‹ Paris, promenades dans les vingt arrondissementsChapitre 14 sur 40 · DESSIN DE P. MERWART · texte numérisé non relu

DESSIN DE P. MERWART

tique, les promène trois fois autour du prie-Dieu placé au milieu du temple ; cérémonie symbolique, qui veut dire, qu’unis sous le regard de Dieu, ils doivent marcher ensemble, la main dans la main, pendant tout le cours de leur vie.

Remontant maintenant le faubourg Saint-Honoré, nous nous trouvons devant l’hôpital Beaujon, une construction de l’architecte Girardin, dont le but primitif fut, en 1785, de donner asile à vingt-quatre orphelins et orphelines du quartier ; un décret de la Convention du 21 ventôse an II (18 mars 1791) désaffecta l’asile et le transforma en Établissement de la Commission de l’envoi de lois ; un second décret du 28 nivôse an III (17 janvier 1795) en refit un hôpital.

Presque en face, vous auriez pu voir encore, il y a quelques années, la petite chapelle Saint-Nicolas, construite par le célèbre financier, dont le dôme du chœur subsiste englobé dans la propriété que la baronne Salomon de Rothschild a achetée à la comtesse Mnizeck.

Nous sommes ici sur les terrains que le village du Roule occupa jusqu’à la fin du dix-septième siècle ; il n’avait alors pour église que la chapelle d’une léproserie, établie depuis quatre cents ans au lieu où vous voyez actuellement l’église Saint-Philippe.

En 1769, le village de la Ville-l’Évesque s’étant depuis longtemps confondu avec celui du Roule, l’église était devenue trop exiguë, et l’architecte Chalgrin, qui devait plus tard commencer l’Arc de triomphe de l’Étoile, fut chargé d’en construire une nouvelle.

L’église, terminée en 1784, subit seulement en 1845 quelques modifications sérieuses. Godde, dont nous avons parlé déjà, construisit la chapelle de la Vierge, démolit le mur intérieur qui fermait le sanctuaire, transforma en colonnes les pilastres qui en divisaient les parois et réussit à pratiquer un pourtour faisant suite aux bas côtés de la nef. La chapelle des catéchismes a été ajoutée en 1854, par M. Baltard.

Peu remarquable au point de vue purement architectural, l’église Saint-Philippe possède quelques œuvres artistiques qu’il est impossible de ne point signaler : à l’extérieur, dans

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le tympan du fronton, un bas-relief de Duret, la Religion ; à l’intérieur, un chemin de croix : quatorze compositions d’une bonne entente et d’une couleur charmante, signées Louis Boulanger ; sur la voûte du chœur, une peinture murale, Descente de croix , grande composition qui ne mesure pas moins de 21 mètres de longueur, et qui figure à juste titre au nombre des belles pages de ce grand artiste, mort trop jeune, qui s’appelait Th. Chasseriau.

En remontant le faubourg Saint-Honoré, après avoir traversé la place Beauveau et passé devant le ministère de l’intérieur, ancien hôtel de Beauveau, construit vers 1780, par Le Camus de Mézières, et affecté à sa destination actuelle en 1857, nous arriverons devant le palais de l’Élysée.

Édifié dans une situation admirable, distribué avec une entente parfaite du grand confort, décoré avec un goût artistique irréprochable, entouré du plus beau jardin particulier qu’on puisse voir à Paris, l’Élysée justifie à tous égards le choix qu’on a fait de lui pour résidence du chef de l’État.

Depuis qu’il existe, il a été plusieurs fois le témoin de faits importants dans notre histoire, ainsi que le prouveront les quelques lignes que nous allons lui consacrer.

C’est un cadet de la maison de Bouillon, le comte d’Évreux, qui, en 1718, le fit construire par l’architecte Claude Mollet. Marié à la fille puissamment riche du financier Crozat, le comte ne ménagea rien pour que sa demeure fût magnifique, et réussit à en faire une des plus remarquables résidences du temps. De l’œuvre primitive il reste peu de chose maintenant; les divers possesseurs du palais lui ont fait subir tour à tour d’importantes modifications, et il fut plusieurs fois agrandi depuis son origine.

Mme de Pompadour, qui posséda l’Élysée après le comte d’Évreux, fit de grosses dépenses pour l’embellir et l’orner; le jardin, notamment, fut agrandi aux dépens de terrains appartenant à la Ville et que celle-ci réclama, mais sans succès, comme on le pense bien.

A sa mort, la célèbre marquise légua son hôtel au roi

Louis XV; il servit alors de logis aux ambassadeurs extraordinaires envoyés en France, puis il fut affecté au gardemeuble de la Couronne, en attendant que les bâtiments que Gabriel élevait sur la place Louis XV fussent terminés.

En 1773, le roi le vendit au financier Beaujon qui, aidé d’un architecte nommé Boullée, fort célèbre alors, lui apporta de nouveaux embellissements et donna au jardin le cachet exceptionnel qu’il conserve encore.

La duchesse de Bourbon l’acheta en 1790; la date dit assez qu’elle ne l’habita pas longtemps et que l’Élysée-Bourbon — c’est le nom qu’on donnait alors au palais — devint propriété nationale. Sous le Consulat, cette magnifique demeure fut louée à des entrepreneurs et s’appela le hameau de Chantilly; on y donnait de ces fêtes publiques composées de tous les éléments de réjouissances dont le Paris d’alors était si friand : divertissements champêtres dans les jardins; jeux de roulette, de trente-et-quarante, dans les appartements; le hameau de Chantilly fut, pendant un certain temps, le rival heureux des jardins de Tivoli, d’Idalie et de Paphos.

Le prince Murat acheta l’Élysée en 1803, et l’habita jusqu’en 1808. Cédé alors à l’empereur, il prit le nom d’Élysée- Napoléon. C’est là que fut signée l’abdication du 24 juin 1815. Quelques semaines après, l’empereur d’Autriche et le général Wellington y demeuraient.

Sous la Restauration, l’Élysée devint la propriété du duc de Berry; les goûts artistiques du prince contribuèrent encore à son embellissement. Sans destination sous le règne de Louis-Philippe, il devint, en 1848, la demeure du président de la République.

Où le premier empire était venu mourir, le second naquit trente-six ans plus tard. C’est à l’Élysée que fut résolu le coup d’État de décembre, c’est de l’Élysée que partirent les ordres et les décrets qui en assurèrent la réussite.

Sous le second empire, le palais fut encore agrandi; la porte monumentale qui donne accès à la cour d’honneur fut construite, la rue de l’Élysée, si coquette avec ses mignons

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hôtels, fut ouverte et de nouveaux bâtiments s’ajoutèrent aux anciens; le jardin s’entoura d’élégantes grilles garnies de lierre qui le limitent sans le clore.

Depuis 1870, l’Élysée est devenu la résidence du chef de l’État; MM. Thiers, Mac-Mahon, Grévy l’ont successivement habité; M. Carnot l’occupe depuis le mois de décembre 1887.

Ici, le faubourg Saint-Honoré devient particulièrement luxueux, les hôtels aux portes grandioses, aux vastes cours, aux larges péristyles, s’y rencontrent à chaque pas; l’ambassade d’Angleterre a le sien, les Rothschild ont le leur. Noblesse de fraîche date, aristocratie de la finance et diplomatie font ici bon voisinage.

Depuis 1835, la mairie de l’arrondissement est modestement installée rue d’Anjou, dans l’ancien hôtel de Contades, qui fut l’hôtel de Lorraine jusqu’en 1728. C'est un monument spacieux, mais sans caractère et peu digne de ce quartier splendide.

Par la rue Boissy-d’Anglas, laissant à notre droite l’avenue Gabriel, nous entrerons dans la grande avenue des Champs-Élysées. Le hasard nous y conduira-t-il aux premières heures du jour? nous trouverons l’avenue à peu près déserte; quelques cavaliers faisant leur course matinale et quelques bourgeois lisant leur journal seront à peu près les seuls promeneurs que nous rencontrerons, et, pourtant, le feuillage des grands arbres frémit harmonieusement dans l’air pur, le soleil rit dans la verdure et strie le sol gris de grandes raies blanches, les moineaux, ces gamins du grand air, picorent en troupe sur la large chaussée et, sans nous craindre, s’enfuient pour la forme au bruit de nos pas; l’après-midi nous offrira un spectacle autrement animé. L’avenue des Champs-Élysées, c’est le chemin qui mène au bois de Boulogne, et tout le monde à Paris va maintenant au bois ; aussi verrez-vous passer, devant de multiples rangées de spectateurs assis, une interminable file de voitures : depuis la calèche basse et confortable, où toute une famille s’entasse, jusqu’au brillant équipage, où les grandes mondaines étalent leurs toilettes nouvelles; depuis le léger tilbury, conduit par

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