CITÉ VUE DE LA BERGE DU PONT DES ARTS
est fondue en partie avec le bronze provenant du Napoléon descendu de la colonne Vendôme.
Les demi-lunes, aujourd’hui garnies de bancs où les passants peuvent se reposer et prendre le frais, étaient occupées jadis par des tourelles où s’exerçaient toutes sortes de menus métiers : graveurs, marchands de parapluies, bouquinistes, etc. Un vendeur de friture a fait sa fortune dans l’une d’elles.
Un monument bien aimé des Parisiens existait jadis à l’entrée du pont; nous voulons parler du Château de la Samaritaine; c’était une pompe destinée à l’alimentation de diverses fontaines publiques. Décoré d’un bas-relief représentant la Samaritaine offrant à boire à Jésus et surmonté d’une horloge à carillon, le Château de la Samaritaine était, au commencement de ce siècle, une des plus populaires curiosités de Paris; il disparut en 1813, après deux cent six années d’existence.
Nous voici devant l’ancienne place des Trois-Marie. A' notre droite s’élèvent les bâtiments de la Belle Jardinière, une des plus anciennes maisons de confection de Paris; à notre gauche s’allonge le quai de l’École. Nous n’avons qu’à le suivre quelques minutes pour nous trouver entre la colonnade du Louvre et l’église Saint-Germain l’Auxerrois,
L’église Saint-Germain l’Auxerrois est sinon un des plus vieux monuments de la capitale, au moins l’un de ceux qui, la légende aidant, sont les plus chers aux Parisiens.
Il est certain qu’à la place qu’elle occupe, un oratoire s’élevait dès l’an 450 ; tout ce côté de la Seine était alors la pleine campagne; l’oratoire dédié à l’évêque d’Auxerre rappelait aux fidèles le souvenir des miracles que le saint avait accomplis en ce lieu, un jour qu’il y passait pour se rendre à Nanterre.
Un second saint Germain, évêque de Paris celui-là, reconstruisit la chapelle vers l’an 560 ; il en fit le baptistère du bourg qui s’était alors groupé autour de l’oratoire primitif; bâti suivant la mode du temps, en forme de rotonde, le baptistère porta alors et conserva pendant plusieurs siècles le
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nom de Saint-Germain le Rond. Saint-Germain le Rond et les bâtiments qui s’étaient successivement élevés autour de lui furent entièrement détruits au neuvième siècle, lors de l’invasion des Normands.
Ce ne fut qu’au onzième siècle que le roi Robert fit réédifier l’église, et c’est à partir de ce moment que son histoire peut être suivie d’une façon à peu près certaine.
Néanmoins, hâtons-nous de le dire, il ne reste rien actuellement de l’œuvre du pieux roi; l’église subit de nombreuses transformations en un temps relativement court.
En effet, les parties les plus anciennes de l'édifice, telles que la tour du chœur, la porte centrale et la base du clocher, ne remontent point au delà du treizième siècle et, tel que nous le voyons dans son ensemble, le monument porte bien le cachet du quinzième.
On sait, du reste, que de grandes œuvres de réparations furent entreprises dès l’an 1423 ; le porche extérieur, œuvre de Jean Gaussol, maçon et tailleur de pierre (ainsi s’intitulaient les artistes de ce temps-là) fut construit entre les années 1435 et 1439 ; en 1450, on achevait la rééducation du ‘chœur; quant aux dernières chapelles de la nef et du chevet, elles ne furent ajoutées que beaucoup plus tard, à la fin du seizième siècle. De cette époque aussi datait un jubé d’une grande magnificence, œuvre de Pierre Lescot et de Jean Goujon, qui ne coûta pas moins de 50000 livres et qui disparut vers 1745 ou 1750 quand l’architecte Baccarit fut chargé de remettre l’église au goût du jour.
Baccarit s’acquitta consciencieusement, trop consciencieusement, de sa mission; il démolit l’élégante flèche qui surmontait le vieux clocher, il transforma les piliers gothiques du pourtour en colonnes cannelées décorées de festons et de balustres.
Saint-Germain l’Auxerrois était alors la paroisse royale. La Révolution en fit successivement un magasin à fourrages, une imprimerie, le temple théophilanthropique de la Reconnaissance. En 1803, l’église fut rendue au culte; saccagée le 13 février 1831, elle resta fermée pendant quelque
temps (1), puis sa restauration fut confiée à MM. Lassus et Baltard, deux artistes qui surent lui restituer en grande partie son caractère primitif.
Le porche, le plus élégant de ceux que nous rencontrerons au cours de nos promenades, est tel encore que l’a conçu Jean Gaussel, le maître maçon ; ses niches sont décorées de la représentation de divers saints et saintes ; les plus anciennes de ces statues appartiennent au seizième siècle; telles sont : à gauche, une Sainte-Marie V Égyptienne , à droite, un Saint-François cV Assise dont les mains ont été enlevées dans un des nombreux assauts que le monument a subis.
Le portail est percé de trois ogives ; une Sainte Vierge portant V enfant Jésus orne le pilier trumeau ; dans les ébrasures, diverses statues de saints sont supportées par des figures de damnés, de diables et de monstres. Une fort remarquable peinture à fresque de M. Mottez remplace sur le tympan de la porte un bas-relief du Jugement qui fut enlevé par Baccarit ; dans les voussures, le même artiste a peint les Vierges sages, les Vierges folles, les Anges thuriféraires , les douze Apôtres.
Franchissons la porte ; l'église, dans ses proportions relativement exiguës, mais élégantes, avec sa nef claire, aux arceaux hardis, ses bas-côtés fuyant vers des coins sombres, ses verrières lumineuses, la grille de fer forgé qui ferme le chœur, n’a certes pas le caractère imposant de Notre-Dame; elle ne dégage pas non plus le sentiment de mysticisme qui s’impose dans le demi-jour de Saint-Merri. Nulle église , à Paris, n’impose, croyons-nous, le sentiment chrétien d’une façon plus complète, plus attrayante, plus pure.
(1) La plupart des auteurs qui ont écrit sur Saint-Germain FAuxerrois font durer sa fermeture depuis le IB février 1831 jusqu’aux années 1836 ou 1 838 ; il y a là une erreur, le culte a été interrompu moins longtemps ; nous possédons dans nos papiers un acte de baptême extrait des registres de la paroisse et portant la date du 11 mars 1834.
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Ceux de nos lecteurs qui voudront bien consacrer quelques moments à la visite de l’église ne manqueront pas de remarquer le banc d’œuvre en forme de dais dont les deux anges soutiennent un baldaquin aux draperies fleurdelisées; c’est l’ouvrage d’un maître menuisier nommé François Mercier, qui vivait à la fin du dix-septième siècle; les dessins ont été fournis par Le Brun, l’œuvre est datée de l’an 1684.
Dans la chapelle de la Vierge, autrefois chapelle des Rostaing, on retrouvera un des plus anciens vestiges des décorations primitives: l’autel, entre deux pilastres de pierre. La paroi de gauche est ornée d’un remarquable tableau de M. Landelle : la Vierge adorée par les anges.
Dans la chapelle des Catéchismes, qui occupe les quatre travéeS du bas-côté droit de la nef, il faut voir l’autel surmonté d’un retable en pierre peint et doré, imitation très fidèle des retables du seizième siècle; il fut exécuté, lors des dernières restaurations, sur les dessins de M. Lassus.
Au côté droit du transept, près de la porte qui mène à la rue des Prêtres, vous pourrez admirer un bénitier en marbre, à trois faces, surmonté d’un groupe d’enfants; c’est une composition d’une grâce toute féminine, d’une inspiration toute chrétienne ; les dessins en ont été fournis par Mnle de Lamartine ; la sculpture a été exécutée par M. Jouffroy.
Quelques beaux tableaux peuvent encore retenir l’attention ; voici d’abord dans la chapelle de Sainte-Clotilde un Sébastien Bourdon : Cérémonie d'investiture ; dans la chapelle de Sainte-Geneviève plusieurs belles toiles de M. Jean Gigoux; dans la chapelle de Saint-Pierre, un Christ remettant les clefs à saint Pierre , bonne œuvre de l’École italienne de la fin du seizième siècle. A voir enfin, dans la chapelle du Tombeau, la curieuse décoration si habilement distribuée par M. Couder.
Les curieux ne quitteront point l’église sans visiter, cela s’obtient facilement, mais ne s’offre pas, l’ancienne salle du Trésor ; elle est située au-dessus de la travée droite latérale du porche. Son pavage et son ameublement sont demeurés intacts, et ses murs garnis de bancs et de bahuts
en bois sculpté; l’un de ces bancs porte l’écusson écartelé à la fleur de lis de France. Les pentures en fer découpé des bahuts forment les inscriptions : Sancte Germane, ora pro nobis, Sancte Vincenti , ora pro nobis. Au fond de la salle est un grand retable à deux vantaux ornés de hauts-reliefs et de peintures; parmi les hauts reliefs il faut signaler la Naissance de la Vierge ; parmi les peintures, la Présentation de la Vierge au temple, œuvre de l’École française qui remonte au commencement du seizième siècle.
Une fâcheuse inspiration est celle qui fit placer auprès de Saint-Germain l’Auxerrois la mairie du premier arrondissement; artistiquement parlant, elle n’est qu’un pastiche maladroit de la vieille église. Un monument municipal ne peut, à notre sens, affecter le caractère d’un monument religieux. Le porche, les arcades, la rosace, le fronton triangulaire, l’aspect quinzième siècle enfin composent selon nous, non un ensemble en rapport avec la destination de l’édifice, mais bien un véritable anachronisme.
La mairie fut construite de 1857 à 1859 sous la direction de M. Hittorff; quelques sculpteurs de talent ont collaboré à sa décoration extérieure : M. Aimé Millet, pour la statue de la Justice; M. Trévaux, pour celle de la Bienfaisance; M. Crauk, pour celle de la Loi.
A l’intérieur, un escalier monumental conduit à la salle des mariages, éclairée par la rosace de la façade et dont la grande cheminée surmontée d’un cadran d’horloge est décorée de deux fort belles cariatides dues au ciseau de M. Klagmann.
La salle de la justice de paix, avec son plafond à faces inclinées et divisé en caissons, mérite aussi d’être visitée.
Toujours dans le style du quinzième siècle, est le campanile qui relie la mairie à l’église.
Dégagée des monuments auxquels elle se rattache sans raison, élevée, par exemple, au milieu d’un square, cette tour, dont l’ensemble ne manque pas d’élégance, pourrait être agréable à la vue, et l’on rendrait certainement hommage à la science de M. Ballu, l’architecte qui l’a construite.
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Là, entre cette église à laquelle elle n’appartient pas, auprès de cette mairie qui ne saurait la revendiquer comme sienne, la tour, enserrée, étouffée, semble dépaysée. Involontairement, qu’on nous pardonne la vulgarité de l’expression, on se demande ce qu’elle fait là.
Mais, on l’a compris par les lignes qui précèdent, nous ne contestons nullement la réelle valeur architecturale du monument.
Nous voici maintenant devant le palais du Louvre : la colonnade de Perrault s’étend majestueuse depuis le quai jusqu’à la rue de Rivoli ; entre deux gais jardinets, s’ouvre la grande entrée qui mène à la cour intérieure.
Dans cette cour, indiquées par un pavage, vous retrouverez la forme et la place de la grosse tour, grossci turris , qui fut le donjon du Louvre de Philippe-Auguste et autour duquel se groupèrent plus tard douze ou treize autres tours ; dans l’une d’elles, la tour de la Librairie, le roi Charles V réunit un millier de volumes ; cette collection devint le germe de notre Bibliothèque nationale.
Le donjon fut démoli sous François 1er et la reconstruction totale entreprise sous la direction de Pierre Lescot; le plan de l’architecte comprenait quatre façades dont deux subsistent encore avec les décorations sculpturales de Jean Goujon. Henri II fit construire le pavillon du roi et une aile nouvelle regardant la Seine qui fut nommée Logis de la reine. C’est à l’extrémité de cette aile que s'ouvre aujourd’hui le balcon de Charles IX, d’où la chronique prétend que ce roi tira sur les Huguenots pendant la nuit de la Saint-Barthélemy; malheureusement pour la chronique, le balcon n’existait pas en 1572.
Sous les règnes de François II, Charles IX, Henri III et Henri IV, le Louvre fut la résidence royale ; on se souvient que ce dernier prince y fut ramené mourant après l’attentat de Ravaillac. Louis XIII fit exécuter d’importants travaux; c’est sous son règne et sous la direction de l’architecte Lemercier que la cour fut presque complètement achevée pour trois de ses côtés.
Sous Louis XIV, la façade orientale restait à faire. Colbert en mit le plan au concours et le projet d’un médecin, Claude Perrault, fut, après des péripéties trop longues à raconter ici, adopté et exécuté. La première pierre de cette façade fut posée en grande pompe le 17 octobre 16G5 ; l’œuvre, menée avec une grande activité, était terminée en 1670.
Après avoir achevé sa colonnade, Perrault s’occupa de la raccorder avec les constructions existantes; mais, dès 1680, Louis XIV, tout occupé de Versailles, ne trouva plus d’argent pour le Louvre, et quand Perrault mourut, huit ans plus tard, le corps de logis auquel est adossée la colonnade n’était pas terminé.
Les travaux furent alors abandonnés pendant longtemps; des constructions particulières vinrent s’appuyer aux pavillons inachevés ; des écuries s’établirent dans les rez-dechaussée; les étages supérieurs devinrent des logis pour les gens de cour et les artistes.
En 1754, Marigny, surintendant des beaux-arts, résolut de reprendre l’œuvre abandonnée et chargea Gabriel d’en diriger l’achèvement. L’architecte continua les trois façades sur les plans primitifs, mais il introduisit quelques modifications dans le vestibule qui regarde aujourd’hui la rue de Marengo.
Louis XVI trouva l’œuvre de ses aïeux incomplète encore et voulut la poursuivre ; Brébion construisit le vestibule qui regarde la Seine. Sous la Révolution, le Louvre, encore une fois abandonné, fut pendant un certain temps une sorte d’hôtellerie où chacun se logeait à sa guise.
Le décret qui créa les musées nationaux mit fin à ce désordre. Les architectes Raymond, Percier et Fontaine, chargés d’aménager les salles, s’emparèrent du monument; survint l’Empire qui termina la cour et ébaucha un projet de réunion du Louvre aux Tuileries : les événements en empêchèrent la réalisation. Sous Louis XVIÏI et Charles X, on exécuta d’importants travaux de décoration intérieure. Louis-Philippe reprit par deux fois (1833, 1843) le projet de réunion des deux palais ; la Chambre refusa de voter les fonds nécessaires. Ce ne fut qu’en 1854, sous la direction
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deM.Visconti d’abord, puis sous celle de M. Lefuel ensuite, que le Louvre et les Tuileries se rejoignirent enfin.
L’œuvre, il faut le reconnaître, est gigantesque; si quelques critiques de détail lui peuvent être adressées, si le vieux Louvre est écrasé par les pavillons nouveaux, si ceux-ci sont lourds et trop surchargés de sculptures, si rornementalion n’est pas toujours en rapport avec la masse, si les cours intérieures, que le public voit rarement au reste, sont privées d’air et de soleil, l’ensemble, lui, reste grandiose, et, de quelque côté qu’on l'examine, donne une haute idée de notre génie architectural, et sa contemplation ne peut laisser nul touriste indifférent.
Nous parlerons seulement pour mémoire du ministère des finances établi dans le bâtiment dont la façade longe la rue de Rivoli; les curieux proprement dits n’ont rien à voir là ; quelques spécialistes pourront s’y arrêter pourtant et se rendre compte de la façon intelligente dont fonctionne l’important service public des rentes, des pensions, etc.
Mais ce qu'il faut voir au Louvre, ce qui mérite une visite dont la durée se prolongera suivant les goûts artistiques de chacun, c’est le musée, ou mieux les musées.
Voici d’abord le musée de peinture dont l'entrée principale est au pavillon Denon ; un spacieux vestibule, orné de bustes antiques et de moulages de la colonne Trajane, donne accès à un escalier qui conduit à la salle ronde ou coupole de la galerie d’Apollon; de là, on pénètre dans la galerie même où l’on peut admirer le magnifique plafond de Delacroix, une des œuvres maîtresses de la peinture moderne; un pas encore, et l’on est dans le salon carré; là, sont réunies des toiles dont la réputation, popularisée par la gravure, est universelle, mais dont la possession est à la fois pour le pays qui a su les grouper, une richesse infinie et un inappréciable honneur.
Nous ne tenterons pas d’analyser ni même d’énumérer les chefs-d’œuvre que le salon carré présente aux regards ; une analyse demanderait un espace dont nous ne disposons point ; une énumération serait un catalogue.
Tout visiteur, suivant ses aspirations, scs goûts, son tempérament, pourra consacrer un temps plus ou moins long à la contemplation des œuvres magistrales des grands maîtres : Raphaël, Paul Véronùse, Léonard de Vinci, lo Corrège, Murillo, Ribéra, le Guide, le Pérugin, Annibal Carrache, Poussin, Gérard Dow, bien d’autres encore sont là affirmant et leur génie personnel et les tendances artistiques de tous les siècles, de toutes les nations.
Du salon carré, nous passerons dans la grande galerie; là sont placés les tableaux des Écoles étrangères: italiens primitifs et du quinzième au dix-huitième siècle; espagnols, allemands et flamands primitifs, flamands et hollandais des dix-septième et dix-huitième siècles, grands et petits maîtres sont réunis ici dans un bel ordre, et représentés par assez d’œuvres pour que la personnalité et le talent de chacun* d’eux puissent être appréciés à leur véritable valeur.
L’École italienne, dont l’exposition se continue dans un salon latéral, nous permet d’admirer des toiles de Cimabué, du Giotlo, de Fra Angclico, divers ouvrages de Lippi, de Bellini, d’Andréa Mantegna, du Pérugin, de Bollicelli, de Carpaccio, de Lorenzo di Credi, de B. Luini, d’André del Sarto, enfin plusieurs tableaux du Titien.
Continuant notre visite, nous rencontrerons maintenant des maîtres de second ordre ; leurs œuvres, quoique moins géniales que celles dont nous nous sommes occupé jusqu’ici, constituent, quand meme, par leur réunion, une collection des plus curieuses pour l’histoire de l’art.
Au Louvre, comme dans tous les musées européens, du reste, l’École espagnole ne compte qu'un petit nombre d’ouvrages, mais, ici, la qualité remplace la quantité, et la collection est de premier choix.
Quelques noms et quelques titres: Vélasquez, Murillo, Zurbaran ; le Portrait de V Infante > le Miracle de San-Diégo, la Mort de Saint-Pierre Nolasque , ne sont-ce point là, sans parler du vieux Herrera, de Goya et de Collantès, des noms et des œuvres dignes de l’intérêt des visiteurs?
L’École allemande n’est représentée au musée du Louvre
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que par quelques portraits de Ilolbein ; plus riche, l'École flamande commence à Quentin Metzys; les deux Porbus, les deux Breughcl, Franck le Vieux, Martin deVos, Peler Neefs, forment une sorte d’avant-garde au grand Rubens dont vous pourrez voir ici plus de quarante œuvres ; vingt et une de ces toiles sont consacrées à la magistrale Histoire de îdarie de Médicis, œuvre extraordinaire où la puissance et la fécondité de la conception sont soutenues par une exécution merveilleuse.
Moins éclatant, moins énergique que Rubens, mais plus élégant aussi, Van Dyck, dont le Louvre possède vingt toiles, supporte, sans en être écrasé, le voisinage du grand maitre, et le visiteur resterait peut-être plus longtemps devant ses toiles s’il ne se sentait attiré soudain vers celles de Rembrandt.
Rembrandt, le roi de l'École, « un magicien de la lumière», a dit Théophile Gautier, est représenté au Louvre par seize toiles dont quelques-unes sont de premier ordre dans son œuvre : le Bi . Sam u it i m, le $ Pi k - i il d i: , . -, I
sophe en méditation .
Et que de pages originales, aimables, séduisantes, nous rencontrerons encore ! Que de noms justement illustres en différents genres resteront dans notre mémoire !
Depuis Antonis de Mor, le plus vieux hollandais connu, jusqu’à Teniers, dont on verra plusieurs œuvres de premier ordre, que de jolis tableaux en tout genre arrêteront les yeux et prolongeront le séjour primitivement projeté !
Constable et Turner, avec des paysages, représentent seuls au Louvre l'École anglaise, dont quelques peintres, tels que Reynolds, Gainsborough, Hogarth, etc., mériteraient pourtant de figurer dans notre musée.
L'Ecole française occupe huit sàlles et comprend environ sept cents tableaux.
La première salle ne contient guère que des œuvres d'artistes peu connus des quatorzième, quinzième et seizième siècles; il ne faut pas oublier pourtant d'y remarquer le Jugement dernier , de Jean Cousin, la seule peinture actuelle-
ment existante d’un artiste qui n’est point apprécié à sa valeur, et les portraits de François Clouet.
Les deux salles suivantes sont entièrement consacrées à Lesueur, honneur légitime rendu au grand peintre; l’une d’elles renferme les vingt-deux tableaux représentant divers épisodes de la Vie de saint Bruno, l’autre, les peintures qui décoraient autrefois riiùtel Lambert et nous présente le talent de l’artiste sous un aspect nouveau ; là aussi on peut voir quelques belles toiles de Youet, de Mosnier et de Lahyre.
La quatrième salle est remplie par les Ports de France , de Joseph Vernet.
La cinquième et la septième salle, plus vastes que les précédentes, offrent à nos regards les œuvres des peintres du siècle de Louis XIV, du dix-huitième siècle et du commencement du dix-neuvième. Là, vous verrez plusieurs tableaux du Poussin ; des paysages et des marines de Claude Lorrain ; Mignard, Rigaud, Largillière, Sébastien Bourbon, Jouvenet, Coypel, Carie Yanloo, Chardin, prodigueront à vos yeux tous les trésors de leur palette.
La sixième salle, qui sépare celle dont nous venons de parler, est décorée des Batailles d'Alexandre, de Charles Lebrun.
Dans la salle dite des sept cheminées, la huitième de l’École française, vous pourrez admirer tour à tour les Sa bines, de David, le Radeau de la Méduse , de Géricault, la Justice poursuivant le crime, dePrud’hon, YAtala, de Girodet, les Chevaux de halage, de Decamps, et des portraits de Mmc Vigée-Lebrun, de Gérard, d’Eugène Delacroix, etc.
La collection Lacaze, que vous visiterez ensuite, se compose de deux cent soixante-quinze tableaux de diverses écoles : Rembrandt, Ribéra, Philippe de Champaigne, Boucher, Chardin, Greuze, Nattier, Le Nain, Pater, Watteau, y sont représentés par des pages judicieusement choisies.
Il faut à regret quitter les salles de peinture, mais que de choses restent avoir encore dans ce merveilleux Louvre !
Le musée des dessins, un des plus riches de l’Europe, le
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musée des gravures ou chalcographie, celui des sculptures antiques dont la perle est la Vénus de Milo , ceux des sculptures du moyen âge et de la sculpture moderne, où l’admiration peut aller sans se lasser de Pierre Puget, dont les œuvres emplissent toute une salle, à Coysevox, qui a donné son nom à une autre; de Coustou, qui règne ici, ù Houdon, qui rayonne là ; de Chaudet à David d’Ai ;ers, de Pradier à Rude.
Est-ce tout? Non. Vous pouvez visiter encore les musées assyrien, égyptien, américain, celui des antiquités grecques et romaines, l’exposition des diamants de la couronne et enfin le musée de marine. Fondé en 1827, ce musée eut successivement pour conservateurs: Zédé, 11. Lebas, Morel- Fatio: il est maintenant placé sous la direction de l’amiral Paris. M. Paris, compagnon de voyage de Dumont d’Urville, marin érudit, membre de l'Académie des sciences, a nonseulement enrichi les collections du musée de marine, mais encore perfectionné leur classement.
Outre les épaves du naufrage de La Pérouse, vous pourrez voir ici une suite de bâtiments de toutes les époques et de toutes les nationalités: pirogue de Vanikoro, catimoron de Coromandel, gondole vénitienne, etc.; tout cela contrastant par ses aspects primitifs avec les formes lourdes et les ornements luxueux du Soleil-Royal , avec la niasse imposante de YOcéan, avec l’élégance de la fine galère : la Réale.
La série des ports et arsenaux renferme de curieux plans en relief de nos villes maritimes : Toulon, Brest, Roclicfort, etc. ; un peu vieux en date, ces plans présentent néanmoins un intérêt réel. Ailleurs, vous verrez, dans tous ses détails, l’Iiistoire de la construction navale à ses divers degrés d’avancement. Enfin, répandus çà et là, des bustes de grands navigateurs et des sculptures de Puget vous rappelleront que vous êtes encore dans ce grand temple de l’art.
En quittant le Louvre, nous traverserons les gais jardinets qui s’étendent entre les deux ailes du palais et nous atteindrons promptement le centre de la place du Carrousel; nous retournant alors, nous verrons, encadré dans la verdure, le
monument élevé à la mémoire de Gambetta, œuvre do MM. Boileau et Aubé; bien que l’ensemble affecte un aspect un peu funéraire, il faut reconnaître que la figure principale est d’une belle allure; quant aux personnages qui l’entourent, ils sont groupés avec une véritable habileté.
Devant nous, minuscule dans ce grand espace, détachant ses teintes roses sur le fond vert du jardin des Tuileries, entouré de plantations toutes nouvelles comblant le vide laissé par le château, se dresse le petit arc de triomphe du Carrousel; sans avoir l’élégance de l’arc de Seplime Sévère, dojit il est une visible imitation, ce monument ne manque ni d’harmonie dans son ensemble, ni de charme dans ses détails.
Il est dû à l’inspiration personnelle de Napoléon 1er qui, en 1806, le 13 février, dit Bausset (1), déjeunant aux Tuileries avec l’architecte Fontaine, lui soumit, comme il soumettait, l'idée de son érection.
Fontaine s’adjoignit Percier, les deux artistes fournirent les dessins et les travaux commencèrent immédiatement sous la direction de Vivant-Denon.
Moins de deux années suffirent à l’édification de l’arc de triomphe; dans les derniers jours de 1807, la garde impériale, victorieuse à Eylau et à Friedland, passait sous ses voûtes. Un million, prélevé sur les contributions de guerre, solda la dépense.
La hauteur totale de l’édifice est de 15 mètres, sa largeur de 17m,60, sa profondeur de 10 mètres. De face, la construction présente trois arcades : une centrale de 4m,55 d’ouverture et deux latérales plus petites; les flancs sont percés d’arcades transversales.
Les faces sont ornées de huit colonnes d’ordre corinthien dont les fûts de marbre rouge, d’une couleur douce à l’œil,
(1) Mémoires anecdotiques sur V intérieur du palais et sur quelques événements de V Empire, depuis 1805 jusqu'à 1816, pour servir à L'histoire de Napoléon , par J.-A. Bausset. Paris, Levasseur, 1828-1829. 4 vol.
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ressortent agréablement entre leurs bases et leurs chapiteaux de bronze.
Adossées à l’entablement, au droit des ressauts, huit statues personnifient, un peu obscurément peut-être, les militaires du temps appartenant à différentes armes.
L’allique est surmonté d’un double socle, sur lequel était originairement placé un char on plomb doré; à c<* chsrv conduit par deux statues allégoriques: la Victoire et la Paix, étaient attelés les quatre chevaux de bronze bien connus sous le nom de Quadrige de Saint-Marc, et qui sont retournés à Venise en 1815.
Six lias-reliefs en bronzp ornent les faces du monument.
Les inscriptions gravées en lettres d’or au-dessous de chaque bas-relief, bien que projetées dès l’origine, n’ont été placées que sous la monarchie de Juillet.
En 1815, les alliés mirent un certain acharnement à faire disparaître de cel édifice tout ce qui rappelait la pensée qui avait présidé à son élévation.
Non contents de découronner l’arc de triomphe en enlevant le char, les statues, le quadrige de Saint-Marc, ils exigèrent la disparition des bas-reliefs. La Restauration les lit remplacer par des sujets rappelant les épisodes de la campagne du duc d’Angouléme en Espagne, et sur la plateforme installa un char portant une statue de femme, traîné par quatre chevaux, le tout en bronze et exécuté d’après les dessins de Rosio. Ces travaux ne furent achevés qu’en 1828.
La femme représentait alors la Restauration ; la monarchie de 1830 la conserva, mais il fut convenu qu’elle symboliserait la Charte; libre aux visiteurs de supposer aujourd’hui qu’elle est l’image de la Constitution .
Quant aux bas-reliefs que la Restauration avait fait appliquer sur le monument, ils ont, après 1830, cédé la place à la décoration originale.
Sans rappeler l’histoire du Château à jamais disparu, nous pénétrerons maintenant dans le jardin des Tuileries, laissant sur notre droite la petite placedes Pj ramkh s que décore une statue équestre de Jeanne d’Arc,due au ciseau deM. Frémiet.
Le jardin des Tuileries, dessiné par Le Nôtre, bien que moins fréquenté qu’il ne le fut jadis, est encore incontestablement une des plus belles et des plus agréables promenades de Paris. La grande allée s’anime l’après-midi d’une foule déjeunes mères suivant de l’œil les ébats de leurs babys; dans les contre-allées, autour des jardinets ornés de sculptures, à l’ombre des grands marronniers, les rêveurs peuvent s’abandonner à l’aise au cours de leurs pensées, les poètes, sans être troublés, mâchonner des rimes; du haut de sa terrasse, extrême, le curieux de points de vue intéressants peut contempler, au deha de la magnifique place de la Concorde, la longue avenue des Champs-ÉIysées, toute sillonnée d’équipages; sur sa gauche, il verra s’élancer dans le ciel les deux tours de Sainte-Clotilde, plus loin le dôme doré des Invalides et la tour Eiffel, plus près le pont de la Concorde et le fronton de la Chambre des députés; sur la droite, entre la large percée de la rue Royale, les monuments du gardemeuble et du ministère de la marine; devant, la place immense avec ses pavillons dédiés aux grandes villes de France, ses fontaines jaillissantes, son obélisque rose et gris.
Ne quittons pas le jardin sans signaler à nos lecteurs le panorama du Centenaire qu’ils trouveront à son extrémité. C’est une œuvre de MM. Gervex et Stevens; sous la forme panoramique, les deux éminents artistes ont groupé les faits historiques d’un siècle entier : grandes journées de la Révolution, batailles de l’Empire, création des chemins de fer, funérailles de Hugo, tout cela se développe aux regards, sans confusion, animé de portraits ressemblants; c’est l’histoire peinte aux murs, une sorte de résurrection grandiose.
Par la rue Saint-Florentin, nous arrivons à l’église de l’Assomption.
Placée à l’angle d’une cour grillée, coupée en deux par une laide cloison en planches, l’église de l’Assomption, encaissée sur la rue Saint-Honoré dans une mesquine construction aux fenêtres grillées, ouvre sur la cour dont nous avons parlé son portail corinthien assis sur un perron de
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quelques marches et surmonté de son dôme qu’une croix dorée couronne.
L’église de l’Assomption est tout ce qui reste maintenant de l’ancien couvent des Haudrieltes; elle fut construite en 1670 sur les dessins de Charles Errard. Lafosse en décora la coupole. On peut y voir quelques tableaux de Vien, de Boulogne le Jeune, de Surée et de Carie Vanloo; le cœur d’un évêque de Beauvais, décédé en 1830, y est déposé.
L’église, qui fut paroisse autrefois, puis devint succursale de la Madeleine, est désaffectée depuis 1881. 11 faut pour la visiter y pénétrer avant dix heures du matin.
Le Nouveau Cirque, (pie nous rencontrons à quelques pas plus loin, est élevé sur l’espace occupé jadis par un bal très fréquenté : la salle Valenlino. Aujourd'hui, l’aménagement, dû à M. Ch. Garnier, permet des représentations d’acrobatie et des exercices nautiques qui ne sont pas sans charmes pour les amateurs de ces genres de spectacles.
Marchant toujours, nous remarquerons sur notre gauche une suite de constructions du dix-septième siècle, d’un fort beau caractère; les étages sont élevés, les croisées larges, des balcons en fer forgé surmontent de hautes portes s’ouvrant sur des cours spacieuses, au fond desquelles le regard perçoit ici l’élégant perron d’un petit hôtel, là le frémissement des premiers arbres d’un jardin.
A notre droite, contraste fréquent dans les rues de Paris, les maisons qui font face aux demeures presque seigneuriales dont nous venons de parler, sont toutes modernes et habitées par des commerçants et des industriels.
Nous atteignons ainsi la rue de Castiglione et nous entrons sur la place Vendôme.
La place Vendôme s’élève sur les terrains occupés jadis par l’hôtel et les jardins du duc de Vendôme et aussi par le couvent des religieuses capucines de la Passion.
Sa construction fut ordonnée par Louis XIV en 1086; mais le marquis de Louvois, chargé d’exécuter les ordres du monarque, ne trouva pas dans ses caisses les fonds nécessaires pour mener les travaux à bonne fin ; aussi traînèrent-ils sans
résultat appréciable jusqu’en 1G99; las d’attendre, le roi Soleil promulgua, le 7 avril de celle même année, des lettres patentes chargeant le corps municipal parisien de l’achèvement de la place.
L’œuvre fut alors reprise avec vigueur sous la direction de Jules Hardouin Mansart; dès le 16 août 1699, une colossale statue du roi Louis XIV, œuvre de Girardon, fondue d’un seul jet par Balthasar Relier, fut érigée sur le milieu de la place encore inachevée et nommée alors place des Conquêtes. Deux arrêts du Conseil, des 5 juin 1700 et 3 mai 1701, donnèrent un nouvel élan à l’entreprise; peu de temps après, l’octogone était complètement achevé et l’on pouvait apprécier sa sévère décoration d’ordre corinthien et ses frontons aux riches ornementations entourant les armes de France.
En 1792, la slalue de Louis XIV fut détruite et la place fut officiellement décorée du nom déplacé des Piques.
La colonne qui en décore le centre, commencée en 1806 sous la direction de Denon, Gondoin et Lepère, fut inaugurée en 1810; elle était alors surmontée d’une statue de Napoléon Ier, œuvre du sculpteur Chaudet; l’empereur était revêtu du -costume romain.
En 1814, les alliés tentèrent, sans succès, de renverser l’image du conquérant vaincu ; le gouvernement de Louis XVIII la fit tout simplement descendre, le mot déboulonner n’était point inventé; fondue alors, son bronze, ainsi que nous l’avons dit plus haut, fut employé au coulage de la statue de Henri IV.
Le 28 juillet 1833, en présence du roi Louis-Philippe, au milieu d’un enthousiasme indescriptible, on inaugura une statue nouvelle; sculptée par Seurre, elle représentait l’empereur revêtu de la redingote et coiffé du petit chapeau traditionnel.
Le second Empire fit replacer sur la colonne une statue semblable à celle dont Chaudet l’avait originairement décorée; l’œuvre de Seurre, fort critiquée lors de son apparition, fut alors regrettée; elle avait un aspect lourd et peu
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décoratif, c’est vrai, mais l’empereur tête nue et vêtu du costume romain ne représentait plus, en 1803, le légendaire Petit Caporal.
La Commune, en 1871, jeta à bas la colonne et la statue; nous nous rappelons avoir vu tomber au milieu d'un nuage de poussière, avec un bruit qui ressemblait à la fois à une plainte et à une protestation, le grand fût de bronze brisé \ en trois endroits. Le gou\ 1 il ' H. Tl I 0 i et réédifier la colonne.
L’accès de la colonne est interdit depuis plusieurs années, parce que quelques désespérés se sont précipités dans l’espace du haut de la plate-forme.
Les bas-reliefs en bronze qui courent autour du fût représentent soixante-seize épisodes de la campagne de 1800; ils sont, artistiquement parlant, d’une assez médiocre valeur, mais le monument est un de ceux dont les détails, fussent-ils fort remarquables, seraient perdus dans la grandeur de l’ensemble.
Autour de la place Vendôme sont établis le ministère de la justice et l’état-major de la place de Paris; ajoutons pour les curieux que l’hôtel du Rhin, qui fait l’angle de la rue de Castiglione et de la place, abrita Louis-Napoléon quand il vint, < n 1848, soutenir ses eandfak tares & la représentation nationale et à la présidence de la République.
Si vous passez le soir sur la place Vendôme, vous ne manquerez pas de remarquer le télescope d’un astronome en plein vent, braqué, selon la saison, sur la lune, sur Vénus ou sur l’anneau de Saturne.
La rue Saint-Honoré nous conduit à J’église Saint-Roch.
La façade s’élève sur un large perron de douze marches; elle est d’un aspect imposant; malheureusement, dans la rue étroite, le recul manque pour la contempler. Sa décoration, sobre à l’extérieur, se compose de quelques statues de saints dues aux ciseaux de MM. Loison, Aizclin, Vilain et Dubray.
Sur le flanc droit du monument, il existait autrefois. une tour carrée surmontée d'une corniche à balustrade et ren-
fermant un beffroi; celte tour, ébranlée lors des travaux de prolongement de la rue des Pyramides, a élé démolie. A la place qu’elle occupait s’ouvre un porche élégant construit, en 1881, sous la direction de M. Huilîard.
Avant de pénétrer dans l’église, fort riche en objets d'art et très curieuse à visiter, il n’est peut-être pas inutile de rappeler son histoire.
Sur cèt emplacement s’élevait, au seizième siècle, l’hôtel Gaillon et non loin de l’hôtel une chapelle dédiée à sainte Suzanne. En 1521, Jean Dinocheau fit ériger, à l’endroit même où nous voyons maintenant le portail, une autre chapelle qui fut nommée des Cinq-Plaies. Devenues insuffisantes pour les besoins du culte, les deux petites églises disparurent vers 1578 et firent place au premier monument dédié à saint Roch; placé sous la dépendance de Saint- Germain l’Auxerrois, le nouvel édifice ne devint paroissial qu’en 1033.
Trop petite encore, l’église fut réédifiée de nouveau, et le 20 mars 1G53, Louis XIV, assisté d’Anne d'Autriche, posa la première pierre du monument actuel.
Jacques Lemercier dressa les plans et dirigea la construction : il mourut trop tôt pour l’achever ; les travaux furent repris en 1719 et la grande nef terminée en 1722. Le financier Law, nouvellement converti au catholicisme, fournit les fonds nécessaires aux travaux. La chapelle de la Vierge et celle de la Communion datent de 1709; le portail fut commencé en 1730 sous la direction de Piobert de Cotte, sur les dessins que son père avait fournis; la chapelle du Calvaire a été installée de 1753 à 1760; elle est l’œuvre de Falconet et de l'architecte Boullée.
Diverses décorations du portail sont dues à Claude Francin; les pères de l’Église, des anges prosternés, les armes du roi, qui ornaient la façade et le fronton, ort été détruits pendant la Révolution.
Comme beaucoup d’églises de Paris, Saint-Roch servit aux théophilanthropes : ce fut le temple du Génie.
Rendue au culte, elle fut longtemps la paroisse de la fa-
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mille d’Orléans et devint l’ une des plus riches de la capitale.
Il est aussi impossible d’énumérer ici les richesses et les souvenirs contenus dans l’église que de dresser le catalogue d’un musée; nous nous contenterons de signaler les principales curiosités qui méritent de fixer l’attention.
Parlons de quelques monuments élevés à de glorieuses mémoires. Voici d’abord celui de Pierre Corneille : c’est une plaque de marbre en forme de stèle entourée de torches et couronnée de lauriers ; à son centre, un beau médaillon du poète. Cet hommage a été rendu au paroissien de Saint-R'och sur l’initiative et aux frais du duc d’Orléans en 1821. Une autre plaque fait pendant a celle-ci et rappelle les noms des principaux bienfaiteurs de l’église, depuis Michel Auguier, en passant par le marquis de Louvois, les dames Deshoulières, le président llénault, etc. Dans la chapelle de Saint-Nicolas, le monument commémoratif de la mort de Bossuet, érigé en 185G par l’abbé Jaudet; dans la chapelle de Sainte-Suzanne, celui de l’abbé de l’Épée, œuvre remarquable de Préault; dans une chapelle où Y on a réuni quelques restes de fancienne église, vous verrez le tombeau de Maupertuis, sculpté par (flluez en 17G6 et décoré d’une longue inscription composée en latin par La Condamine; sur une console en marbre, voici le buste de François de Créqui, œuvre de Coysevox; puis, tout ce qui reste du tombeau de Mme Lalive de Jully : un médaillon sculpté en 1753 par Falconet.
Est-ce tout? Non, et malgré notre désir de demeurer succinct, il nous faut citer encore la statue du cardinal Dubois, de Coustou ; les tombeaux du comte d’Harcourt, de Le Nôtre et de Mignard, signés Renard, Coysevox et Desjardins, et enfin diverses œuvres sculpturales d’Auguier, de Le Moyne, deDeseine, de Pradier, etc.
Les peintres, et les meilleurs, ont puissamment contribué à rorncmentalion de l’église Saint-Roch. Sur ses murs, Jouvenet est représenté par une belle page : le Triomphe de Mardochée; Vien, par la Prédication de saint Denis , la Résurrection de Lazare et Jésus appelant à lui les petits enfants;
Restout, par une Circoncision; enfin, Abel de Pujol, par un Christ, et Th. Chassériau, par le Baptême de V eunuque.
Quelques chapelles ont été décorées par des artistes chers au public : celle de Sainte-Clolilde par Devéria, celle du Purgatoire par Boulanger, celle de Saint-Vincent de Paul par Ary Scheffer.
On ne manquera pas de remarquer aussi la tribune des orgues, avec sa jolie et délicate décoration d’anges et de nuages; c’est un fort beau spécimen de la menuiserie du dixhuitième siècle. Quant à la chaire, elle a été exécutée de 1752 à 1758 par Simon Challe, et les quelques modifications qu’elle a subies n’ont pas altéré son grand caractère.
En quittant Saint-Roch, tout visiteur éprouvera, nous n’en doutons pas, le désir de passer quelques moments au grand air; une ville comme Paris, un arrondissement comme celui que nous parcourons, ne se compose pas exclusivement de stations plus ou moins prolongées dans. l’intérieur de ses monuments. L’esprit et l’œil ont besoin de se reposer quelques moments, et l’itinéraire que nous nous sommes tracé nous offre, en ce beau quartier, une occasion de promenade que nous ne laisserons pas échapper.
Quittant donc l’église par le petit portail élevé au lieu où fut autrefois la tour, nous traverserons la rue des Pyramides, nous gagnerons l’avenue de l’Opéra, dont la gaie perspective est bornée devant nous par la façade de l’Académie nationale de musique, derrière nous par les toits violacés du nouveau Louvre; parla rue Thérèse, nous gagnerons la rue Richelieu, où nous nous arrêterons un moment devant la fontaine Molière.
Le projet d’élever un monument à Molière remonte à l’an 1773. Sur la proposition de Lekain, le produit d’une représentation donnée dans ce but fut versé au sculpteur Houdon en échange du buste du grand comique, qui est encore à la Comédie française.
En 1818, 1828, 1829, de nouvelles propositions furent faites; une fois même, une souscription tentée n’obtint qu’un médiocre succès. En 1838, quand le conseil municipal dé-
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cicla la démolition de la fontaine de l’Échaudé, qui se trouvait au carrefour des rues Traversière (aujourd’hui rue Molière) et Richelieu, un artiste du Théâtre-Français, Régnier, mort depuis, prit, en adressant une lettre éloquente au préfet de la Seine, l’initiative de l’érection d’un monument à Molière. Le préfet, M. de Rambuteau, s’associa sans retard aux. désirs de l’artiste. La souscription fut ouverte; le roi, la reine, les princes du sang s’inscrivirent en tête de la liste; l’Académie, les sociétés savantes, les théâtres, les journaux et tous les hommes qui, de près ou de loin, touchaient à l’art et â la littérature, s’empressèrent d’apporter leur obole; une loi, votée par la Chambre des députés le 22 mars 1840, accorda une ouverture de crédit de 100 000 francs sur les fonds du ministère de l’intérieur.
La fontaine, élevée sur les plans de M. Yisconti, fut solennellement inaugurée le 15 janvier 1844, jour anniversaire de la naissance du poète.
La statue de Molière, assis et méditant, occupe la partie centrale du monument; les colonnes corinthiennes qui bordent la niche supportent un entablement sur lequel s’appuie un fronton circulaire dont le tympan est orné d’un Génie tenant des couronnes; de chaque coté du piédestal est une statue : à droite, la Comédie légère; à gauche, la Comédie sérieuse, l’une et l’autre portent à la main une légende rappelant, par ordre chronologique, les titres des œuvres du grand comique.
La statue en bronze de Molière est de Seurre; les autres, en marbre, élégantes de formes et charmantes d’attitudes, sont dues au ciseau de Pradier.
Presque en face, au numéro 34, vous verrez une plaque commémorative rappelant que le poète mourut dans cette maison le 17 février 1673. Il y a lâ, ainsi que l’a prouvé M.Vitu dans un remarquable travail, une regrettable erreur.
Molière est mort dans la maison portant le numéro 40. La revendication de l’écrivain a été prise en considération, et récemment une nouvelle plaque a été appliquée sur la façade de ce dernier immeuble;* il est fâcheux qu’on n’ait point
fait disparaître en même temps celle qui décore un trumeau du numéro 34.
Cet arrondissement est tout plein, au reste, de souvenirs de Molière; nous venons d’admirer le monument élevé à sa mémoire, nous venons de constater que deux maisons se disputent l’honneur de l’avoir vu mourir; nous verrons plus loin deux autres maisons revendiquant aussi la gloire de l’avoir vu naître. Enfin, tout en causant, nous avons des- • cendu la rue Richelieu et nous voici arrivés sur une place plantée d’arbres, ornée de fontaines, formant carrefour entre les rues de Rohan, Saint-Honoré, Richelieu et l’avenue de l’Opéra; nous sommes devant le Théâtre-Français, bien souvent appelé, et non sans raison : la maison de Molière.
Deux institutions ont traversé tous nos orages et survécu à tous nos bouleversements : l’Académie et la Comédie.
La Comédie française, institution unique au monde, est une des plus incontestables gloires de notre pays.
C’est plus que le théâtre par excellence, plus que la scène sans rivale, c’est, et vous le reconnaîtrez dès que vous aurez mis le pied dans son vestibule, un véritable temple où se célèbre chaque soir pieusement, dignement, avec une solennité que la grandeur du but excuse, le culte sacré de ces génies qui ont porté si haut la gloire des lettres françaises.
Le vieux Rotrou, le grand Corneille, l’inimitable Molière, le tendre Racine, Regnard, Voltaire, Crébillon, Beaumarchais, Marivaux, alternent sur l’affiche avec les noms modernes de nos premiers écrivains dramatiques : Alexandre Dumas, Scribe, Emile Augier, George Sand, Henri de Bornier, Octave Feuillet, Pailleron, Victor Hugo enfin, dont les larges conceptions débordent tellement la scène qu’il faut relire ses drames quand on les a vu représenter.
Telle qu’elle est actuellement constituée, la Comédie date de l’an 1680; elle occupa d’abord la salle Guénégaud; en 1688,- elle fit construire une salle nouvelle dont quelques vestiges existent encore rue de l’Ancienne-Comédie en 1770, elle s’installa au théâtre des Machines, au palais des Tuileries; en 1782, elle émigra à l’Odéon nouvellement
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construit; après la tourmente révolutionnaire, en 1799, elle prit possession du théâtre des Variélés-Amusantes : c’est l’immeuble où nous la voyons aujourd’hui.
La salle actuelle a été construite sur les plans et sous la direction de l’architecte Louis; une colonnade dorique forme galerie tout autour du théâtre; au-dessus de cette colonnade, une ordonnance corinthienne à pilastres règne pendant deux étages et soutient un altique surmonté d’un comble correspondant aux derniers étages de l’édifice.
La salle, à propos de laquelle nous n’entrerons pas dans des détails oiseux, contient environ 1400 places, elle est bien aménagée, sonore, décorée avec goût, mais sans éclat; on le sent, ici l’attention doit être captivée par ce qui se pas: sera sur la scène quand, après trois coups solennellement frappés, le lourd rideau disparaîtra lentement dans les frises.
Mais, l’entr’acte nous permettra quelques excursions dans le monument; s’il se prolonge un peu nous pourrons, par de larges escaliers, descendre dans les vestibules décorés de statues de David d’Angers, de Clésinger, de Duret, représentant Talma , la Tragédie , la Comédie , Rachel dans le rôle de Phèdre, etc., sans oublier quelques jolis bustes tels que celui de M. de Girardin par Edmond Lévèque, ceux de Gresset et de Baron par Fortin.
Si le premier appel de la sonnette nous invite à regagner notre stalle, nous aurons le temps encore d’admirer la belle distribution et la riche ornementation du grand escalier qui mène au foyer; dans les angles de la voussure nous remarquerons quatre cariatides de M. Carrier-Belleuse, dédiées aux maîtres de la scène française : Molière, Corneille, Voltaire et Racine; sur les paliers, placés sur des gaines, sont les bustes de divers auteurs dramatiques modernes : Ronsard, Chénier, Casimir Delavigne, Balzac, Alexandre Duval, Ducis, Andrieux, Picard, Dumas père ; dans la galerie qui mène au grand foyer, et dont le balcon s’ouvre sur la rue de Richelieu, nous trouverons encore une collection de bustes rappelant les traits des maîtres des dix-septième et
dix-huitième siècles depuis Dancourt, sculpté par Faucou en 1782, jusqu’à Beaumarchais, offert à la Comédie en 1853 par M. Mathieu-Meusnier, en passant par les représentations de Lesage, J.-B. Rousseau, Marivaux, Sedaine, de Belloy, pour arriver aux bustes de Scribe, d’Alfred de Musset, et enfin à la belle statue de George Sand, de Clésinger.
Deux monumentales cheminées ornent les extrémités du grand foyer ; douze médaillons peints en camaïeu bleu sur fond d’or représentent des scènes empruntées à divers chefsd’œuvre classiques; douze bustes décorent les côtés; il faut remarquer parmi eux ceux de Rotrou et des deux Corneille, dus au ciseau de Caiïieri, ceux de Voltaire et de Molière par Houdon, celui de Dufresny par Pajou, etc.
Un second appel nous a arraché à ces contemplations artistiques; nous reprendrons notre place, et c’est seulement après le spectacle que nous causerons, si vous le voulez bien, des autres trésors que possède la Comédie, et qui, ceux-là, invisibles pour le public, ne sont connus que des personnes qui peuvent pénétrer au théâtre par la porte de l’administration.
Disons en passant que l’administration est la personne la plus accueillante du monde; on est avant tout de bonne compagnie dans la maison de Molière; et si la visite de ses trésors n’est point permise à la curiosité banale, elle est toujours facilitée aux visiteurs qu’un sentiment artistique amène jusqu’au pied de son grand escalier.
Un musée à lui seul ce grand escalier, solennel comme toute la maison, où les pas s’assourdissent sur d’épais tapis, où l’on se découvre malgré soi, où l’on parle bas, arrêtant ici son regard sur un magistral portrait de Rachel signé Gérôme, là, sur une toile de forme ovale représentant Lekain dans le rôle d’Orosmane, une œuvre de Lenoir datée de 1777 ; ailleurs, sur les bustes de Mlle Mars, de Talma, de Quinault, de La Fontaine, de Casimir Delavigne; plus loin, sur des portraits de comédiens et de comédiennes du temps passé : Michot, Wle de Seyne, Mme Préville, Mlle Raucourt, Talma, Grandval, M11® Lange, Bonneval dans le rôle du
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Malade imaginaire; enfin sur une scène du Malade , fort ingénieusement interprétée par un auteur inconnu.
S’il vous est permis de pénétrer dans la galerie qui conduit aux foyers des artistes, foyer de travestissement et grand foyer, vous rencontrerez encore de nombreuses œuvres dont le choix prouve l’excellent goût de ceux qui ont réuni celte collection, si curieuse au point de vue de l’histoire du théâtre.
Les demoiselles Rachel, Clairon, Madeleine Brohan; les comédiens Provost, Samson, Delarive, ont là leurs bustes, exécutés par des artistes qui s’appellent: Dantan aîné, Le Moyne, Garraud, Feuchère, Dantan jeune, Houdon; une toile d’Eugène Dalacroix nous montre Talma dans le rôle 1 d’Auguste, une autre de Gros, Mlle Raucourt, une troisième , de Lenoir, un Lekain en Orosmane, différant un peu et de quelques années antérieur au tableau que nous avons vu dans le grand escalier.
Dans le foyer dit des travestissements, la décoration est particulièrement douce à l’œil; les bustes, dont la profusion vous a peut-être étonné jusqu’ici, font place aux peintures, aux pastels, aux dessins, aux gravures; ces dernières agrémentées parfois de citations poétiques. Tout cela signé I Abraham Bosse, Mailly, Yanloo, Lancret, Bouchardy, Girodet, Boilly, Largillère, Robert-Fleury, etc. ; tout cela reproduisant les traits des artistes de la Comédie, depuis son origine jusqu’aux temps modernes.
Le foyer des artistes, un véritable salon dont l’accès n’est ouvert à nul profane, est une des pièces les plus richement décorées de la Comédie française; les tableaux signés de grand noms en couvrent les murs : Prévilie, Talma, Michot, Poisson, Mezzetin, Monrose, Fleury, Baptiste, Baron, Dugazon, Delarive, Monvel, Dazincourt, Firmin, Ligier, Mmes Leverd, Dumesnil, Rachel, Vestris, Duclos, Joly, etc., sourient dans leurs cadres aux causeries spirituelles de leurs successeurs ; un portrait de Molière, d’après Mignard, occupe le centre de la pièce; une esquisse d’Ingres représente le grand comique à la table du roi Louis XIV; précieuse entre toutes
DESSIN DE H. LAISSEMENT.
est cette toile, don de l’auteur à la Comédie et première pensée du tableau qui fut détruit en 1871, lors de l’incendie des Tuileries.
Geoffroy, qui fut un comédien des plus distingués, était aussi un peintre de grand talent; deux toiles signées de lui en font la preuve ici ; l’une d’elles représente les Sociétaires en 1840 , l’autre, les Sociétaires en 1864. Ce sont deux œuvres d’une grande valeur, artistiquement et historiquement parlant.
Dans l’antichambre de l’administration, nous rencontrerons quelques curieuses miniatures.
Dans l’antichambre du comité, deux photographies reproduisent l’aspect de la maison natale de Corneille et celui de sa maison de campagne du Petit-Couronne; une toile de Pernot, offerte par l’auteur à la Comédie, nous montre une vue de la Ferté-Milon, patrie de Racine ; des portraits de Mlle Lange, de Lachaussée, de l’acteur Brigard, et un buste de Collin d’Harleville, le bon Collin, comme on disait jadis, complètent la décoration distribuée, là, comme partout dans la maison, avec un goût parfait.
La salle du comité, avec sa large table, ses fauteuils confortables, vaste, haute de plafond, est celle où se réunissent les sociétaires pour discuter les intérêts de la compagnie et où ont lieu aussi les lectures des pièces soumises à leur appréciation. Les murs sont décorés des portraits des deux Corneille, d’après Le Brun pour l’aîné, d’après Jouvenet pour le jeune; de ceux de Racine, de Crébillon et de Dufresny, dont les auteurs sont inconnus; de ceux de Marivaux, de Ducis, de Regnard et de Voltaire, par Vanloo, Gérard, Largillière et Mrae Romany; Boilly, qui les a connus, a peint Alexandre Duval, Picard et Pigault-Lebrun; un joli dessin de M. Pollet, d’après M. Landelle, montre l’aristocratique profil d’Alfred de Musset ; un lableau de Jalabert rappelle les traits d’Émile Augier ; de Geoffroy, dont nous avons parlé déjà, on voit ici une composition qui comprend soixante personnages, parmi lesquels les principaux acteurs qui composaient originairement la troupe du Théâtre-Français.
3ô PROMENADES DANS PARIS.
De-ci de-là, nous rencontrerons encore un bronze de Dantan ainé : c’est le portrait de Ligier dans Richard III ; une terre cuite de Couriger : c’est le buste de Beaumarchais; deux jolies statuettes en bronze : Corneille et Molière, signées Mélingue; enfin cette toile si remarquée au Salon de 1886 : Un entr’acte à la Comédie française , de M. Ed. Dantan.
Pénétrerons-nous dans le cabinet de l'administrateur général? Pourquoi non. Marchons sur la pointe des pieds, retenons notre souffle, ne troublons pas la causerie discrète de l’administrateur, discutant avec un poète les chances de réussite d’une œuvre fraîchement éclose, et saluons au passage une jolie et très intéressante terre cuite de Caffieri représentant Pierre Corneille en pied; c’est l’esquisse d’un marbre que nous rencontrerons au palais de l’Institut; c’est aussi le modèle qui sert à la manufacture de Sèvres pour des reproductions en biscuit. Nous verrons encore un buste de Mlle Clairon, signé Le Moyne, et, sans nom d’auteur, des portraits de Lekain et de Crébillon.
Est-ce tout? Non, sans doute, mais le temps nous presse et nous sommes ici dans un lieu où la visite ne saurait se prolonger sans indiscrétion; quittons-le donc, quoique à regret, et si quelques minutes nous restent encore, regagnons la salle, et presque tout en haut, perdue dans un mur, nous trouverons une toute petite porte qui donne accès à la curieuse bibliothèque du théâtre. Cette collection toute spéciale contient environ huit mille volumes et de nombreux cartons renfermant des portraits d’auteurs et d’acteurs, des maquettes de décors, des scènes empruntées à nos chefsd’œuvre classiques, des costumes de tous les temps,, enfin tout ce qui constitue la glorieuse histoire de la maison.
Nous voici sur la place du Palais-Royal devant les Grands Magasins du Louvre ; nous y laisserons entrer les 'dames et nous visiterons le Palais-Royal qui est peut-être, de tous nos monuments parisiens, celui qui, depuis deux siècles, a été le plus directement mêlé à notre histoire.
Bâti en 1629 sur l’emplacement des hôtels d’Armagnac et de Rambouillet, les premières constructions, ordonnées par
îe cardinal Richelieu, s’érigèrent sous la direction de l’archilecte Lemercier; c’était alors un logis d’apparence relativement modeste. Peu d’années suffirent à Richelieu pour l’agrandir et l’embellir; dès 1636, il prenait le nom de Palais-Cardinal et passait pour une des plus merveilleuses constructions de la capitale :
Et l’univers entier ne peut rien voir d'égal Aux superbes dehors du Palais-Cardinal,
disait Corneille, dans la comédie du Menteur , en 1642.
Le grand poète, on le voit, ne parlait point de l’intérieur, qui, pourtant, émerveilla les contemporains par la richesse de ses collections artistiques.
Le testament du cardinal laissa le palais au roi Louis XIII. Le jeune Louis XIV, la régente Anne d’Autriche et Monsieur, frère du roi, l’habitèrent depuis le 7 octobre 1643 jusqu’au 21 octobre 1652; à cette époque, la famille royale s’installa au Louvre, et le Palais-Royal, pendant un temps fort court, servit d’asile à Henriette-Marie de France, veuve du roi Charles Ier.
En 1661, il devint la résidence du duc d’Orléans, qui l’agrandit considérablement. Des lettres patentes de février 1692 concédèrent à ce prince la propriété du Palais. Philippe, duc d’Orléans, régent de France, en hérita, et, de 1701 à 1723, y fit exécuter de nombreux travaux d’embellissement; il réunit aussi au palais une galerie de tableaux, qui ne tarda pas à jouir d’une juste célébrité. Sonfils Louis (1723-1752) fit brûler, dit-on, une quarantaine de ces tableaux sous le prétexte qu’ils offensaient la décence; c’est le seul souvenir que ce prince ait laissé au Palais-Royal. Louis-Philippe, duc d’Orléans, reprit, après la mort du prince Louis, les traditions de son grand-père, et un véritable musée fut installé au Palais-Royal.
Malheureusement, en 1763, l’incendie de la salle de l’Opéra, qui attenait au Palais, en consuma une grande partie, et ce fut de reconstructions et de restaurations qu’il fallut s’occuper. Les ailes primitives disparurent et furent remplacées
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par les trois corps de bâtiment que nous voyons aujourd’hui.
C’est en 1780 que Louis-Philippe- Joseph, alors duc de Chartres, devint propriétaire du Palais-Royal. C’est lui qui fit édifier par l’architecte Louis les constructions qui entourent le jardin.
Un nouvel incendie ayant, le 8 juin 1781, dévoré la salle de l’Opéra, le duc de Chartres, au cours des travaux entrepris, fit commencer en 1786 le théâtre où nous avons vu la Comédie française installée. Ce théâtre porta de 1790, époque de son ouverture, jusqu’en 1797, la dénomination de Variétés- Amusantes; plus tard, il devint le théâtre de la République. Quant à l’Opéra, il fut transporté au boulevard Saint-Martin, dans une salle construite en quelques semaines par l’architecte Leloir. C’était le théâtre de la Porte-Saint-Martin, qui fut brûlé en 1871.
Le jardin subit à cette époque des modifications importantes, qui ne furent pas toutes heureuses. Une magnifique allée de marronniers, plantée par Richelieu, disparut; un cirque s’éleva dans lapartie centrale; une statue de HenrilV, de Houdon, compléta la décoration; la statue disparut pendant la tourmente révolutionnaire, un incendie détruisit le cirque en 1799.
En 1790, les cent quatre-vingts arcades qui entourent le jardin étaient terminées, cent soixante avaient déjà été vendues par le duc d’Orléans (1) et lui avaient rapporté plus de 10 millions, l’avant-corps du bâtiment principal de la cour d’honneur était presque achevé, le corps de logis qui, selon le plan de Louis, devait séparer le jardin de la cour d’honneur, sortait à peine de terre. C’est sur son emplacement que furent construites les galeries de bois, dont l’histoire n’est plus à faire, qui disparurent en 1828 et que remplace aujourd’hui la galerie d’Orléans.
Sous la République, le palais, réuni au domaine national,
(1) Le duc de Chartres avait pris ce titre à la mort de son père, en 1785.
fut abandonné à la cupidité des occupants, et rien ne fut fait ni pour embellir les bâtiments ni pour les préserver des déprédations.
Le premier Empire y logea le Tribunat jusqu’en 1807 ; la bourse et le tribunal de commerce l’occupèrent un moment; il fut question d’y installer un palais des beaux-arts, puis l’Opéra; on songea à le réunir aux Tuileries, et meme à le mettre en vente. Heureusement, aucun de ces projets ne fut adopté et la Restauration rendit le palais à ses anciens propriétaires.
De 1815 à 1830, le duc d’Orléans, depuis Louis-Philippe, construisit la galerie vitrée qui porte son nom, dégagea l’aile gauche du palais, exhaussa d’un étage le bâtiment principal, prolongea l’aile de Montpensier, depuis le théâtre jusqu’au jardin, construisit les deux pavillons qui relient les ailes de la cour d’honneur aux bâtiments du jardin; enfin, il fit restaurer le théâtre qui, à la fin de l’Empire, était dans un affreux état de délabrement.
Le duc d’Orléans avait réuni là une fort curieuse galerie de tableaux; elle fut saccagée et brûlée — pourquoi faut-il que ces mots reviennent si souvent sous notre plume? — lors de la révolution de 1848.
C’est au jardin du Palais-Royal, il est peut-être superflu de le rappeler, que commença la révolution de 1789 ; c’est au Palais-Royal que vint se dénouer celle de 1830 et que Louis-Philippe accepta le titre de Roi des Français.
Réuni une fois encore au domaine de l’État en 1848, le Palais-Royal, que Louis-Philippe avait cessé d’habiter le 1er octobre 1831 et qui sous son règne ne servait guère qu’aux fêtes intimes de sa famille, le Palais-Royal, disonsnous, devint la résidence du Comptoir d’escompte et de l’étatmajor des gardes mobiles et nationales. En 1851 et 1852, l’exposition des artistes vivants y fut installée.
Sous le second Empire, le Palais-Royal fut la résidence du prince Jérôme et de son fils, le prince Napoléon; à la suite du mariage de ce dernier avec la princesse Clotilde, de grands salons de fêtes furent établis dans le corps du
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bâtiment principal, sur la cour d’honneur. M. Edmond Hédoin les avait richement décorés de peintures allégoriques : la Musique , la Littérature , la Danse, etc. ; le feu a passé là en 1871 et, de toutes ces magnificences, il ne reste plus qu’une monumentale cheminée, qui est maintenant au conseil d’État, que le Palais-Royal abrite depuis 1875.
On accède au conseil d’État, installé dans le corps de bâtiment principal entre les deux cours, par un vestibule décoré de colonnes d’ordre dorique et dont une statue de Tronchet orne le centre; le grand escalier d’honneur évolue dans une vaste cage de forme ovale, de 11 mètres de largeur sur 17 mètres delongueur. La coupole qui le couronne, à 26 mètres du sol, est décorée de trophées d’armes et éclairée par des fenêtres demi-circulaires. Douze marches en pierre font suite au vestibule et conduisent au palier intermédiaire, d’où part la double révolution de l’escalier; cet escalier est orné d’une rampe en fer forgé, chef-d’œuvre de serrurerie du dix-huitième siècle exécuté par Corbin, sur les dessins de Caffieri.
Dans la salle du contentieux, où Ton pénètre après avoir traversé le palier du premier étage et qui est la seule où le public soit admis certains jours de la semaine, on remarque une fort belle toile allégorique de M. B. Ulmann, représentant la Justice sous la figure d’une matrone romaine, et une Vue des ruines du palais d’Orsay, telles que les ont faites les incendies de la Commune.
Les salles suivantes, consacrées aux divers services du conseil, renferment quelques œuvres d’art, parmi lesquelles nous citerons : dans la salle des assemblées générales, quatorze belles toiles marouflées de M. Elie Delaunay, représentant la Justice, la Guerre les Beaux- Arts, l’Agriculture, les Travaux publics, etc. ; le salon de lecture, entouré de grands corps de bibliothèques en bois noir, contient un beau buste en marbre de Portalis, l’un des rédacteurs du code civil. La bibliothèque, vaste parallélogramme de 14 mètres en un sens et de 15 dans l’autre, aux murs décorés de stuc, se compose de trois travées, formées par des pilastres et des colonnes isolées; sur des consoles appuyées aux pilastres
sont placés les bustes du comte Siméon, de Georges Cuvier, de Maillard et d’Allent, oeuvres modernes de MM. Aubé, Renaudot, Moleau et Montagne.
La partie du palais occupée par la Cour des comptes offre peu d’intérêt au point de vue artistique; on peut y remarquer pourtant le grand escalier de pierre du péristyle de Chartres, construit par Fontaine, le salon des colonies, exécuté en 1858 sous la direction de M. Prosper Chabrol, et la salle à manger de l’aile Montpensier, où se trouve une fort belle cheminée en griotte avec cadran d’horloge, dont le dessin a été. fourni par le même artiste.
C’est sous le second Empire aussi que fut complètement dégagée la façade du Théâtre-Français.
Un long détail de la façade du Palais-Royal pourrait paraître fastidieux ici ; le regard, grâce à la vaste place qui s’étend devant l’édifice, peut facilement en embrasser la belle ordonnance et en apprécier les détails. Nous gagnerons donc rapidement la cour où sont établies — en soussol pour une grande partie — les machines qui fournissent l’électricité à la Comédie française, au théâtre du Palais- Royal et à quelques commerçants des galeries. •
La galerie d’Orléans traversée, nous pénétrerons dans le jardin; il est entouré, nous l’avons dit, d’arcades fermées par des grilles et sur lesquelles prennent racine de grands pilastres cannelés qui montent jusqu’aux étages supérieurs; ceux-ci sont couronnés d’une balustrade ornée de vases.
L’ensemble ne manque pas de grandeur; il encadre fort heureusement et sans l’étouffer, grâce à ses nombreuses percées, le jardin, dont un bassin construit en 1816 égaye le centre.
Dans l’un des parterres latéraux, est installé le petit canon qui part à midi... quand il fait du soleil.
Au bout de la galerie Montpensier se trouve le théâtre du Palais-Royal, une petite salle qui contient huit cents personnes et qui, grâce au genre exceptionnellement gai que ses directeurs ont adopté, est à peu près pleine chaque soir.
Ce théâtre, construit en même temps que les galeries,
s’ouvrit sous le nom de théâtre de Beaujolais et fut d’abord un spectacle de marionnettes ; Mlle de Montansier y installa en 1790 une troupe qu’elle dirigeait à Versailles; plus tard, il s’appela théâtre de la Montagne, puis reprit successivement et diverses fois le nom de sa directrice ancienne et celui de Palais-Royal.
Au sortir de ce palais, étincelant de soleil le jour, ruisselant de lumière le soir, nous pénétrerons dans une étroite allée qui sert d’entrée à l’une des maisons les plus hautes de Paris et la traverse, formant passage de la rue de Valois à la rue des Bons-Enfants; cela s’appelle le passage Radziwill. Si nous sommes entrés dans ce labyrinthe obscur, ce n’est certes pas pour en contempler les mesquines échoppes, mais pour voir une curiosité qui va disparaître, la Banque ayant acquis l’immeuble pour construire des bureaux.
Nous voulons parler de l’escalier, composé de deux montées concentriques; vous n’aurez certes pas la tentation de gravir l’une d’elles jusqu’au septième étage, pour vous bien convaincre qu’un de vos compagnons, parti comme vous du rez-de-chaussée, accomplit son ascension dans un escalier encastré dans celui que vous suivez. Qu’il vous suffise donc de jeter un regard dans la vaste cage et de vous rendre compte de l’originalité de la construction.
Nous revenons au grand air. Avant de nous arrêter un moment à la Banque de France, nous signalerons, au numéro 28 de la rue des Bons-Enfants, la maison Sylvestre, dans les salles de laquelle se font chaque soir des ventes de livres, fort suivies par les libraires et par les bibliophiles.
La Banque de France, dont l’entrée principale est rue de la Vrillière, en face la place des Victoires, occupe depuis 1812 un hôtel construit en 1620 par Mansart pour le duc Raymond Phélipeaux de la Vrillière, alors secrétaire d’État; cet hôtel eut successivement pour habitants, après un M. Rouillé qui l’acheta en 1701, le comte de Toulouse, et plus tard son fils, le duc de Penthièvre; la princesse de Lamballe y demeura aussi avant la Révolution.
L’hôtel original a, comme on peut s’en rendre compte,
été considérablement agrandi; les bâtiments élevés sur la rue Neuve-des-Petits-Champs sont de construction absolument moderne; ils ont été érigés sous la direction deM. Crétin, architecte.
La Banque renferme, outre tous les bureaux nécessaires à ses services multiples et le logement de son régent, un atelier de gravure et une imprimerie, où se confectionnent ses billets.
En quittant la Banque, nous suivrons la rue Croix-des- Petits-Champs ; nous laisserons sur notre gauche le passage Véro-Dodat, une galerie construite en 1826, un peu délaissée maintenant, mais qui fut très admirée jadis, et nous atteindrons de nouveau la rue Saint-Honoré, presque en face le temple de l’Oratoire.
Le temple de l’Oratoire, dont le portail se trouve en biais sur la rue Saint-Honoré, est tout ce qui reste maintenant du couvent des Oratoriens.
La congrégation, fondée en 1611 par Pierre de Bérulle, obtint deux ans plus tard l’approbation du pape Paul V.
La première pierre de l’église de l’Oratoire fut posée le 22 septembre 1621. Les constructions du couvent étaient achevées vers 1630; mais le portail, tel que nous le voyons, ne fut édifié qu’en 1745 sur les plans de Pierre Caqué.
Pendant la Révolution et les années qui suivirent, les bâtiments des Oratoriens furent occupés par la Conservation des hypothèques d’abord, par la Caisse d’amortissement ensuite, et enfin par le magasin des décors de l’Opéra.
En 1811, l’église fut affectée au culte protestant.
L’intérieur, malgré sa nudité voulue, malgré la froideur et la crudité de la lumière qui l’inonde, n’est pas sans majesté; le vaisseau centrai est de belles proportions; malheureusement, les bas-côtés ont été fermés et plusieurs baies aveuglées pour les nécessités du culte.
L’église, néanmoins, vaut une visite^ et il ne faut point la quitter sans voir l’ancienne salle capitulaire qui se trouve derrière le chœur; c’est une jolie construction du dix-septième siècle, dont les inscriptions murales et la décoration
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sont intéressantes pour ceux qui s’occupent de l’histoire des religions ; elle sert aujourd’hui de sacristie pour les mariages, et le conseil consistorial y tient ses réunions.
Au chevet de l’édifice, s’élève un monument à la mémoire de l’amiral Coligny; l’œuvre, malheureusement cachée sous les arcades de la rue de Rivoli, est de M, Grauk.
La rue du Louvre, égayée au midi par le verdoiement des arbres de la place Saint-Germain l’Auxerrois, encore inachevée au nord, nous mènera en quelques instants à la Bourse du commerce d’abord, puis à l’hôtel des Postes.
La Bourse du commerce, autrefois la Halle aux blés, s’élève sur une partie de l’emplacement de l’hôtel de Soissons que Marie de Médicis avait fait bâtir en 1572. La colonne astronomique de Jean Bullant a survécu aux démolitions de 1749, à la construction de la Halle (1763-1767), et reste enfin encastrée dans le monument qu’achève un de nos plus habiles architectes modernes, M. Blondel.
La Bourse du commerce offre un abri commode aux négociants en blés, farines, huiles, etc.; ces messieurs se groupaient jadis en plein air dans la rue de Viarmes et plus récemment sur la place du Louvre. Un vaste hall circulaire, pavé de mosaïque, éclairé d’en haut par la coupole, est consacré aux transactions journalières ; les parties non vitrées de la coupole sont décorées de peintures dues à MM. Clairin, Laugée, Lucas, Luminais et au regretté Mazerolle. Sur le fronton, M. Croisy a sculpté un grand motif décoratif; citer le nom de l’artiste, c’est faire pressentir la valeur de l’œuvre. L’extérieur est en outre décoré de groupes et de statues. Au-dedans,le « Cercle commercial » est pourvu d’une installation luxueuse.
L’hôtel des Postes, inauguré l’année dernière, occupe un vaste quadrilatère compris entre les rues du Louvre, Étienne- Marcel, J,-J.-Rousseau et Gutenberg. C’est un bâtiment parfaitement approprié à l’importance de l’administration qu’il contient, et où toutes les commodités que le public peut désirer ont été habilement ménagées.
Pour vous en convaincre, visitez le grand hall de la rue
du Louvre. Vous remarquerez que, par une heureuse innovation, les affreux grillages qui enfermaient jadis les employés ont été supprimés; le public est maintenant en communication directe avec eux. Il ne peut résulter de ce changement que plus d’activité dans le service et plus d’aménité dans les rapports.
Remarquez aussi que cette salle, dont les différents bureaux répondent à tous les besoins du service, est spacieuse, claire, aérée, d’aspect gai même, et qu’on y peut, en un cas pressé, rédiger sa correspondance.
Une plaque apposée sur la façade de la rue J.-J.-Rousseau rappelle que notre fabuliste Jean de la Fontaine mourut en 1695 dans un hôtel situé sur cet emplacement.
Un léger détour dans les rues avoisinant la Bourse du commerce nous permettra de gagner la rue Sauvai, dont la dernière maison à gauche est une construction étroite et sans caractère; ne passez point indifférent pourtant et jetez les yeux sur la plaque de marbre noir appliquée sur la façade de la rue Saint-Honoré; son inscription en lettres d’or vous rappellera que cette maison est bâtie sur l’emplacement du pavillon des Singes , maison natale de Molière (1). Cette maison était particulièrement remarquable par le poteau cornier qui décorait l’un de ses angles et qui représentait un arbre dont une quantité de singes tentaient l’ascension. Il ne reste plus à Paris qu’un spécimen de cette décoration qu’on appelait le poteau cornier; nous le rencontrerons avant la fin de notre promenade.
Presque en face, à l’angle de la rue de l’Arbre-Sec, nous pourrons nous arrêter devant la fontaine de l’Arbre-Sec, qui mérite quelques moments d’attention.
(1) Ceux de nos lecteurs qui seraient désireux de se renseigner sur le pavillon des Singes et son histoire pourront consulter avec fruit une très intéressante notice publiée par M. J. Romain Boulenger dans le Moliériste , de juillet 1879. Cette notice est accompagnée d’une curieuse eau-forte représentant la maison natale de Molière.
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Une fontaine existe en cet endroit depuis le commencement du seizième siècle; la première qui y fut édifiée en 1529, par ordre de François Ier portait le nom de fontaine du Tralioir (1). Placée alors au milieu de la voie publique, on reconnut bientôt qu’elle gênait la circulation; pourtant ce ne fut qu’en 1036 qu’on la transporta dans le pavillon servant au réservoir des eaux d’Arcueil, que François Miron avait bâti en ce lieu vers 1604. La fontaine actuelle date de 1775, Souffloten dirigea la construction; c’est un petit monument à deux façades qui n’est pas sans grâce : une nymphe, entourée de roseaux et déversant le contenu d’une urne dans une coquille, orne le trumeau compris entre les deux baies du premier étage sur la façade de la rue Saint-Honoré.
L’intérieur du bâtiment, occupé aujourd’hui par le service des eaux, était autrefois une chambre de justice où l’on entendait les derniers aveux des condamnés.
La rue de l’Arbre-Sec mérite d’être parcourue.
Presque en face de la fontaine, au numéro 52, vous remarquerez sans doute la serrurerie et les sculptures d’un magnifique balcon. Celte maison est bâtie sur l’emplacement de l’hôtel qu’habita longtemps l’échevin Trudon. Un peu plus bas, vous verrez une porte surmontée d’une coquille à écusson: là était jadis l’hôtel Saint-Roman; pénétrez dans l’intérieur et jetez un coup d’œil sur la rampe de l’escalier principal qui, deux étages durant, repose sur une ravissante balustrade.
Au numéro 46, vous pourrez visiter une fort curieuse cour.
Nous ferons quelques pas encore et nous atteindrons la rue de Rivoli, que nous remonterons jusqu’à la rue du Pont- Neuf; au numéro 31 de cette dernière, nous remarquerons, placé dans une niche ronde, un buste de Molière et encore une inscription indiquant que le grand poète est né dans cette maison.
(1) Le lieu où s’élevait cette fontaine était orné d’une croix nommée croix du Trahoir , dénomination qui lui venait d'un pilori voisin.
C’est Beffara, moliériste avant que le mot soit inventé, qui fit, en 1821, élever cet hommage au grand homme. L’erreur commise a été reconnue depuis, mais le monument est resté.
Nous voici arrivés encore à l’un de ces beaux édifices religieux dont Paris fourmille.
C’est l’église Saint-Eustache, la plus vaste de Paris après Notre-Dame; mais d’un caractère qui ne ressemble en rien à celui de la cathédrale.
Une chapelle, dédiée à sainte Agnès, existait en ce lieu dès le douzième siècle; en 1223, une nouvelle église, placée sous le vocable de saint Eustache, remplaçait la chapelle; enfin, la première pierre de l’édifice actuel fut posée en 1532, Jean de la Barre étant prévôt de Paris. Les travaux furent menés avec lenteur et même probablement suspendus pendant les guerres religieuses; le chœur ne fut commencé qu’en 1624, et en 1652 le portail principal et la façade restaient encore à faire. C’est alors que Mansart de Jouy, assez mal inspiré, éleva le portail lourd et peu en rapport avec le reste de l’édifice, que nous voyons aujourd’hui.
L’intérieur, nous l’avons dit, présente un tout autre aspect que celui de la plupart de nos églises. La construction est grande, son élévation majestueuse, la profondeur de la nef et des contre-nefs présente à l’œil des perspectives agréables ; mais l’ensemble général, qu’inonde une lumière blanche venant de haut, affecte un caractère plus théâtral que religieux. Néanmoins, si l’on prend la peine d’examiner le monument dans tous ses détails, on en trouvera de charmants.
Bien qu’il soit construit sur le plan des églises gothiques, Saint-Eustache s’écarte en plusieurs parties de la tradition du moyen âge; c’est ainsi que les fenêtres supérieures qui, selon le style de l’époque, auraient dû affecter franchement la forme ogivale, ont été, par une fâcheuse pensée de l’architecte, terminées par des courbes elliptiques qui ne sont pas d’un heureux effet; c’est ainsi encore qu’au point de vue purement architectural, on s’explique difficilement l’ordonnance étrange des piliers, des pilastres et des colonnes.
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Un artiste des plus compétents en la matière, M. Viollet-le- Duc, émet l’idée que l’architecte avait dû rêver pour son monument un éclairage fait, à la base, de vitraux aux couleurs violentes et montant en tons de moins en moins intenses jusqu’aux sommets pour arriver à une transparence nacrée; ceci n’est qu’un rêve et nous le verrions à regret se réaliser, car celui qui l’a conçu est forcé de convenir lui-même que, si merveilleux que puisse être l’effet, l’édifice aurait alors l’aspect d’un palais féerique; la lumière s’accrocherait en pointes ou losanges diversement colorés sur les capricieuses sculptures qui courent le long des piliers, ceux-ci prendraient de bas en haut des teintes qui se fondraient agréablement aux heures crépusculaires, mais l’église perdrait tout caractère religieux.
Acceptons-la donc telle qu’elle est et ne manquons pas d’admirer, puisque nous sommes arrivé par la rue du Pont-Neuf, la grandeur imposante du vaisseau qui s’étend devant nos yeux; si nous faisons quelques pas dans la rue Montmartre, nous dépasserons le poste si fâcheusement accolé à l’église, et au fond d’une petite impasse nous pourrons voir -un portail qui est à lui seul un chef-d’œuvre.
Dans l’intérieur, indépendamment de la grande nef et du chœur, circonscrits tous deux par une suite de douze piliers, indépendamment de la chapelle de la Vierge, décorée par Couture de trois fresques colossales, nous pourrons visiter l’une après l’autre et sans lassitude les vingt-quatre chapelles qui forment autour de l’église une riche suite de peintures murales, dues à des maîtres tels que MM. Séchan, Galland, Brunet-Roque, etc., et quelques autres plus anciennes découvertes sous le badigeon et habilement restaurées. Quelques tombeaux nous arrêteront aussi : celui de Colbert, exécuté, sur les dessins de Le Brun, par Coysevox; ceux de Rameau, de Chevert, etc.
Un incendie, qui éclata le 16 décembre 1844, détruisit les orgues et la chaire; cette dernière a été remplacée par une œuvre en parfaite harmonie avec l’aspect général de l’église. Les orgues nouvelles sont de M. Merklin.