DESSIN DE V. GILBERT
HUITIÈME ARRONDISSEMENT. — ÉLYSÉE. 1 l
Parmi les sculptures qui méritent d’être vues, nous signalerons, à l’extérieur, au-dessus des piliers des arcades, les Symboles des quatre évangélistes, belles compositions de M. Jacquemart, et, sur les portes, seize panneaux ornés de rinceaux et de figures, œuvre deM. Mathurin Moreau.
Dans l’intérieur : un saint Félix , de M. Aimé Millet, quelques belles toiles, de MM. Signol et Bouguereau, et enfin les vitraux, de MM, Maréchal (de Metz) et Oudinot.
Sans nous arrêter plus que de raison devant la caserne de la Pépinière, contournant le square de Laborde orné d’un Sauveteur , de Monbur, et où l’on a parlé d’élever un monument à Alfred de Musset, nous atteindrons, par la rue de Saint-Pétersbourg, la place de l’Europe, un des points les plus originaux et les plus curieux de l’arrondissement.
Un magnifique pont en fer, véritable chef-d’œuvre en son genre, la traverse dans son entier ; le regard embrasse d’un côté les hangars monumentaux de la gare de l’Ouest, le dédale inextricable des voies ferrées, le mouvement incessant des machines en manœuvre glissant sur les rails qu’un coup d’aiguille leur présente, se ravitaillant ici de charbon, là d’eau, jetant dans l’air leurs coups de sifflet perçants, tandis que les rayons du soleil jouent dans leurs nuages de fumée noire ou de blanche vapeur.
Si vous regardez de l’autre côté, vous avez sous les yeux un long couloir, couloir surplombé par les hautes maisons des rues Mosnier et de Rome, rayé de voies rectilignes aboutissant aux trois embouchures du tunnel des Batignolles ; à son entrée, à côté d’une plaque tournante sur laquelle les machines peuvent évoluer avec leur tender, on voit le bâtiment des messageries construit en 1888. Grâce à de puissants ascenseurs, des wagons chargés peuvent, en un instant, s’élever de la voie ferrée au niveau du sol de ce vaste hangar.
Rappelons, en passant, que les messageries occupent la place où fut élevée, en 1837, modeste et minuscule, la première gare de nos chemins de fer; un demi-siècle s’est passé depuis, et la gare Saint-Lazare, deux fois reconstruite, au-
12 PROMENADES DANS PARIS
jourd’hui terminée, développe, entre deux pavillons monumentaux, son immense façade rue Saint-Lazare, sur tout l’espace qui sépare la rue d’Amsterdam de la rue de Rome. Par malheur, l’hôtel Terminus, une entreprise purement commerciale dont nous n’avons pas à nous occuper dans ce livre, aveugle la plus grande partie du monument.
A l’extrémité de la rue de Rome, ayant sa façade principale sur le boulevard des Ratignolles, nous rencontrons le collège Chaptal; c’est une institution fondée en 1844, sous le nom d’école municipale François Ier, par M. Prosper Goubaux.
Ce collège fut le premier à adopter les idées nouvelles; l’étude des langues mortes fut restreinte au profit de celle des langues vivantes ; l’étude des lettres, ramenée aux proportions de leur utilité pour les carrières industrielles et commerciales, et l’admission aux écoles du Gouvernement. Les élèves, après six années d’études, peuvent se présenter avec succès à l’École navale, à Saint-Cyr, à l'École centrale des arts et manufactures, à l’École polytechnique, à l’École normale supérieure (sciences). Plusieurs de nos ingénieurs distingués ont fait leurs classes à Chaptal, dans le temps lointain déjà où il était installé au bas de la rue de Clichy.
Le bâtiment, nous serions tenté de dire le palais, qu’il occupe maintenant a été terminé en 1874, sur les plans et sous la direction de M. Eugène Train, architecte.
Le parc Monceau, ou mieux de Monceau, fut dessiné et planté par Philippe d’Orléans, en 1778. Carmontel, écrivain oublié, bien qu’agréable parfois, architecte amateur, aida le prince de ses conseils ; les grottes, les rochers, les cascades, les ruines, furent disséminés avec profusion, mais avec goût aussi, dans ce beau jardin, qui ne tarda pas à être désigné sous le nom de Folies de Chartres .
La Révolution en fît un lieu de divertissement public; l’empereur Napoléon le donna à Cambacérès qui, trouvant l’entretien trop coûteux, ne le garda que peu d’années ; la Restauration en rendit la propriété à la famille d’Orléans. Le roi Louis-Philippe affectionnait particulièrement le parc