ENCLOS SAINT-LAURENT
DEUXIÈME ÉDITION
A. HENNUYER, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
Droits de reproduction et de traduction réservés.
INDEX ALPHABETIQUE
Pages.
Arc de triomphe de la porte Saint-Martin 18
Bassin de la Yillette 10
Boulevard Bonne-ISouvelle 19
— Saint-Martin 14
— de Strasbourg 26
Bourse du travail 13
Caserne de la Nouvelle-France 30
— du Prince-Eugène ou du Château-d’Eau 14
Chapelle protestante 7
— Saint-Joseph 10
Douane 12
École Bernard-Palissy. 6
— Colbert 10
Église Saint-Laurent 27
— Saint*Martin 12
— Saint-Vincent de Paul 3
Faubourg Saint-Martin io
Foire Saint-Laurent 26
Fontaines de la rue du Faubourg-Saint-Martin 10
Gare du chemin de fer de l’Est 9
— — du Nord... 7
Hôpital Dubois 8
— de Lariboisière 2
— Saint-Louis 11
— Saint-Martin. 30
Mairie du dixième arrondissement 30
Maison: boulevard de Magenta, n° 11 13
— rue de Paradis, ,n° 44 23
Marché aux fleurs (place de la République) 14
Place Lafayette 3
Place de la République 13
INDEX ALPHABÉTIQUE
Pages.
Prison de Saint-Lazare 28
Quai de Jemmapes 10
— de Valmy. . . 10
Quartier de rHôpital-Saint-Louis 1
— de la Porte-Saint-Denis 1
— de la Porte-Saint-Martin 1
— Saint- Vincent de Paul . . 1
Rue de Paradis 22
— Saint-Maur 11
Théâtre de l’Anhigu-Comique 14
— des Folies-Dramatiques 14
— du Gymnase-Dramatique - 20
— des Menus-Plaisirs 31
— de la Porte-Saiut-Martin 16
— de la Renaissance. 18
Tivoli Wauxhall 12
INTRODUCTION
Le dixième arrondissement ne fait partie de la capitale que depuis cent et quelques années ; il a été réuni à la ville sous Louis XVI, lors de la construction de cette muraille qui disparut en 1860, et dont on a dit : Le mur murant Paris rend Paris murmurant.
Néanmoins l’histoire de ces quartiers est curieuse à reconstituer; car, ainsi qu’on le verra par les lignes qui vont suivre, ils ont toujours été, sous des rapports fort divers parfois, intimement mêlés à la vie parisienne.
11 faut remonter aux premiers temps de la monarchie pour retrouver l’origine du nom que porte le dixième arrondissement. L’enclos, ou le clos Saint-Laurent, dont la gare de l’Est occupe maintenant une partie, appartenait, dès le sixième siècle, à une abbaye, dont parle Grégoire de Tours à propos d’un débordement de la Seine et de la Marne arrivé en 583 ; Grégoire de Tours nous apprend même que cette abbaye était placée alors sous la direction de Domnole, évêque du Mans.
L’église de l’antique monastère devait occuper à peu près l’emplacement où nous voyons aujourd’hui la prison de Saint-Lazare. Il est probable que la maison fut pillée et détruite lors des invasions des Normands;
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néanmoins, une seconde église, placée toujours sous l’invocation de saint Laurent, s’élevait vers le même lieu au temps de Louis VI, et ne devait pas être d’édification absolument récente, car au commencement du dernier siècle, alors que l’on exécutait des travaux dans le faubourg Saint-Martin, au chevet du monument que nous connaissons, on a retrouvé un cimetière. Les cercueils qu’on découvrit alors renfermaient des corps couverts de vêtements noirs semblables à ceux des moines ; exposés au grand air, ils tombèrent immédiatement en poussière. On supposa que leur inhumation pouvait remonter à neuf cents années.
Tout voisin de l’enclos Saint-Laurent était l’enclos Saint-Lazare; le second devait un jour absorber le premier, mais toutefois sans lui faire perdre sa dénomination.
Dès le temps où nous nous sommes transporté, une léproserie était établie dans le clos Saint-Lazare, sur la lisière du chemin conduisant à Saint-Denis; Louis le Gros protégeait l’institution et les prêtres qui la dirigeaient. Il accorda à ceux-ci le droit d’ouvrir une foire pendant un jour de chaque année. Telle est l’origine de cette foire Saint-Laurent, si fameuse au dix-huitième siècle, et qui fut pendant longtemps la gloire du quartier; nous parlerons d’elle au cours de notre promenade, et nous aurons aussi l’occasion de raconter 1 histoire delà maison de Saint-Lazare.
Ici, et dans la mesure du possible, nous allons tenter de donner à nos lecteurs une idée de ce que fut à diverses époques cette banlieue parisienne.
Au temps de Lulèce, alors que sur la rive droite de
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la Seine n’apparaissent aucunes constructions encore; au temps mérovingien, alors que le premier et le quatrième arrondissement sont en germe au bord du fleuve, le territoire du dixième n’est qu’une plaine sans fin, cultivée en certaines de ses parties, boisée en d’autres; un unique chemin la traverse du sud au nord; au midi, elle est arrosée par le ruisseau de Ménilmontant, qui prend naissance dans les bois de l’est et coule vers l’ouest; ce ruisseau deviendra un grand égout plus tard et finalement disparaîtra dans les profondeur® souterraines du Paris moderne.
Sous Louis VII, la léproserie et l’église sont seules debout encore au milieu de leurs grands clos ; mais une certaine animation se manifeste autour d’elles. Moines et prêtres se sont enrichis ; ils ont des terres à ensemencer, des jardins à cultiver, des morts à ensevelir, et toute une population de travailleurs vit en d’humbles chaumières à l’ombre de leurs grands bâtiments.
Mais le temps marche, Paris s’agrandit, sa banlieue commence à se peupler à la fin du quatorzième siècle ; les chemins se multiplient, les grandes voies se tracent ; à travers champs, au milieu du clos Malevert, on en aperçoit une déjà qui sera plus tard la rue du Faubourg-du-Temple.
Pendant la première partie du seizième siècle, le mouvement s’accentue d’une façon plus appréciable; r quelques maisons se bâtissent vis-à-vis de Saint-Lazare; d’autres s’élèvent autour de Saint-Laurent ; l’une d’elles, vaste et commode, située un peu au-dessus de l’église, |e en regard de son chevet, appartient à la famille Got-
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tard. La rue Saint-Laurent n’est qu’une ruelle encore, mais on y voit déjà de modestes constructions ; aux angles des chemins, aux carrefours, des croix se dressent sur de petits emmarchements. En 1548, l’église Saint-Laurent est sensiblement agrandie; en 1595, elle est l’objet d’une réfection générale. Placée à l’avant d’un clos entouré de murailles, sa tour carrée s’achève alors en pyramide, une flèche pointe au-dessus du toit. Vis-à-vis d’elle, l’église de Saint-Lazare, entourée de bâtiments, domine la plaine de toute la hauteur de trois fines flèches anguleuses terminées par des croix.
Disons ici quelques mots du couvent des récollets, aujourd’hui hôpital militaire Saint-Martin, où nous n’avons pas l’intention de faire entrer nos lecteurs.
La congrégation des récollets (recollecti, recueillis) fut fondée en Espagne, vers la fin du seizième siècle, par un cordelier désireux de faire revivre l’austérité primitive de la règle de Saint-François. En 1600, plusieurs religieux de cet ordre vinrent à Paris pour y établir un couvent; leurs efforts ne furent point couronnés d’un succès immédiat, mais le résultat final dut les consoler de leur attente. Le 4 décembre 1603, les époux Gottard leur firent don de la belle maison qu’ils, possédaient, et, dès le mois de janvier suivant, ils ob tenaient du roi Henri IV l’autorisation de s’y installer Ils construisirent immédiatement une chapelle , e protégés par Marie de Médicis, ils purent bientôt h I remplacer par une spacieuse église; cette dernière, dé diée le 30 août 1614* fut placée sous le vocable de l’An nonciation de la sainte Vierge. Dans cette église fu enterré, en 1676, le duc de Roquelaure, gouverneur d
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la Guyenne, moins célèbre pour la part qu’il prit à la conquête de la Franche-Comté que pour les bouffonneries dont il passe, à tort ou à raison, pour être l’auteur.
Le couvent des récollets abritait une soixantaine de religieux; c’était une sorte de pépinière de prédicateurs appelés à seconder les prêtres séculiers. Pendant longtemps, la marine demanda des aumôniers à cette maison, d’où sortirent aussi des missionnaires.
Outre les dons nombreux qu’il recevait, le couvent avait pour ressources les pensions annuelles de 400 livres que lui payaient les novices, et les frais de profession qui s’élevaient à pareille somme.
Le couvent des récollets a été supprimé par lettres patentes du roi Louis XVI, le 8 juin 1790. Les bâtiments, disent ces lettres, devaient « être provisoirement employés à servir soit de dépôt aux mendiants infirmes, soit d’ateliers de travail pour les mendiants valides ».
En 1802, on y transféra les Incurables-Hommes, qui y restèrent pendant soixante années environ. Aujourd’hui, nous l’avons dit, l’ancien couvent est un hôpital militaire.
Reprenons notre promenade à travers le passé. Quelques années après l’arrivée des récollets, l’arrondissement vit ouvrir l’hôpital Saint-Louis ; plusieurs voies se créèrent dans son voisinage, mais l’aspect général continua àdemeurer celui d’une campagne où quelques bourgeois riches bâtissent leurs maisons de plaisance.
Au milieu du siècle, les faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin sont à peu près construits des deux côtés, mais on y voit plus d’humbles habitations que de
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luxueuses demeures; le faubourg Poissonnière, tracé déjà, mais peu peuplé, n’est qu’une chaussée défoncée, au bas de laquelle, sur la gauche (conséquemment, sur le territoire du neuvième arrondissement), nous voyons une construction que les plans du temps désignent sous le nom de château Frilleux; presque en face, un chemin fuit vers le faubourg Saint-Denis; ce sera la rue de l’Échiquier plus tard. Plus haut, entre nos rues Bleue et de Montholon, s’élève la chapelle Sainte-Anne; vis-à-vis d’elle, et, cette fois, sur le territoire de l’arrondissement qui nous occupe, quelques habitations se groupent au lieudit la Nouvelle-France , lieu dont une caserne a conservé le nom.
Jetons maintenant les yeux sur le plan de Jouvin de Rochefort, dressé en 1672; nous y verrons, parfaitement dessiné, au-dessus de Saint-Laurent, le vaste enclos planté d’arbres, sillonné d’allées, où se tient chaque année la célèbre foire. Au nord de cet enclos, nous remarquons les constructions du couvent des filles de la Charité. Plusieurs voies praticables sillonnent le quartier : ici la rue Caresme-Prenant, là celle des Marais, ailleurs la rue Saint-Maur ; le faubourg Poissonnière commence à se couvrir de constructions ; enfin, au midi de l’arrondissement, apparaît le boulevard Saint-Martin, tout nouvellement ouvert. Laissons passer quatre années encore et le boulevard de Bonne- Nouvelle sera créé à son tour.
Au commencement du dix-huitième siècle, le clos Saint-Lazare forme, derrière le couvent, un vaste quadrilatère entouré de murailles, vallonné, planté d’arbres jetant leur ombre sur de longs rectangles où les
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légumes poussent, où les fleurs s’épanouissent. Près du jardin réservé, on voit un moulin ; à l’extrémité du clos, une butte se couronne d’une petite bâtisse entourée d’arbres, un oratoire peut-être. L’endroit est vénéré, il a sa légende déjà: on assure qu’il était particulièrement aimé de Vincent de Paul, qui venait fréquemment y méditer. L’église, aujourd’hui placée sous son invocation, en occupe la place.
En face du clos, dans le faubourg Saint-Denis, nous voyons une rangée de basses constructions ; elles sont au nombre de quatorze sans doute, car le lieu est connu sous le nom des Quatorze Maisons . Plus haut, du même côté, vis-à-vis du séminaire de Saint-Charles, tourne un moulin; en bas, à l’est, nous voyons un clos et une ruelle qui le borde; le clos est celui des Vinaigriers; la ruelle, devenue rue, portera le même nom plus tard.
A cette époque, toute la partie de l’arrondissement avoisinant l’hôpital Saint-Louis, toute celle comprise entre les faubourgs Saint-Denis et Poissonnière sont sillonnées de voies serpentant à travers les potagers.
Vers 1739, Saint-Lazare n’est plus ce que nous^, l’avons vu plus haut; les bâtiments, dont l’église rompt la ligne droite, se sont transformés et régularisés ; les corps de logis entourent de vastes cours; l’église a perdu ses flèches, elle n’est plus surmontée que d’un clocher émergeant du toit et que couronne une boule surmontée d’une croix; des constructions diverses font suite à la maison; une longue pépinière a été créée dans le clos en bordure du faubourg Saint-Denis. Vers 1670, une caserne de gardes françaises écornera
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cette pépinière au midi; le moulin qui tournait en regard du séminaire Saint-Charles disparaîtra emporté par une autre caserne. Pendant les dernières années du siècle, plusieurs voies publiques seront ouvertes; la rue de Château-Landon en 1770, la rue de Bondy en 1771, la rue de Paradis en 1775, les rues de Lancry et Martel en 1776 et 1777, le passage du Wauxhall (aujourd’hui rue de la Douane) en 1782, la rue de la Michodière (aujourd’hui d’Hauteville) en 1783 ; le chemin conduisant aux buttes Chaumont devient la rue du Buisson- Saint-Louis. Enfin, ne l’oublions pas, c’est à cette époque, le 27 octobre 1781, que la salle du théâtre de la Porte-Saint-Martin, construite en six semaines, ouvre, pour la première fois, ses portes.
Le dixième arrondissement ressentit un des premiers la secousse révolutionnaire; dès le 14 juillet 1789, la maison de Saint-Lazare fut pillée et les religieux dispersés; peu d’années après, elle était transformée en maison de détention. Quant à l’église Saint-Laurent, elle devenait le temple de l’Hymen et de la Fidélité ; une rue voisine, ouverte en 1797, a gardé ce dernier nom.
Le siècle présent devait, dès son début, apporter une transformation importante en ces quartiers, parla création du canal Saint-Martin et des quais dont il est bordé.
La pensée de l’ouverture de ce canal n’appartient pourtant pas à l’époque qui la vit exécuter. Une loi du 29 floréal an X (10 mai 1802), un arrêté des consuls du 25 thermidor suivant (13 août 1802) ordonnèrent le commencement des travaux; aux termes de l’arrêté
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que nous rappelons, ceux-ci devaient être terminés pour la fin de Tan XIII (février 1805). On ne donna pourtant pas suite à ce projet, et ce fut vainement encore que Napoléon le reprit en 1808 et 1810, ordonnant, à cette dernière date, que le canal soit achevé en 1817.
Ce ne fut qu’en vertu d’une nouvelle loi du 5 août 182 1 que le travail fut enfin entrepris. La pose de la première pierre eut lieu le 3 mai 1822; la construction a été dirigée par l’ingénieur en chef Devilliers, sous la surveillance de MM. Tarbé et Brémontier. Inauguré le 4 novembre 1825, le canal fut livré au commerce le 15 novembre de l’année suivante. Le canal Saint-Martin, large de 27 mètres, a environ 3 200 mètres de longueur ; souterrain, maintenant, dans la majeure partie de sa traversée du onzième arrondissement, il est à ciel ouvert dans tout le dixième. Nous voici en règle avec son passé ; quand nous ferons notre promenade, nous ne manquerons pas d’étudier son aspect actuel.
La Restauration, au reste, a fait beaucoup pour l’arrondissement qui nous occupe. Une partie des terrains provenant de l’ancien clos Saint-Lazare ayant été vendue par le domaine de l’État, MM. André et Cottier s’en rendirent acquéreurs; aux termes d’une ordonnance royale du 31 janvier 1827, ces messieurs furent autorisés à ouvrir treize rues et une place. Les tracés furent immédiatement commencés, et ces voies publiques reçurent des noms qui, pour la plupart, ont été changés depuis; ce furent alors les rues de l’Abattoir, du Delta- Lafayette, de la Barrière-Saint-Denis, du Ghevet-de-