‹ Paris, promenades dans les vingt arrondissements (volume 2)Chapitre 7 sur 56 · A LA SALLE DES PAS PERDUS AU PALAIS DE JUSTICE · texte numérisé non relu

A LA SALLE DES PAS PERDUS AU PALAIS DE JUSTICE

DESSIN DE N. GŒNEUTTE ,

de-chaussée du même bâtiment, un portail presque toujours clos donne accès à la voûte sombre qui mène à la Souricière; c’est là qu’on amène, dans des voitures cellulaires, et qu’on enferme les détenus attendus par les juges d’instruction ou réclamés par les tribunaux.

Passons maintenant sous les clochetons et les gargouilles de l’église et, en doublant le chevet, nous rentrerons dans la cour d’honneur ; presque à nos pieds, en contre-bas, au fond, est le Tribunal de simple police présidé tour à tour par l’un des juges, de paix parisiens. Là, se jugent toutes les contraventions aux ordonnances concernant la voie publique ; les cochers et les camelots en sont la clientèle ordinaire; on y est généralement condamné à 1 franc d’amende.

Entrant maintenant dans la salle des Pas perdus, autrefois la Grand’Salle, nous recommanderons à ceux de nos lecteurs que les tableaux pittoresques et mouvementés peuvent intéresser, le spectacle bien parisien dont on jouit ici le matin entre onze heures et midi, alors que, se préparant aux batailles qui doivent se livrer devant les diverses chambres, la foule affairée des avocats, des avoués, des clercs, des plaideurs et des plaideuses s’agite en tous sens dans cet immense et clair vaisseau.

Le sac à procès des siècles passés est disparu ; la serviette noire, gonflée cïe dossiers, le remplace sous le bras de nos hommes de loi. Voyez-les, sortant du vestiaire, boutonnant rapidement leur robe, ajustant leur rabat, coiffant leur toque, un peu de travers parfois, se cherchant, s’appelant, se hélant, se communiquant hâtivement quelque pièce utile à la cause qu’ils vont défendre; écoutant ici d’une oreille distraite le vieux plaideur qui sollicite leur attention; prolongeant là, non sans complaisance, la causerie avec la jeune et jolie cliente impatientée des lenteurs de la justice; interrompant soudain une conversation commencée pour saluer respectueusement maître X..., une des notabilités du barreau, qui passe, ou M. le conseiller Z..., gonflé de son importance et qui présidera la prochaine session des assises. Écoutez, si vous en avez le loisir, les bruits du palais faits

PROMENADES DANS PARIS

d’appréciations, de critiques, de racontars, de potins, et vous aurez assisté dans ces coulisses de la justice à des scènes plus amusantes que ne pourraient vous en offrir les coulisses de l’Opéra.

Si vous êtes curieux de grands débats, si les luttes oratoires ont quelque attrait pour vous, pénétres, un vendredi, soit à la première chambre d • la Cour, soit à la sixième chambre de la police correctionnelle.

Notre affection pour le Paris vivant nous a fait oublier un peu notre rôle d’historien et d’archéologue, nous ne nous en excusons qu’à demi : l’histoire du Palais ( st connue, tous les guides ont raconté . Hugo a magistra-

lement décrit la vieille Grand’S allé « I les clercs de la basoche jouaient, encore sous Louis XII, leurs Sotties et Moralités ; nous n’en referons pas pour la millième fois la mono] raphfe, et marchant un peu au hasard dans le Palais, comme ne manquent pas de le faire les \isiteurs, nous nous contenterons d’indiquer les principales curiosités actuelles.

Telles, après la salle d< îP ip rdus,l< s diverses chambres et surtout la nouvelle salle des i d’un abord et d’un caractère véritablement imposants; dans les sous-sols, les cuisines de saint Louis; dans les prisons, le cachot de Marie-Antoinette.

Nous voici de retour sur le Pont-Neuf; commencé en 1578 par Baptiste du Cerceau, tils d’Androuet, le Pont-Neuf ne fut terminé qu’en IGOi, sous la direction de Guillaume Marchand.

Dix ans après, on plaça sur le terre-plein un cheval de bronze donné par Cosme de Médicis à sa tille Marie, régente de France; ce cheval, destiné à porter la statue de Henri IV,

• resta sans cavalier jusqu’en 1635; la statue du roi, qu’on mit en selle alors, avait été modelée par Dupré ; le piédestal était décoré de statues et de bas-reliefs : l’œuvre entière disparut en 1792.

La statue actuelle, œuvre de Lemot, portrait assez réussi du vert galant, solennellement inaugurée le 25 août 1818,

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