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DESSIN DE PAUL MERWART

Vivien, financiers anoblis, parrains de la rue Vivienne, et enfin aux Pinon qui, de père en fils, furent présidents à mortier au Parlement de Paris; ils en vendirent une partie au fameux Law, qui prit à cette occasion le titre de seigneur de la Grange-Batelière.

Les d’Augny acquirent un des hôtels, celui que la mairie occupe actuellement. Là, sous la Piévolution, furent donnés les premiers bals, tant courus alors et connus sous le nom de bal des Victimes; sous le premier Empire, s’installa le Salon des étrangers, sorte de cercle aristocratique aussi célèbre par les grands dîners et les fêtes splendides qu’on y donnait que par le jeu effréné auquel on s’y livrait.

L’hôtel devint ensuite la propriété de M. Aguado; il y réunit une fort belle collection de tableaux espagnols dont, après sa mort, en 1842, la vente fut un véritable événement artistique.

En 1848, la ville acheta l’hôtel à la Compagnie d’Assurances générales.

Un grand portail, orné de refends et surmonté d’un fronton triangulaire, donne accès à une cour spacieuse où les cortèges peuvent facilement évoluer et que décore, au centre, la statue de Voltaire à vingt-cinq ans, due au ciseau de M. Émile Lambert.

Sans luxe extérieur, sans décorations artistiques au-dedans, simple, sévère en toutes ses parties, la mairie du neuvième arrondissement est une de celles de Paris qui répond le mieux à l’idée qu’on se fait d’un édifice municipal.

A quelques pas de là se dresse la façade, un peu exiguë, mais assez élégante et très décorée de l’hôtel du Figaro , journal parisien, boulevardier par excellence. Une jolie statue du célèbre barbier, sculptée par M. Aubé, en décore l’entrée. Une salle de dépêches, où sont tous les documents que les circonstances font actuels, est ouverte dans les dépendances de l’hôtel ; vous y verrez les portraits des célébrités récemment décédées, la reproduction d’une scène criminelle qui s’est passée la veille, la vue des lieux où se sont accomplis quelques événements capables d’exciter la curio-

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sité publique, des dépêches de tous les points du monde, les affiches de tous les théâtres, concerts, solennités artistiques, etc.

Le monument carré de l’hôtel des Ventes, commencé en 1851 par Levasseur et Lejeune, terminé en 1858 par M. Pallard, est devenu bien exigu en présence de l’extension toujours croissante des ventes publiques; sa façade nous retiendra peu de temps, mais son intérieur est un des spectacles les plus curieux que Paris offre à ses visiteurs.

Ce qu’il faut voir d’abord, puisqu’il est impossible de ne pas passer par là, c’est la cour où se vendent chaque jour de misérables mobiliers et aussi des outillages d’artisans saisis par un propriétaire las d’attendre le payement de ses termes.

Certes, ici le coup d’œil n’est pas gai et les prix atteints par ces épaves de ruines inconnues sont souvent des plus dérisoires; 6 francs une couchette en noyer, 4 francs une commode, 2 francs un matelas,, 20 sous tout un lot de vaisselle ! Mais il est convenu que tout se vend à l’hôtel Drouot , et, en réalité, il n’est point de meuble éventré, de linge déloqueté, de casseroles bossuées ou trouées, de soupières sans couvercles, de plats ébréchés, de ferrailles rongées par la rouille, qui, séparément ou groupés, ne trouvent marchand dans la cour de l’hôtel.

Les marchands, en argot du lieu, sont généralement quelques revendeurs du quartier du Temple ou quelques ferrailleurs de la rue de Lappe, tous gaillards s’entendant entre eux comme larrons en foire et payant un objet trois fois plus cher qu’il ne vaut plutôt que de le laisser adjuger au passant naïf qui manifeste le désir de s’en rendre acquéreur.

Les salles du rez-de-chaussée, fréquentées par la même clientèle, sont consacrées aux ventes après décès, à l’adjudication des fonds de magasins qu’une déconfiture amène en ce lieu; aux meubles de médiocre fabrication qui trouveraient difficilement acheteur dans uneboutiquedufaubourg Saint-Antoine ou de la rue de Cléry ; là, vous verrez une

profusion de glaces à l’étamage suspect, des couverts en faux ruolz, des pendules en zinc doré; là, vous respirerez un air saturé de toutes les odeurs mauvaises et malsaines : le moisi, le ranci, la poussière; là, vous serez entouré de marchands aux vêtements puants, de marchandes vêtues de loques sordides, population hybride entassée sur des gradins branlants et poussant l'enchère sous le jour blafard de la salle.

Au premier étage, une toute petite salle, la salle XIII, vous offrira un spectacle d’un autre caractère; les Auvergnats , c’est ainsi qu’on appelle à l’hôtel le public dont nous parlions tout à l’heure, y pénètrent encore, mais sont déjà moins « chez eux » ; on y vend de coutume des faïences, des flambeaux, des pendules, mais surtout des tableaux hâtivement peints par des artistes en détresse: natures mortes, paysages, chasses, scènes d’intérieur ; le dessin grimace, la couleur hurle, le cadre brille, cela s’adjuge entre 7 et 15 francs; ça ne paye pas le cadre, fait observer le commissaire-priseur, mais on peut prendre le pendant pour le même prix.

La clientèle est ici composée de petits bourgeois peu connaisseurs, d’employés à la bourse modeste, désireux de décorer à peu de frais les murs de leur salle à manger, et aussi de ces êtres bizarres que vous verrez parfois errer devant la terrasse d’un café, offrant à bas prix et d’une voix discrète, un petit tableau que « la nécessité » les force de vendre.

Dans les salles du premier étage, propres celles-ci, et garnies de chaises et de banquettes, se font les ventes importantes; celles qui attirent les connaisseurs, les amateurs et les grands marchands ; tapisseries, cristaux, livres, faïences, gravures, médailles, tableaux, meubles de prix, tout ce qu’un collectionneur a soigneusement réuni, tout ce qu’un artiste défunt a laissé aux murs de son atelier, est souvent exposé ici deux ou trois jours durant, à la curiosité du public. Pendant ces expositions très suivies, les valeurs et les authenticités sont discutées entre les amateurs ; de petites comédies, bien parisiennes, se jouent devant les panneaux couverts de tableaux, devant les vitrines pleines

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de bijoux, devant les tables encombrées delivres; celui-là, ami du vendeur ou de la famille, s’époumone à exalter la valeur des objets mis en vente; celui-ci, désireux d’acquérir un chef-d’œuvre à bas prix, semble ne le regarder qu’avec indifférence, hausse ostensiblement les épaules aux éloges qu’il provoque, se mêle aux conversations pour déprécier sa qualité, et, secrètement, donne à l’expert, l’ordre de l’acheter pour lui à quelque prix que ce soit.

L’expert, c’est l’âme de la vente, c’est lui qui, savamment, au lieu où elles sont le plus en valeur, dans le jour qui leur est le plus favorable, a fait placer les œuvres qui la composent ; c’est lui que vous rencontrerez pendant toute la durée de l’exposition, affable, prévenant, causeur, sachant l’histoire de chaque tableau, rappelant au besoin quelles galeries l’ont successivement possédé; réchauffant l’enthousiasme des amateurs, dirigeant leur goût, il sait signaler à l’attention du client modeste ou timide telle toile ou tel groupe, œuvre d’un artiste peu connu encore, mais dont les qualités sont réelles; il est sans parti pris, sans souci des signatures, l’admirateur de tout ce qui est beau ; profondément observateur, il se rend un compte exact de l’impression produite, et, dès l’ouverture de la vacation, il pourrait prédire à quelques mille francs près le chiffre qu’elle atteindra.

Le plus justement prisé des experts fut longtemps, à l’hôtel des Ventes, le regretté Francis Petit, mort 'en 1877. Secondé par Charles Pillet, qui tenait, on se souvient avec quelle verve, quel brio et quel entrain, le marteau d’ivoire, Francis Petit a dirigé depuis 1860 jusqu’à son décès, avec un tact exquis, une science merveilleuse, une irréprochable probité artistique, presque toutes les grandes ventes de collections célèbres : San Donato, Paturle, Péreire, Oppenheim, Delacroix, Millet, etc.

En sortant de l’hôtel des Ventes, il ne serait pas surprenant que vous vissiez attablés chez quelques marchands de vin des alentours, ces mêmes Auvergnats que vous avez aperçus dans les salles du rez-de-chaussée surenchérissant

âprement sur le bourgeois. Ne croyez pas qu’ils sont entrés là dans le seul but de faire disparaître au moyen de quelques rafraîchissements, dont ils ne se privent pas pourtant, le goût de la poussière qu’ils ont avalée plusieurs heures durant. Non, ils se livrent maintenant entre eux à une petite opération qui s’appelle la révision.

C’est un assez curieux dessous de l’hôtel des Ventes que nous allons tâcher de vous expliquer en quelques lignes.

Les marchands, nous l’avons dit plus haut, se liguent généralement contre le passant désireux d’acquérir un objet placé sur table, et, pour qu’il ne lui soit point adjugé, le poussent jusqu’à un prix parfois quadruple de sa valeur ; si le passant s’obstine, il paye quatre fois trop cher et part en maugréant, au milieu des rires narquois de la corporation. Si, plus prudent, ou lassé d’une lutte dont il comprend le danger, il arrête tout d’un coup ses enchères, un des compères se voit alors adjuger l’objet; c’est de la perte que ce rossignol pourra lui causer que le travail de révision se charge de l’indemniser. Ce qu’on a payé un prix excessif est remis en adjudication entre les marchands, et la différence du prix obtenu, avec la somme primitivement versée, est rendue par la compagnie à celui qui en a fait l’avance.

Nous racontons, laissant aux lecteurs le soin de dégager la moralité des faits.

Une construction lourde, écrasée, s’élève rue Chauchat : c’est l’église évangélique de la Rédemption; édifiée, grâce à la sollicitude de la duchesse d’Orléans, sur les restes d’un entrepôt appartenant à foctroi de Paris, elle fut inaugurée le 25 juin 1843. Ce petit temple ne contient à l’intérieur ni curiosités ni objets d’art.

Nous .passerons sans nous arrêter devant une autre chapelle protestante qui se trouve au numéro 24 de la rue de Provence et qu’on appelle chapelle Taitbout, et nous atteindrons la rue Lafayette à son point de rencontre avec la rue Laffitte. A notre gauche, entre deux rangées de hautes et luxueuses maisons, nous apercevrons, dominé par les toits de l’Opéra, le carrefour que forme le point de départ de la

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rue Lafayette avec le boulevard Haussmann et la rue de la Chaussée-d’Antin; à notre droite, la longue ligne de cette large voie fuyant vers l’est à perte de vue; devant nous, la rue Laffitte et le portail de l’église Notre-Dame de Lorette.

Jetez les yeux sur un plan de Paris au dix-septième siècle et vous verrez que ce quartier de la Chaussée-d’Antin, si vivant, si bien bâti, si riche aujourd’hui, était alors en grande partie couvert de champs cultivés, dont la monotonie n’était rompue que par des fermes, quelques groupes de maisons et des guinguettes naissantes, qui devaient devenir célèbres cent ans plus tard. C’était, depuis la rue de la Chausséed’Antin actuelle, alors rue de l’Hôtel-Dieu, jusqu’au faubourg Montmartre, ce qu’on nommait le village des Porcherons; la Grange-Batelière, dont nous avons parlé plus haut, en avait été en quelque sorte le noyau, et, dès 1645, les habitants réclamaient une église; l’année suivante, le premier archevêque de Paris, Jean-François de Gondi, consacrait, sous le vocable de Notre-Dame de Lorette, une chapelle qui s’élevait à l’angle formé maintenant par les rues Lamartine et du Faubourg-Montmartre. Quelques débris de cette chapelle ont été longtemps visibles dans une école aujourd’hui disparue.

Le temps marcha, les constructions s’élevèrent sur les champs jadis cultivés, les Porcherons ne laissèrent plus pour souvenirs que le vieux château du Coq, dont l’avenue du même nom indique aujourd’hui l’entrée, et une construction basse qu’on voyait encore rue Saint-Lazare sous le second empire (1).

La chapelle Notre-Dame de Lorette, fermée en 1793, fut vendue comme propriété nationale en 1796. Lors du rétablissement du culte, une petite chapelle, nommée Saint- Jean-Porte-Latine, qui avait été bâtie vers 1780 dans le faubourg Montmartre, lui fut affectée. Rien ne reste maintenant de cet édicule.

(1) Le dessin de M. Hoffbauer est une représentation très fidèle de ce dernier reste du village des Porcherons et aussi du château du Coq.

En 1822, sur la demande de M&r de Quélen, archevêque de Paris, une ordonnance royale autorisa l’ouverture d’un concours, entre dix architectes, pour l’érection d’une paroisse nouvelle. De ce concours, et sur les plans de M. Hippolyte Lebas, est sortie l’église Notre-Dame de Lorette, élevée sur le lieu [nommé jadis la Croix des Porcherons. Sa façade, bien que sans grandeur vue de près, termine assez agréablement, quand on l’aperçoit du boulevard, la percée de la rue Laffitte.

La construction de cette église est froide; la partie absidiale, écrasée; le clocher, sans caractère. L’intérieur est splendidement décoré, trop décoré peut-être. Ici, tout est mondain; le marbre, le stuc, la peinture, la sculpture, la lave émaillée ont envahi tous les coins, l’œil se fatigue devant cette profusion d’ornements; la pierre nue, si imposante en certaines basiliques, n’apparaît nulle part : la méditation n’y trouve pas un prétexte.

A quoi cela tient-il? à la forme, aux proportions de l’église, à sa lumière diffuse, nous ne savons ; mais nous traduisons ici, comme nous l’avons fait ailleurs, l’impression ressentie.

Il ne faut pas conclure de là, pourtant, que Notre-Dame de Lorette ne contient, au point de vue de l’art, rien qui mérite d’être remarqué. Nous l’avons dit, elle est très décorée, et quelques-uns des tableaux qui l’ornent ont une réelle valeur, mais l’entassement auquel ils sont condamnés nuit à la fois à l’effet général et à l’effet particulier.

Puis, il faut le reconnaître, autant à la Présentation au Temple, de Heim, qu’au Couronnement de la Vierge , de Picot; autant au Jésus chez les docteurs , de Drolling, qu’au Martyre de saint Hippolyte , de Hesse, aux toiles de Deveria, de Schnetz, de Johannot, etc., le sentiment religieux fait absolument défaut.

Une exception doit être faite, pourtant, en faveur de la chapelle du Sacré-Cœur, ornée par M. Périn de compositions rappelant la manière des maîtres italiens du seizième siècle, et dont l’inspiration, regardez la Naissance du Christ , la Cène,

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les jolis motifs des pendentifs, est bien réellement, cette fois, celle du symbolisme chrétien.

Les tableaux de la chapelle de la Vierge, dus à Orsel, sont aussi fort remarquables. Nous signalerons particulièrement les quatre motifs qui décorent la coupole.

En quittant l’église Notre-Dame de Lorette, il ne serait pas étonnant que vous fussiez désireux de vous arrêter un moment au numéro 18 de la rue Saint-Lazare; là, même en plein jour, vous pourriez visiter le joli petit Théâtre d'application et l’intéressant musée théâtral dont son directeur, M. Bodinier, a décoré la galerie qui mène à la salle proprement dite.

Le théâtre d’application, fondé en 1887, n’est qu’une scène minuscule où s’exercent les élèves comédiens et tragédiens du Conservatoire. Les meilleurs sujets des classes de MM. Delaunay, Got et Worms, y donnent, deux fois par semaine, des représentations fort suivies par une société d’amateurs; plusieurs jeunes artistes, aujourd’hui pensionnaires de la Comédie française, ont récolté là les premiers bravos du public.

La salle rectangulaire ne contient qu’un rez-de-chaussée et un rang de loges au fond, mais elle est coquettement décorée; le gracieux rideau de M1,c L. Abbéma, les bustes et les peintures qu’on voit dans le foyer, les portraits d’artistes réunis dans la galerie d’entrée, tout cela compose un ensemble artistique d’un goût exquis.

Le temple consistorial Israélite de la rue de la Victoire est non seulement le plus important de la capitale, mais encore le plus grand qu’il y ait en France.

Au point de vue architectural et décoratif il est permis de regretter que son imposante façade ne s’élève pas au fond d’une vaste place au lieu d’être, en quelque sorte, perdue, étouffée, au milieu d’une rue étroite.

La construction de ce temple, autorisée en 1865, interrompue par les événements de 1870-1871, fut achevée en 1876. M. Aldrophe, qui avait fourni les plans, a dirigé les travaux: les ornements intérieurs, élégants et riches, s’har-

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