulpice, une des plus agréables de Paris, occupe et égaie le centre de l’arrondissement. Le Sénat se réunit au palais du Luxembourg. La Monnaie frappe l’or au quai Conti. L’Académie française tient ses séances sous la coupole du palais Mazarin. L’École des beaux-arts réunit dans ses ateliers une pléiade de travailleurs, dont quelques-uns seront des maîtres demain. Un séminaire instruit des théologiens et prépare des prélats. Un théâtre, l’Odéon, devrait offrir sa vaste scène aux premiers essais des poètes et des artistes. Il y aurait beaucoup à dire sur la façon dont il remplit généralement cette mission.
Si nous commençons notre promenade par la place Saint- Michel, nous aurons soin tout d’abord de nous garer des nombreux omnibus et tramways qui s’y rencontrent, assiégés par cent voyageurs pressés brandissant leurs numéros. Nous jetterons un coup d’œil sur la fontaine qui en décore le fond et occupe l’emplacement de l’ancienne porte Saint-Michel, démolie en 1G84. C’est un monument gracieux d’ensemble, égayé par la couleur vive du marbre rouge du Languedoc de ses colonnes, décoré au centre d’un fort beau groupe de saint Michel, de Duret, au sommet de statues qui, malheureusement très haut placées, paraissent un peu maigres. Les dessins de cette fontaine, érigée en 18G0, ont été fournis par M. Davioud.
Les quais des Grands-Augustins et Conti offrent un spectacle pittoresque et gai. Presque toutes les boutiques sont occupées par des libraires et des marchands d’estampes et de médailles. Sur les parapets qui bordent la Seine, s’entassent de larges boîtes carrées contenant des livres à tous prix. C’est la halle aux bouquins. Bibliomanes et même bibliophiles passent là de longues heures chaque jour, penchés sur les casiers à la recherche d’un volume rare.
Sous l’œil indulgent du bouquiniste, le flâneur désargenté lit un roman, feuillette des recueils de vers ou consulte des dictionnaires; c’est le cabinet de lecture en plein vent, ouvert à tous, la bibliothèque des pauvres, des désœuvrés et des timides; le coin où l’on rencontrait jadis quelques-uns de ces vieux volumes des dix-septième et dix-huitième siècles reliés en veau plein, tranchés de rouge, solides et sentant bon, qui frappés parfois d’un curieux ex libris, faisaient la joie des chercheurs.
Aujourd’hui, les bouquinistes sont plus instruits qu’autrefois et les trouvailles vraiment intéressantes deviennent rares sur les quais.
C’est de 1771 à 1775 et sur remplacement de l’ancien hôtel de Conti que fut édifié, d’après les plans de l’architecte Antoine, l’hôtel des Monnaies.
Avec sa façade qui se développe sur une longueur de 120 mètres, avec son avant-corps central orné de colonnes d’ordre ionique, ses statues symboliques signées Lecomte, Pigalle, Neveu et Mouchy, l’hôtel des Monnaies reste un des plus beaux monuments dont le siècle dernier ait orné Paris.
Suivant notre coutume, nous pénétrerons dans l’intérieur de l’édifice et, muni d’une permission que nous aurons préalablement demandée au directeur, il nous sera loisible de visiter les ateliers où l’or, l’argent, le cuivre sont fondus, amalgamés, laminés, découpés et finalement frappés.
Le travail de la fabrication est curieux à suivre ; les progrès successifs de la chimie et de la mécanique lui ont permis d’atteindre un rare degré de vitesse et de perfection.
Les lingots ou les monnaies anciennes dont la refonte s’impose sont d’abord liquéfiés à chaud dans des creusets où l’alliage les amène au titre légal.
Le mélange, ainsi préparé, passe dans des lingotières où il prend la forme de barres longues et plates. Le travail des laminoirs réduit ces barres à l’exacte épaisseur de la monnaie à fabriquer ; elles sont découpées ensuite en disques de diamètres réglementaires. Scrupuleusement pesés, ces
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disques (ces flans, pour parler la langue du lieu) sont remis au four, blanchis dans un bain d’acide, lavés, comptés, pesés de nouveau et n’ont plus qu’à recevoir la frappe.
Celle-ci s’appliquait jadis au moyen de coins d’acier battus de vigoureux coups de marteau. En 1G45, le balancier plus expéditif d’Aubry Olivier fut définitivement adopté et fonctionna jusqu’en 1817, époque où la presse monétaire de M. Thonnelier vint remplacer le balancier et activer la vitesse de la production.
Au musée, ouvert au public les mardis et vendredis, vous pourrez voir la riche et curieuse collection de coins appartenant au gouvernement, les médailles anciennes et étrangères offertes à diverses époques à l’administration, et de très purs exemplaires de toutes celles qui sont sorties des ateliers de la Monnaie.
La bibliothèque, non ouverte au public, est pourtant accessible, sur demande, aux personnes que leurs travaux obligent à en consulter les richesses.
Nous n’avons eu que quelques pas à faire pour atteindre le pont des Arts; il n’est accessible qu’aux piétons, et son tablier, long de 130 mètres, repose sur une suite d’élégantes arches en fer fondu. Sa construction, commencée en 1802, fut achevée en 1804; en ce temps-là, le pont était orné d’arbres en caisses. Le péage auquel les passants étaient soumis a été racheté par la ville en 1849. La porte centrale de la cour du Louvre s’ouvre à l’un de ses bouts; à l’autre, la façade demi-circulaire du palais de l’Institut forme une place dont le centre est occupé par une statue de la République, de M. Soitoux. Au point où nous sommes, nous souhaiterions que nos lecteurs pussent s’arrêter un aprèsmidi, par un de ces temps clairs fréquents dans la belle saison. Ils jouiraient de la vue d’un de nos plus beaux paysages parisiens. Sur le fond transparent du ciel, ils verraient se détacher en arrière plan les tours du Palais de justice, la flèche de la Sainte-Chapelle et la masse imposante des tours de Notre-Dame ; plus avant, blanche sur les monuments sombres, la pointe de la Cité; plus près
LE QUAI MALAQUAIS ET L’iNSTITUT, VUE PRISE DU QUAI DU LOUVRE. DESSIN DE F. HOFFBAUER.
encore, le terre-plein verdoyant du Pont-Neuf ; à leurs pieds enfin, le fleuve aux eaux calmes, argentées par les rayons du soleil.
Le palais de l’Institut est construit sur l’emplacement de l’hôtel de Nesle et sur une partie des terrains du Pré-aux- Clercs. La salle de lecture de la bibliothèque Mazarine occupe exactement la place de la romantique et légendaire tour. Collège d’abord, l’édifice fut édifié en exécution du testament du cardinal Mazarin, sur les plans dressés en 1665 par Louis Levau. Bien que l’institution portât officiellement le nom de son fondateur, le peuple l’appela toujours collège des Quatre-Nalions, parce qu’il était destiné à recevoir soixante jeunes gentilshommes des provinces annexées, Alsace, Pignerol, Flandre et Roussillon. Le collège fut supprimé en 1793 et ses bâliments servirent successivement de prison pour dettes, d’École centrale et d’École des beauxarts. Enfin, en 1806, on les affecta aux services de l’Institut et l’architecte Vaudoyer fut chargé des travaux d’appropriation. La chapelle, qui avait contenu le tombeau de Mazarin, œuvre de Coysevox, devint la salle des séances publiques.
La fondation de l’Institut remonte au 25 octobre 1795. C’est la réunion des cinq Académies: française, des sciences, des inscriptions et belles-lettres, des beaux-arts et des sciences morales et politiques. C’est la manifestation vivante de tous les efforts de l’intelligence nationale, la réunion de tous les hommes dont les idées ou les travaux ont apporté une pierre de plus à l’écrin déjà si riche des sciences -et des arts français.
L’Académie française, l’aînée de toutes, qui fut, on le sait, fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu, est une de ces impérissables institutions que les railleries, qu’il a toujours été de mode de lui décocher, n’ont pu entamer encore.
A quelques exceptions près — - inexplicables, il est vrai — l’Académie française a accueilli dans son sein tous les grands maîtres de notre littérature. Assistez, si vous le pouvez, à l’une de ces séances solennelles où elle reçoit un membre
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nouveau, et si vous êtes amateur de pensées élevées expri. niées en beau langage, de critiques judicieuses finement mêlées à l’apologie obligatoire, de légères pointes d’ironie ponctuant çà et là les formules pompeuses de l’éloge, vous aurez passé sous la coupole de l’Institut, au milieu de l’élite de la société parisienne, deux heures dont vous garderez longtemps le souvenir.
La plus ancienne des académies après l’Académie française est celle des beaux-arts, dont la fondation remonte à l’an 1048, mais qui ne fonctionna d’une façon régulière qu’à partir de 1671. Les Académies des inscriptions et belleslettres et des sciences viennent ensuite, la première fondée en 1003, la seconde en 1666. Enfin l’Académie des sciences morales et politiques date de 1795.
Si vous visitez l’intérieur du palais de l’Institut, vous serez étonné de la profusion de statues, de bustes, de médaillons qu’il renferme. Escaliers, paliers, vestibules, couloirs, salles et jusqu’aux moindres cabinets sont autant de petits musées évoquant les souvenirs des grands hommes de tous les temps.
La bibliothèque Mazarine, installée dans l’un des pavillons du bâtiment, a pour fonds d’origine tous les ouvrages que Mazarin avait réunis, guidé dans ses choix par Gabriel Naudé, l’homme du temps qui se connaissait le mieux en livres. Ce fonds s’est considérablement augmenté depuis; la bibliothèque contient plus de deux cent mille imprimés, environ quatre mille manuscrits et treize cents incunables de la plus haute curiosité.
L'extérieur du palais de l’Institut, quoique un peu écrasé eu égard à son développement, ne manque pas pourtant d’une certaine majesté; le pavillon central, avec son dôme, son fronton, ses colonnes corinthiennes, les pavillons extrêmes, avec le dessin gracieux de leurs courbes, forment un ensemble très agréable à l'œil.
Une particularité nous revient en mémoire; les lions qui ornent la façade, et qui, jusque vers 1862, jetaient de l’eau dans des vasques, sont les premières sculptures de cette
importance qui aient été coulées en fonte de fer. Ils sont sortis en 1810 de la fonderie du Greuzot.
Le quai Malaquais continue sur ses parapets l’exposition des vieux livres, interrompue de temps à autre par les casiers contenant des médailles et des monnaies. Quant aux boutiques, elles sont presque toutes occupées par des libraires et des marchands d’estampes ou de curiosités. Une statue de Voltaire, le philosophe en a trois dans Paris, sans parler de celle du Théâtre-Français, décore le carrefour que le quai forme sur le flanc droit de l’Institut; elle est l’œuvre de M. Caillé.
C’est dans l’ancien couvent des petits augustins, fondé en 1609 par Marguerite de Valois, qu’est installée l’École des beaux-arts. Elle y remplace, depuis 1820, le Musée des monuments français fermé en 1816, où Alexandre Lenoir avait, depuis 1795, réuni une fort curieuse collection de débris arrachés aux églises désaffectées, aux maisons historiques disparues, aux châteaux démolis.
Les plus curieuses de ces reliques ont été conservées au palais des Beaux-Arts. Voici d’abord une des merveilles de l’art de la Renaissance : la façade du château d’Anet, construit en 1548 sur l’ordre de Henri II, où s’entrelacent les chiffres du roi et de Diane de Poitiers, et que l’art moderne a décoré d’un buste de Lenoir. Voici encore l’arcade du château de Gaillon, œuvre de Pierre Fain, édifiée en l’an 1500 pour le cardinal Georges d’Amboise ; puis, dans les cours, des statues, des bustes, des débris de constructions anciennes, tout cela distribué avec un réel sentiment décoratif et généralement d’une grande valeur artistique ou archéologique.
Le gouvernement de Juillet a fait beaucoup pour l’École des beaux-arts; il l’a agrandie et embellie. C’est à lui qu’on doit la réduction, exécutée par Sigalon, du Jugement dernier de Michel-Ange, copie si l’on veut, mais copie qu’un maître seul pouvait faire et qui telle quelle suffit à donner une idée parfaite de l’original. C’est ce même gouvernement qui, en 1837, commanda à Paul Delaroche la décoration de l’hémicycle de la salle des distributions de prix.
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L’artiste mit cinq années à peindre cette fresque monumentale. Soixante-quatorze figures l’animent de leurs physionomies et de leurs attitudes diverses; l’œil suit avec complaisance l’évocation consciencieuse des costumes de tous les temps. Le sujet, difficile à définir en peu de mots, est l’assemblée des plus célèbres artistes du moyen âge et des temps modernes, présidée par les trois grands maîtres de l’antiquité : Phidias, Ictinus, Apelles.
Les trois maîtres, on pourrait dire les trois juges, sont assis au centre de la composition, au-dessus de femmes représentant allégoriquement l’Art grec, l’Art romain, le Moyen Age et la Renaissance. Toute la série des grands peintres, depuis Poussin, le premier à droite, jusqu’à Véronèse, le dernier à gauche, est groupée artistement, attendant les couronnes qu’une Renommée placée au premier plan distribue sur les désignations de l’aréopage.
Le séjour peut se prolonger longtemps à l’École des beaux-arts sans que les yeux cessent d’étre charmés, sans que l’intérêt s’émousse. Voici, dans la salle des Pas perdus, le monument élevé à la mémoire d’Ingres. Le buste en bronze du grand peintre occupe le centre d’une niche audessus de laquelle on voit les médaillons en marbre de deux de ses élèves qui furent aussi des maîtres : Flandrin, le décorateur de l’église Saint-Germain des Près, et Simart, le statuaire. Si nous entrons dans la cour du Mûrier, entourée d’élégantes arcades dans le style de la Renaissance, nous verrons, outre les sculptures envoyées par les élèves de l’école de Rome, le monument élevé à la mémoire de Henri Régnault. Il est en marbre blanc et a été construit sur les dessins de Coquart. Le buste en bronze de l’auteur de la Salomé , œuvre de Degeorge, le domine; devant le piédestal, une figure en marbre de la Jeunesse , gracieuse et poétique inspiration de Chapu, élève une palme vers le visage du jeune peintre.
Vous visiterez ensuite la salle où sont conservées les œuvres qui, à différentes époques, ont mérité le prix de Rome à leurs auteurs. Vous retrouverez là, non sans un