LA SALLE DES SÉANCES DU SÉNAT
se tient maintenant la commission des finances, et qui fut autrefois le cabinet de l’empereur, ainsi que la jolie pièce connue sous le nom de salle Jeanne-Hachette, qui sert de parloir aux sénateurs.
Ne quittez pas le Luxembourg sans entrer dans les trois petites chambres qui forment ce qu’on appelle l’appariement de Marie de Médicis. Pénétrez aussi dans la chapelle où se célébraient jadis, avec une grande solennité, les mariages des fils et des filles des sénateurs; vous y verrez de belles décorations de Gigoux et d’Abel de Pujol.
Nous passerons maintenant devant le Petit Luxembourg, demeure du président du Sénat, et quelques pas plus loin nous rencontrerons, installé dans l’ancienne orangerie depuis 1887, le musée des artistes vivants. Très joliment situé, mais un peu exigu peut-être, le musée présente une de ses façades à la rue de Vaugirard; les autres, entourées de statues, rient au milieu de la verdure du jardin et dans l’un de ses plus charmants côtés (1).
La peinture et la sculpture modernes sont ici représentées par des œuvres maîtresses, sans distinction de genres ni d’écoles. Nous ne nous engagerons pas sur la pente dangereuse des citations; elle nous conduirait infailliblement à la nomenclature. Au reste, tous les artistes dont les tableaux ou les groupes sont exposés en ce musée sont, nous en sommes convaincu, bien connus de nos lecteurs, et leurs productions sont pour eux de vieilles amies qu’ils auront plaisir à revoir.
Après ces longues pérégrinations, le touriste, tout en profitant sans doute de la faculté de prendre de temps à autre un moment de repos dans un lieu charmant, ne manquera pas de parcourir le jardin.
De forme moins régulière que le jardin des Tuileries, le jardin du Luxembourg est plus pittoresque et d’aspects plus
(1) La transformation de l’orangerie a été opérée par MM. Gondoin et Scellier ; la sculpture qui décore le fronton est de M. Grauck.
PROMENADES DANS PARIS
variés. Tandis que la foule se presse en quelques-unes de ses parties, certaines autres, calmes, silencieuses, peu fréquentées, offrent de doux retraits à la rêverie.
Il fut planté par Jacques Desbrosses, au moment de la construction du palais; mais, ainsi qu’on le pense bien, il fut, depuis et à des époques diverses, l’objet de nombreux embellissements et subit d’importantes modifications. Les arbres qui dépérissaient furent remplacés en 1750; la magnifique allée qui mène du grand parterre à l’Observatoire date de 1795. A cette époque aussi fut créée, en contre-bas du jardin, sur la droite, une ravissante pépinière, malheureusement disparue en 1867. C’était ià un coin particulièrement champêtre et charmant; de sinueuses allées serpentaient à travers une forêt de rosiers, de lilas, de seringas odorants ; aux carrefours, la blancheur de quelques gracieuses statues se détachait sur le fond vert des arbustes. Le silence était là si complet, l’air si pur, si parfumé, qu’on pouvait se croire à cent lieues de la grande ville.
S’il est permis aux vieux Parisiens de regretter la pépinière, il reste encore heureusement de beaux coins à admirer dans ce magnifique jardin. Voici d’abord, au fond d’une ombreuse allée de platanes et dominant un vaste bassin où se mirent les grands arbres, la jolie fontaine de Médicis. Elle est, en certaines parties, presque contemporaine du premier palais; ses dessins ont été fournis par Jacques Desbrosses. Rien de plus gracieux que son ensemble, rien de plus agréable que les détails de sa décoration. En 1864, quand on dut déplacer la fontaine, on trouva moyen de lui adosser un autre monument du même genre, situé rue de Vaugirard, et que le percement de la rue de Rennes forçait à exproprier : c’est la fontaine de Léda, que vous pouvez voir en passant rue de Médicis, un bijou qu’il eût été regrettable de laisser perdre.
Devant le palais s’étend le grand parterre orné au centre d’un bassin qu’égaient de leurs évolutions des cygnes familiers ; des talus limités par d’élégantes balustrades l’entourent, des statues de femmes célèbres, des vases, des groupes
émergent du feuillage. L’œil se repose ici sur de verts gazons, là sur les brillantes et multiples couleurs de parterres où s’épanouissent les plus belles fleurs de Paris. L’allée centrale s’ouvre devant vous, terminée au loin par la grise façade de l’Observatoire.
Dans une allée de platanes, auprès du jardin réservé du Petit Luxembourg, on a érigé un monument à la mémoire d’Eugène Delacroix. L’œuvre architecturale est de M. Menuel; la sculpture est de M. Dalou.
Sur la gauche, vous apercevrez les dépendances de l’École des mines et les seize magnifiques serres où sont conservées des collections d’orchidées, de palmiers, de bégonias, de camélias, etc.
L’École des mines occupe les bâtiments de l’hôtel de Vendôme, construit au commencement du dix-huitième siècle. Agrandie déjà pendant les dernières années du règne de Louis-Philippe, sous la direction de Duquesnay, elle a été entièrement terminée par M. Valet, de 1860 à 1863, lors des travaux d'alignement du boulevard.
L’école, ainsi que l’annonce son titre, prépare des ingénieurs pour les mines; ceux-ci sont choisis parmi les élèves sortant de l’École polytechnique. Deux autres catégories d’étudiants suivent ses cours : d’abord une série d’élèves admis au concours et qui, lors de leur sortie, après un examen satisfaisant, sont déclarés aptes à diriger des exploitations minérales ; ensuite des étrangers recommandés par des agents diplomatiques de leurs pays.
L’avenue de l’Observatoire, bordée d’arbres, plantée de parterres gazonnés, forme une promenade charmante.
Sur les terrains enlevés au jardin, plusieurs institutions se sont fondées. Voici d’abord, rue Auguste-Comte, la longue façade du petit lycée Louis-le-Grand, construit, en 1885, par M. Le Cœur et qui, depuis le 1er octobre 1891, 1 a pris le nom de lycée Montaigne. Ses bâtiments font retour sur l’avenue et nous trouvons à leur suite la belle École de pharmacie entourant de ses trois corps de logis une cour disposée en parterres ornés des statues de Vauquelin
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et de Parmentier, œuvres de M. Pierre Hébert. Plus loin, dans des baraquements provisoires, est installée l’École de chimie; enfin, à l’angle des rues des Chartreux et d’Assas, une Clinique spéciale développe ses constructions admirablement conçues au point de vue des nécessités hygiéniques du service; vis-à-vis, l’École alsacienne est installée dans une maison de la rue d’Assas.
Tout auprès, s’élève la statue du maréchal Ney, œuvre de Rude; elle a été inaugurée le 7 décembre 1853; elle était alors placée devant le mur du jardin Bullier, à l’endroit même où le maréchal a été fusillé. Au commencement de l’année 1892, on l’a transportée où nous la voyons. Ney est représenté debout, l’épée à la main, dans l’attitude du commandement; il semble jeter un appel aux braves habitués à le suivre.
Le centre de l’avenue est décoré, depuis 1873, d’une monumentale fontaine élevée sous la direction de Davioud; elle est ornée d’un groupe de Carpeaux : les Quatre Parties du monde , une des plus belles et des dernières créations du grand artiste. Des chevaux marins et des tortues en bronze sculptés par M. Frémiet et un globe terrestre de M. Legrain complètent un ensemble monumental.
Nous terminerons notre promenade par le quartier Notre- Dame des Champs. La traversée du jardin nous a transporté dans une campagne riante et luxueuse; les rues que nous allons parcourir, nous sembleront celles d’une ville de province silencieuse et monacale.
L’église Notre-Dame des Champs, paroisse du quartier, est située sur le boulevard de Montparnasse. Sa création ne remonte qu’à l’année 1858 ; une chapelle en bois établie rue de Rennes répondit seule auxbesoins du culte jusqu’en 1876, époque à laquelle M. Ginain put livrer l’édifice assez gracieux d’ensemble que nous voyons aujourd’hui.
Maisons de retraite, couvents, collèges, prison, c’est maintenant tout ce qui nous reste à signaler. Nous le ferons sans suivre d’itinéraire, persuadé que peu de nos lecteurs se soumettraient à nos indications pour le seul plaisir de
passer devant des monuments généralement fermés et d’un intérêt secondaire.
Parmi les couvents, nous signalerons l’établissement des petites sœurs des pauvres, rue Notre-Dame des Champs; une retraite ouverte aux indigents des deux sexes.
Outre le collège Stanislas de la rue Notre-Dame-des- Champs, outre le lycée Fénelon, pour les jeunes filles, de la rue Saint-André-des-Arts, fondé en octobre 1883, l’arrondissement possède encore un grand nombre d’institutions particulières. La plus importante, si l’on ne considère que le nombre d’élèves, est le pensionnat Saint- Nicolas de la rue de Yaugirard, institution doublée d’une école professionnelle. Non loin de lui, à l’angle des rues de Vaugirard et d’Assas, l’Université catholique est établie dans les anciens bâtiments du couvent des carmes déchaussés'; la chapelle que surmonte un dôme de jolie forme, mérite d’être visitée.
L’élément militaire ne manque pas dans ces quartiers; rue du Cherche-Midi, la maison de détention qui, depuis 1853, remplace l’ancienne prison de l’Abbaye, fait face à l’hôtel des conseils de guerre, ancien hôtel de Vérue, puis de Toulouse, bâtiment auquel sa destination actuelle n’a rien enlevé de son grandiose aspect.
Le quartier, particulièrement silencieux au sud-ouest, s’est animé en ces derniers temps, grâce à l’établissement de la Caisse nationale d’épargne; elle est installée rue Saint- Romain, dans un vaste bâtiment construit sous la direction de M. Boussard, architecte.
La Caisse nationale d’épargne, qui n’occupe pas moins de neuf cents employés, hommes et femmes, est de création relativement récente. Elle a été fondée en 1878 par M. Cochery, alors ministre des postes et télégraphes.
Depuis le mois de juin 1891, l’arrondissement compte une chapelle de plus, c’est celle du palais du Petit Luxembourg, un bijou de la Renaissance; le président du Sénat, M. Le Royer, l’a gracieusement mise à la disposition des prêtres maronites, au moment où M^r Oyek, vicaire du patriarche
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d’Antioche, obtenait pour eux huit bourses au séminaire de Saint-Sulpice.
Bien que catholique, le rite du Liban diffère du nôtre en plusieurs détails. L’un d’eux frappe particulièrement les assistants : la messe est dite non en latin mais en syriaque.
L’arrondissement est encore le siège de nombreuses sociétés savantes, industrielles ou littéraires; nous citerons la Société d'encouragement pour l'industrie nationale , dont l’hôtel, de belle allure, s’élève rue de Rennes en face du portail de l’église Saint-Germain des Prés; sa fondation remonte à l’année 1801 ; la Société géologique de France , créée en 1830, la Société minéralogique, fondée en 1852, que vous trouverez toutes deux au numéro 7 de la rue des Vieux- Augusti ns; la Société asiatique, qui tient ses séances au palais de l’Institut et, depuis 1822, se livre à l’élude de l’histoire, de la littérature et de la philosophie des Orientaux; la Société de chirurgie , fondée en 1859 et qui tient ses séances au palais Abbatial; enfin, la Société d'anthropologie, également fondée en 1859 et dont les réunions ont lieu rue de l’École-de-Médecine, n° 15.
Si, pour revenir il notre point de départ, nous redescendons le boulevard Saint-Michel, nous passerons devant le lycée Saint-Louis, une des glorieuses institutions de l’arrondissement.
Saint Louis est élevé sur l’emplacement des collèges d'Harcourt et de Justice qui remontaient, l’un, à l’an 1280, l’autre, à l’an 1351; le premier avait été fondé par Raoul d’Harcourt, le second par Jean de Justice, tous deux chanoines de Paris. Supprimé en 1790, transformé pendant quelque temps en prison, puis définitivement démoli, le collège d’Harcourt n’était plus qu’un souvenir quand Napoléon Ier ordonna sa rééducation. Les travaux commencés en 1814 ne furent achevés qu’en 1820. Le nouvel établissement prit le nom de collège Saint-Louis. Il a été agrandi et presque entièrement reconstruit de 1861 à 1865, d’après les plans et sous la direction de M. Bailly.
La chapelle, édifiée en 1820, occupe le fond de la cour
d’honneur, elle est bâtie sur un plan rectangulaire et se termine en hémicycle. Plusieurs peintures de Biennoury, Paul Nanteuil, Porion et Chassevent-Bacques la décorent. Sur une plaque de marbre fixée au mur sont inscrits en lettres d’or les noms de soixante et un élèves du lycée morts pendant la dernière guerre.
Rue de Rennes, enfin, vous pourrez voir la succursale du Mont-de-Piété, tout nouvellement érigée, un monument dont la grande allure contraste singulièrement avec les misères auxquelles il est destiné à venir en aide.
APPENDICE
DÉLIMITATION DES QUARTIERS DE L’ARRONDISSEMENT. NOMENCLATURE HISTORIQUE DES RUES, PASSAGES, PLACES, BOULEVARDS, ETC.
DÉLIMITATION DES QUARTIERS
(Voir le plan.)
Quartier de la Monnaie [teinte verte).
18 4G6 habitants.
Une ligne partant du boulevard Saint-Germain et suivant Taxe de la rue de Seine (n08 83 à 1) jusqu’au quai Malaquais, longeant à l’ouest les bâtiments de l’Institut, se prolongeant jusqu’au milieu de la Seine et suivant le milieu du petit bras jusqu'au pont Saint-Michel — l’axe de ce pont — celui du boulevard Saint- Michel (n08 2 à 26) — ceux de la rue de l’Ecoie-de-Médecine (n18 pairs) — et du boulevard Saint-Germain (n08 pairs) jusqu’au point de départ.
Quartier de l’Odéon [teinte jaune).
20751 habitants.
Une ligne partant du carrefour de l’Observatoire et suivant l’axe des rues d’Assas (n08 89 cà 51) — Madame (n08 impairs) — du Four (n08 53 à 1) — celui du boulevard Saint-Germain (nos 131 à 97) — ceux de la rue de l’Ecole-de-Médecine (n08 impairs) — et du boulevard Saint-Michel (n08 28 à la fin) jusqu’au point de départ.
Quartier Notre-Dame des Champs [teinte rose).
39432 habitants.
Une ligue suivant l’axe de la rue de Sèvres (n08 143 àl) à partir du boulevard du Montparnasse — ceux de la rue du Four (n08 55 à la fin)* — Madame (n08 pairs) — d’Assas (nos pairs) — celui de l’avenue de l’Observatoire — et enfin celui du boulevard du Montparnasse (n08 impairs) jusqu’au point de départ.
Quartier Saint-Germain des Prés [teinte bleue).
15 513 habitants.
Une ligne partant de la rue de Sèvres et suivant le prolongement de l’axe de la rue des Saints-Pères (n08 impairs) jusqu’au milieu de la Seine — le milieu du fleuve jusqu'au pavillon ouest de l’Institut, longeant la face ouest de ce pavillon et suivant l’axe de la rue de Seine (n08 2 à 66) — puis ceux du boulevard Saint-Germain — et des rues du Four(n03 pairs) — et de Sèvres jusqu'au point de départ.
Population de l’arrondissement ; 94162 habitants.
NOMENCLATURE HISTORIQUE