LA COUR D’ENTRÉE DE L’ÉCOLE DES BEAUX-ARTS. DESSIN DE F. HOFFBAUER
réel intérêt, les tableaux de concours d’artistes qui se sont nommés ou se nomment encore : David, Ingres, Girodet, Cabanel, Bouguereau, Joseph Blanc, et aussi ceux de bien des oubliés.
La salle Melpomène, qui sert aux expositions publiques, a été ajoutée à l’École des beaux-arts en 1861, sous la direction de M. Duban. L’adjonction récente du coquet hôtel de Chimay complète le monument et le rend propre à répondre aux nombreuses exigences de ses services.
La bibliothèque contient douze mille volumes et environ un million de gravures, dessins et photographies; une salle qui l’avoisine est décorée de la reproduction des cinquantedeux loges de Raphaël, exécutées par les frères Balze, de 1835 à 1840.
La peinture, la sculpture, l’architecture, la gravure en taille-douce et la gravure en médailles et pierres fines sont enseignées à l’École des beaux-arts dans des ateliers dirigés par des maîtres en chaque genre. Un concours aux grands prix de Rome a lieu chaque année pour les sections de peinture, de sculpture et d’architecture, et tous les deux ans pour celle de la gravure.
L’hôpital de la Charité fut créé en 1602 et desservi alors par les frères de Saint-Jean de Dieu, que Marie de Médicis avait fait venir de Florence. Un bâtiment, qui est aujourd’hui occupé par l’Académie de médecine, fut ajouté aux anciens en 1776, le portail actuel de l’Académie était alors l’entrée de l’hôpital. Cette entrée a été transférée rue Jacob, en 1843.
Rien à dire ici que nous n’ayons dit déjà à propos d’autres hôpitaux. Ces établissements n’ont pas d’histoire, et la similitude de leur destination les condamne à être tous à peu près semblables. La Charité contient cinq cent quatre lits.
Le bâtiment où s’abrite maintenant, assez mal à l’aise, l’Académie de médecine, devait servir de chapelle à l’hôpital; il ne reçut pas sa destination première et fut occupé longtemps par la chaire de clinique de Corvisart.
L’Académie de médecine fut fondée en 1820; elle se corn-
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pose de cent membres élus au scrutin secret; elle a de plus dix membres libres., quarante associés tant français qu’étrangers et un nombre illimité de correspondants. Le résumé de ses travaux est publié dans un bulletin et des mémoires spéciaux.
Tout auprès, sur le boulevard Saint-Germain, dont le côté droit est encore bordé par les vieilles bâtisses de l’ancienne rue Taranne, vous pourrez voir, auprès d’élégantes constructions modernes, la belle façade de l’immeuble où la Société de géographie tient ses intéressantes réunions.
Le boulevard Saint-Germain nous conduira jusqu’à la place Saint-Germain-des-Prés. Une statue de Diderot, par M. Gautherin, semble nous souhaiter la bienvenue. L’œuvre n’est pas sans mérite, mais la pose pourrait être plus heureuse. Au fond de la place se dresse la tour romane de l’église Saint-Germain des Prés.
Cette très curieuse église est maintenant tout ce qui reste de la puissante abbaye de Saint-Germain que le roi Childebert avait fondée en l’an 542 de l’ère chrétienne, à la prière de saint Germain, évêque de Paris, et qui, lorsqu’elle disparut — en 1790 — avait, grâce aux droits de justice, censives, foires, marchés, etc. un revenu net de plus de 3G2000 livres.
Puisque rien ne demeure de l’abbaye, nous ne nous occuperons que de l’église. Bien que sa fondation remonte au sixième siècle, ainsi que nous l’avons dit, ses parties les plus anciennes sont du onzième siècle; à cette époque, l’abbaye et l’église avaient été ravagées et détruites par les Normands. Son vingt-neuvième abbé, Morard, commença la reconstruction; mais le chœur et les chapelles ne furent réédifiés qu’environ cent cinquante ans plus tard. Leur achèvement doit dater de l’an H63; le 21 avril de cette année, le pape Alexandre III en fit la dédicace.
L’église a renfermé longtemps le tombeau de saint Germain; elle a, de plus, servi de sépulture aux rois de la première race. Elle a subi, depuis sa reconstruction et jusqu’en ces dernières années, de nombreux remaniements, qui n’ont
pas tous été marqués au coin du goût parfait. Le portique, construit dans les premières années du dix-septième siècle, est une fâcheuse addition ; les modifications apportées à la même époque aux bas côtés ont aussi le tort de trop différer du style général de l’église. Deux clochers, qui s’élevaient aux extrémités du transept, ont été démolis en 1820.
De nombreuses peintures sont venues embellir les murailles. Au premier rang de celles-ci, il faut citer la suite de compositions, signées H. Flandrin, qui décore la nef, compositions d’une simple et magistrale allure, d’un sentiment élevé, d’une pureté exquise dans leur mysticité.
A côté de ces pages hors ligne, il faut remarquer encore un Saint Gei'main, par Steuben; une Résurrection de Lazare, par Verdier ; une Mort de Saphira, par Le Clerc ; une statue de Notre-Dame la Blanche , qui provient de l’abbaye de Saint- Denis, à laquelle la reine Jeanne d’Évreux l’avait donnée en 1340; et enfin un petit monument plaqué sur le mur de gauche, orné du buste de Flandrin, par M. Oudiné, et élevé à la mémoire du grand artiste.
Les travaux des dernières années ont dégagé en partie l’édifice des constructions où il était en quelque sorte emprisonné. La vue de la belle abside douzième siècle est maintenant possible; un square en bordure du boulevard Saint-Germain verdoie à l’ombre des murs. Une statue de Bernard Palissy, reproduction de celle que M. Barrias a élevée à Boulogne-sur-Seine, en occupe le centre.
Par une toute petite rue qui s’appelle rue de l’Échaudé, nous gagnerons la rue de l’Abbaye et nous pourrons voir encore, avec sa façade de briques, ses hauts toits d’ardoises, ses jolies mansardes, son jardin vaste et calme, le vieux palais abbatial, bâti en 1586 par Charles de Bourbon, et où mourut, en 1672, le roi de Pologne Casimir, devenu abbé de Saint-Germain. Le palais n\a rien perdu de son aspect grave et monacal, il n’est point devenu bourgeois ; ses murs abritent, outre une grande librairie, plusieurs sociétés médicales.
La rue de Furstenberg qui débouche en face de la porte
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du palais nous rappelle un grand souvenir; c’est dans la modeste maison qui porte le numéro 6 que mourut, en 18G3, le grand peintre Eugène Delacroix.
Par la rue Bonaparte, nous gagnerons la place Saint- Sulpice. Une des plus jolies fontaines de Paris en décore le centre; deux fois par semaine, un marché aux fleurs en égaye et parfume le terre-plein. Si le fond est un peu attristé par les austères bâtiments du séminaire diocésain, le côté droit est animé par le mouvement continuel qui se fait devant la mairie ; quant au côté gauche, il est tout entier rempli par la large façade de l’église Saint-Sulpice.
La mairie occupe l’emplacement de l’ancien hôtel de Charrost; elle a été construite en 1849 par Rolland et Le Vicomte, et agrandie en 1888 par M. Ginain. On voit dans le vestibule un beau groupe en pierre, Une mère , d'Alfred Lenoir. La Liberté, l’Égalité et la Fraternité , trois magnifiques compositions signées Henri Lévy, décorent la salle des mariages.
La fontaine, érigée en 1847, est une des heureuses inspirations deVisconti; sa forme est gracieuse, ses proportions admirablement comprises, sa décoration riche, harmonieuse et conçue avec un tel esprit de suite qu’il semble que rien n’y puisse être ajouté et que rien aussi n’en puisse être enlevé. Magnifiques sont ses quatre lions de pierre tenant entre leurs griffes un écusson aux armes de la ville de Paris; admirables d’attitudes et d'expression sont les statues assises dans les quatre niches du monument rectangulaire qui s’élève au-dessus des vasques; d’un très agréable effet enfin est le petit dôme qui termine l’édifice. Les lions dont nous avons parlé ont été sculptés par Derre ; les quatre statues représentant : Fénelon, Fléchier, Massillon et Bossuet, ont pour auteurs : Lanno, Desprez, Faugiuet et Feuchère. Ce monument remplace une fontaine beaucoup plus simple, qui occupe maintenant le centre du marché Saint-Germain.
L’origine du séminaire diocésain de Saint-Sulpice remonte à l'an 1641, et sa fondation est due à Jean-Jacques Ollier, abbé de Pibrac. Supprimé en 1792, il fut rétabli dix ans
plus tard et, en 181G, les bâtiments qu’il occupait furent considérablement agrandis sous la direction de Godde.
Au séminaire diocésain, on enseigne l’hébreu, la morale, l’écriture sainte, le dogme, le droit canonique, etc. Les plus distingués de nos prélats français sont sortis de cette institution.
L’église Saint-Sulpice, de construction relativement récente, remplace un monument de plus modestes dimensions qui, dès le treizième siècle, s’élevait au même endroit et était dédié à saint Pierre.
Si, par son plan et son orientation, l’église rappelle les constructions gothiques, elle s’éloigne de cette admirable architecture par la lourdeur de ses piliers, la substitution des berceaux aux voûtes et la profusion d’ornements Louis XV. L’aspect général du vaisseau demeure imposant quand même et ses vastes dimensions se prêtent bien aux pompes religieuses.
Il ne faut pas s’étonner si l’ensemble de l’édifice manque d’unité. Sept architectes, tous d’un mérite réel, mais d’écoles et même de nationalités diverses, ont successivement concouru à sa construction ; celui-ci modifiant les plans de son prédécesseur, celui-là obéissant au goût de son temps, cet autre faisant œuvre personnelle de ce qu’il édifiait et se souciant peu de le mettre en harmonie avec les parties déjà construites.
En 1646, quand la reine Anne d’Autriche posa la première pierre de l’église, les plans avaient été dressés par Christophe Gamard; Louis Levau, l’habile architecte dont nous avons déjà rencontré plusieurs œuvres, les modifia sensiblement en 1655 et dirigea les travaux jusqu’à sa mort (1670). Daniel Gittard lui succéda, respecta ses intentions et termina la chapelle de la Vierge, le chœur et les bas côtés qui l’environnent ; en 1678, il fut, faute de fonds, forcé d’interrompre les travaux. Oppenord put les reprendre en 1718, et le portail, commencé vers 1733 par le florentin Servandoni, n’était point achevé lors de la consécration de l’église, en 1745. Quant aux tours, elles sont posté-
rieures au reste de l’édifice. Celle du midi, encore inachevée, a été construite, en 1749, par un architecte irlandais nommé Mac-Maurin ; celle du nord, plus en harmonie avec la façade, date de 1777, elle est due à Chalgrin.
En 1795, les théophilanthropes firent de l’église Saint- Sulpice le temple de la Victoire. C’est sous ses voûtes que fut offert au général Bonaparte le fameux banquet du 5 novembre 1799.
La plus remarquable partie de l’église après le portail, véritablement d’un grandiose aspect, est la chapelle de la Vierge, décorée de panneaux de Vanloo; d’une Assomption , de François Lemoine, très saisissante d’effet ; d’une statue de Sainte Marie , de Pigalle; de jolies sculptures des frères Slodtz ; d’une Mort et d’une Assomption de la Vierge , deux toiles de M. Émile Bin.
L’église est ornée d’un grand nombre de peintures qui méritent l’attention des amateurs. Limité par l’espace, nous nous contenterons d’indiquer sommairement ici les titres des œuvres, les places qu’elles occupent et les noms de leurs auteurs. La chapelle de Saint-François de Sales est décorée de trois grandes compositions signées Hesse; dans la chapelle des saints Anges, vous reconnaîtrez la touche puissante d’Eugène Delacroix sur les peintures murales représentant : la Lutte de Jacob avec Vange , Héliodore chassé du temple et V Archange saint Michel terrassant le démon . Les fresques de la chapelle de Saint-Roch sont d’Abel de Pujol; dans la chapelle de Saint-Jean, vous verrez deux belles compositions de Glaize ; dans celle de Saint-Denis, une grande peinture murale de Jobbé-Duval, Saint Denis et ses compagnons allant au supplice.
Parmi les sculptures, nous citerons le Christ en croix , de Maindron; Pieta , de Clésinger; Saint Sulpice , de Francheschi.
Signalons, avant de quitter l’église, un petit monument qu’on sera certainement surpris de trouver en ce lieu : la méridienne tracée sur les dalles du transept, par H. Sully et Lemonnier, de 1723 à 1741, pour indiquer l’équinoxe du printemps et le jour de Pâques.
Le marché Saint-Germain, construit par Blondel de 1813 à 1818, occupe une partie de l’emplacement où se tenait jadis la foire Saint-Germain. Parler de celle-ci serait répéter ce que nous avons dit à propos de la foire Saint-Laurent (1). Quant au marché, il n’a pas de caractère original susceptible de nous arrêter.
Mais au coin du boulevard tout neuf et de la vieille rue Grégoire-de-Tours, quel est ce joli petit hôtel dressant son pavillon demi-circulaire, ouvrant les baies de ses hautes fenêtres, jetant en avant ses coquets balcons et couronnant son avant-corps d’une coupole de proportions si bien comprises et d’un dessin si pur ? C’est la maison où s’abrite, depuis 1879, le Cercle de la Librairie et de l’Imprimerie; une construction que l’architecte, M. Ch. Garnier, n’a pas signée, voulant peut-être laisser aux connaisseurs le mérite de reconnaître sa touche.
A quelques pas de là, le boulevard, égayé d’arbres, s’évase en carrefour. A droite semblent chanceler sous leurs toits bizarres les pignons vermoulus de quelques vieilles maisons de l’ancienne rue des Cordeliers et de la rue Dupuytren ; devant nous se dresse, un peu étouffé par ce voisinage, le groupe colossal de M. Paris représentant Danton à la tribune; plus loin, au pied du plus étroit côté de l’École de médecine, Broca, un beau bronze de Paul Ghoppin, debout sur son piédestal, contemple, méditatif, une tête de mort, son craniomètre à la main. A gauche, le boulevard s’enfuit, bordé jusqu’à 1a. rue Hautefeuille par la façade monumentale derrière laquelle M. Ginain a groupé les nouveaux et très curieux aménagements de l’École de médecine agrandie. Si nous faisons le tour du monument par la rue Hautefeuille, nous rencontrerons, au coin de la rue Pierre-Sarrazin, une gracieuse tourelle; c’est le seul reste de l’habitation de Pierre Sarrazin, un riche bourgeois du vieux Paris. En face de nous, à droite, dans une cour, un bâtiment qui appartînt jadis au couvent des Cordeliers
(1) Voir notre promenade dans le dixième arrondissement.
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abrite les collections toutes spéciales du musée Dupuytren. A ses côtés, à gauche, sur la rue de l’École-de-Médecine, l’ancien amphithéâtre de Saint-Côme renferme une école de dessin très populaire et dont la fondation remonte à 1767.
Nous nous trouvons maintenant sur la place de l’École-de- Médecine, entre les vastes constructions de l’École pratique ou clinique et la façade de l’ancienne école. Bien qu’écrasée maintenant parles bâtisses nouvelles, cette partie du monument n’en reste pas moins un des plus beaux morceaux d’architecture que le dix-huitième siècle nous ait légués.
Gondoin, qui construisit l’École de médecine de 1769 à 1786, sur l’emplacement de l’ancien collège de Bourgogne, a fait preuve ici d’une science et d’un talent réels. La colonnade est d’une ordonnance à la fois sévère et douce à l’œil ; la cour, de belles proportions, entourée d’arcades et de bâtiments, décorée d’une statue de Bichat, par David d’Angers, donne accès par le fond au vaste amphithéâtre où douze cents auditeurs peuvent prendre place. Le fronton couronnant l’entrée de l’amphithéâtre ainsi que le bas-relief du portique sont deux œuvres remarquables de Berruer. L’école contient, outre ses amphithéâtres, ses salles d’études spéciales, sa riche bibliothèque, un fort curieux musée de pièces anatomiques, au développement duquel Orfila a puissamment contribué.
Quant à l’institution, elle remonte, comme l’Université, aux dernières années du douzième siècle. Elle n’eut pendant longtemps qu’une existence nomade. Ses professeurs donnaient leurs leçons dans les églises, dans les locaux obscurs des rues avoisinant la place Maubert. Au quinzième siècle seulement, on commença la construction d’un local destiné à abriter la Faculté. Nous avons vu ce qu’il en reste en parcourant le cinquième arrondissement (1).
En ce temps-là, l’école n’était qu’une réunion de professeurs sortant des institutions monastiques; plus tard, les laïques parvinrent à envahir la Faculté et réussirent même
(1) Voir notre promenade dans le cinquième arrondissement.
à en exclure les prêtres. Mais, par une contradiction assez inexplicable, ces bacheliers s’imposaient et imposaient aussi à ceux auxquels ils conféraient ce grade le célibat ecclésiastique.
Grâce à l’esprit de routine qui s’était emparé d’elle, grâce à son refus obstiné d’admettre tout progrès et toute innovation, la Faculté, à la fin du siècle dernier, avait perdu tout le prestige dont elle avait été longtemps entourée.
Supprimée en 1792, elle fut rétablie sur des bases nouvelles trois années plus tard. Aux chaires de médecine et de chirurgie théoriques furent adjointes des cliniques où, sous l’œil de professeurs expérimentés, il devint possible aux jeunes gens de devenir des praticiens.
Divers décrets et lois, en 1803, 1808, 1841, 1843, 1847, 1858, réglementèrent successivement l’École de médecine et, marchant de progrès en progrès, l'amenèrent à la haute situation scientifique qu’elle occupe aujourd’hui.
C’est sur l’emplacement de l’ancien hôtel de Condé, vendu au roi 3 millions de livres, que de Vailly et Peyre construisirent, de 1779 à 1782, le théâtre dont la façade arrête si agréablement le regard à l’extrémité de la rue de l’Odéon.
Il était destiné à recevoir la Comédie française, qui avait déjà occupé trois salles dans l’arrondissement : la première, après la mort de Molière, rue Mazarine, la deuxième, rue Guénégaud ; la troisième, rue de l’Ancienne-Comédie. Au numéro 14 de cette dernière rue, un fronton sculpté vous permettra de reconnaître la maison; au tond de la cour, le magasin d’un marchand de papier occupe ce qui, pendant quatre-vingts ans (de 1689 à 1770), tut la scène de notre premier théâtre.
Devenu théâtre de la Nation en 1790, fermé en 1793 à la suite de dissensions survenues dans la troupe, dont une partie se réfugia au théâtre des Variétés amusantes (salle Richelieu), le théâtre servit à des bals et à des réunions diverses. Le conseil des Cinq-Cents y décréta, le 4 septembre 1797, la déportation de Barthélemy, de Carnot et de cinquante-trois autres députés. Rouvert en 1798, il prit le
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nom d’Odéon, officiellement allongé, en 1825, de la dénomination de Second Théâtre-Français.
Ses fortunes furent diverses et ses directeurs nombreux. Picard, Éric Bernard, Harel, Lireux, Bocage, de Chilly, de la Rounat, Porel, qui a quitté la direction au mois de mai 1892, ont tour à tour présidé à ses destinées.
Casimir Delavigne, Émile Augier, Ponsard, Balzac, Louis Bouilhet, Amédée Rolland, Pailleron, François Coppée ont débuté sur sa scène. Alexandre Dumas père, Frédéric Soulié, Mrae Sand ont obtenu là quelques-uns de leurs plus brillants succès.
La salle, vaste et commode, le vestibule, orné d’une fort belle statue : Molière mourant , l’escalier monumental, le foyer, l’un des plus beaux de Paris, sont tous très richement ornés. Le plafond de M. Jean-Paul Laurens a été restauré ; à la statue de la Tragédie , de Clésinger, qui décore un des escaliers, M. Allouard a donné pour pendant une Comédie , qui orne l’autre. Au-dessus de la cheminée du grand foyer, on a placé une tapisserie des Gobelins exécutée sur les dessins de M. Joseph Blanc, qui représente le couronnement de Molière, tel qu’il se pratique le 15 janvier de chaque année au Théâtre-Français. L’histoire du théâtre de l’Odéon est racontée par M. Paul Collin sur le plafond du petit foyer; des bustes, exécutés par MM. Albert Lefeuvre et Doublemard, et des peintures murales de MM. Léon Commerre, Dagnan- Bouveret et François Schommer, complètent un ensemble artistique digne de ce beau théâtre.
Nous voici maintenant devant la merveille de l’arrondissement, devant l’un des plus splendides palais de la capitale, au seuil de son beau jardin; nous avons nommé le jardin du Luxembourg et le palais du Sénat.
Le palais du Luxembourg fut originairement construit au seizième siècle par un gentilhomme nommé Harlay de Sancy. Plus tard, François de Luxembourg-Limbourg s’en rendit acquéreur, l’agrandit et finalement le céda en 1612 à Marie deMédicis,qui le fit réédifier par Jacques Desbrosses. La mère de Louis XIII habita le palais pendant quelques
années et le légua à son second fils Gaston d’Orléans. Après avoir appartenu à la duchesse de Montpensier, puis à la duchesse de Guise, le Luxembourg fit retour à Louis XIV; à la mort du grand roi, il rentra dans les biens de la famille d’Orléans. Enfin, en 1778, Louis XVI le donna à son frère, le comte de Provence (depuis Louis XVIII), qui habita le petit palais jusqu’à son départ pour l’émigration (1791). Le roi Louis XVIII a raconté les péripéties de sa fuite dans une brochure, rare aujourd’hui, parue en 1823 et dédiée à M. d’Avaray, son compagnon de voyage (1).
La Révolution transforma le Luxembourg en prison. Joséphine de Beaubarnais, Hébert, Danton, Camille Desmoulins, Hérault de Séchelles et bien d’autres y furent successivement incarcérés.
Siège du gouvernement pendant le Directoire, il devint palais du Consulat après le 18 brumaire, puis palais du Sénat et palais de la Chambre des pairs sous le premier Empire, la Restauration et le règne de Louis-Philippe. C’est là que furent jugés le maréchal Ney, les ministres de Charles X, les accusés d’avril 1834, les divers auteurs d’attentats contre la vie de Louis-Philippe, Louis-Napoléon après l’équipée de Boulogne, etc.
Redevenu palais du Sénat en 1852, puis préfecture de la Seine après les incendies de 1871, la Chambre haute a repris définitivement possession du palais en rentrant à Paris en 1879.
Le palais du Sénat mérite d’être visité ; plusieurs de ses parties sont intéressantes, aussi bien pour l’artiste que pour l’amateur de souvenirs historiques.
De belle allure, avec sa rampe blanc et or, ses colonnes doriques, son plafond en voûte et malgré la froideur du style empire dans lequel il est conçu, est le grand escalier réservé aux sénateurs ; magnifique est la salle des fêtes, avec sa profusion de dorures, de sculptures et son plafond repré-
(1) Relation d'un voyage à Bruxelles et à Coblentz (1791). Paris, Baudoin frères, 1823.
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sentant l’apothéose de Napoléon 1er. Nous passerons rapidement par les salles de lecture et de correspondance; MM. les sénateurs sont ici chez eux, et notre indiscrète curiosité n’a pas le droit de les troubler. La galerie des bustes, dont le nom suffit pour indiquer la décoration, nous conduira, entre deux rangées d’hommes politiques demeurés célèbres, jusqu’à la salle des séances.
C’est un hémicycle dont l’ensemble riche, mais imposant quand même, peut s’embrasser d’un coup d’œil, mais dont les détails architecturaux et l’artistique décoration sont pleins de surprises charmantes pour le visiteur. Nulle salle n’est mieux laite pour « délibérer en paix », selon le mot consacré; nulle non plus ne saurait mieux inspirer le respect des discussions d’une grande assemblée.
Le bureau, auquel le président accède par une porte particulière, est placé sous une coupole à compartiments bleutés et dorés soutenue par des colonnes de marbre. Entre ces colonnes se dressent les statues de Turgot, de d’Aguesseau, de L’Hospital, de Colbert, de Mathieu Molé, de Malesherbes et de Portalis. De chaque côté de la coupole, de grandes peintures représentent Charlemagne et saint Louis. Au-dessus des portes, on voit deux compositions de Blondel : les Pairs offrant la couronne à Philippe V et les États de Tours donnant le titre de Père du peuple à Louis XII . Le fond et les côtés de la salle sont occupés par des tribunes élégamment disposées.
Derrière la salle des séances est la bibliothèque, qui s’est agrandie encore en ces derniers temps de toute l’ancienne grande galerie du musée des artistes vivants. La première de ses pièces est ornée, dans sa coupole et dans l’axe de la fenêtre qui lui fait face, de deux grandes œuvres de Delacroix :1e Triomphe d'Alexandre et Y Elysée des grands hommes . Partout ailleurs dans le palais, vous rencontrerez des peintures et des sculptures signées par nos grands artistes : Louis Boulanger, Scheffer, Jadin, Flandrin, Robert Fleury, Lehmann, Étex, Dumont, Elschoet.
Vous pourrez visiter encore la pièce richement décorée où