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DESSIN DE PAUL MERWART

costume que la tradition leur prête, entourés des attributs du martyre qu’ils ont subi ou de ceux des professions qu’ils exerçaient.

La frise de droite, de dimensions égales, est consacrée à la glorification des apôtres, des martyrs, des docteurs, des évêques et des confesseurs; l’œuvre est conçue dans le même esprit que la précédente et animée d’un mouvement identique, on y retrouve une science égale dans l’arrangement, une égale perfection dans le dessin, autant de suavité et d’harmonie dans la couleur.

Ces frises, peintes sur fond d’or, sont, dans leur ensemble, non seulement une des plus pures inspirations de la peinture religieuse des temps modernes, mais encore le chefd’œuvre du grand artiste qui les a signées.

On pourrait supposer que l’église, après ces magnificences, ne nous offrira plus que des œuvres d’un mince intérêt; il n’en est rien pourtant, et, sous la franche lumière que colorent parfois les reflets rouges ou bleus des belles verrières de MM. Maréchal (de Metz) et Gugnon, bien des toiles et bien des groupes charmeront encore nos regards.

Dans l’entablement supérieur, se détachant sur un fond d’or, interrompue de distance en distance par de jolies figures d’anges, vous verrez une suite de portraits d’évêques d’un très réel mérite et d’un excellent effet décoratif; ces peintures sont signées Lestang-Parade, Laure, Bouterwek, Perlet, Glayre.

Dans le chœur, voûté, élevé de trois marches au-dessus du niveau de la nef, et terminé par un hémicycle, nous retrouverons le nom de Flandrin au bas de deux suaves compositions représentant des anges ailés. Le maître-autel, que décorent plusieurs bas-reliefs en bois de Bosio, est surmonté d’un groupe en bronze de Rude, admirable d’agencement et d’expression : le Christ , la Vierge et saint Jean. Les stalles sont richement ornées de bas-reliefs représentant des saints ; citer le nom de l’auteur de la plupart d’entre eux, M. Aimé Millet, c’est dire avec quelle grâce et quelle délicatesse ils sont exécutés.

Des peintures murales décorent la frise du sanctuaire; elles représentent les sept Sacrements, et nous croyons que M. Picot, à qui elles sont dues, n’a jamais été mieux inspiré par sa pensée ni mieux servi par son grand talent. C’est au même artiste que revient l’honneur de la décoration de la coupole : Jésus entouré des prophètes et bénissant des enfants , une peinture sur fond d’or d’un très saisissant effet.

Au Salon de 1867, M. Carrier-Belleuse obtint la médaille d’honneur avec un groupe en marbre intitulé le Messie ; cette belle composition, ainsi que deux statues de sainte Anne et de saint Joseph , du même auteur, décorent la chapelle de la Vierge.

Ne quittons pas l’église sans nous arrêter devant la chaire, dont l’harmonieuse et riche ornementation est due à Jean Duseigneur, un artiste dont nous avons parlé déjà et pour lequel nous éprouvons une sincère admiration.

L’église a été bâtie sur l’emplacement d’un belvédère que les religieux de Saint-Lazare avaient fait élever et où la tradition assure que Vincent de Paul aimait à s’arrêter pour s’abandonner à ses rêveries; elle était destinée à remplacer une chapelle provisoire qui existait dans la rue de Montholon, et que nous avons vue, plus tard, devenir tour à tour chapelle protestante et brasserie; la première pierre de l’église actuelle a été posée le 15 août 1824. L’architecte Le Père dirigeait les travaux, mais ils furent conduits avec lenteur et bientôt tout à fait abandonnés! M. Hittorff les reprit en 1831, les mena à bonne fin, et l’église fut livrée au culte le 21 octobre 1844.

Dans la rue des Petits-Hôtels, dont quelques grandes bâtisses altèrent maintenant l’ancien caractère, il y a lieu de signaler l’école municipale Bernard-Palissy, fondée jadis par le professeur Lequien. On y enseigne gratuitement la géométrie, la perspective, le dessin, et, dans des ateliers spéciaux, le modelage, la sculpture, la peinture décorative; les cours du jour, aussi bien que ceux du soir, sont suivis par un grand nombre d’élèves dont quelques-uns deviennent souvent de véritables artistes.

Une petite chapelle protestante est mitoyenne à l’école Bernard-Palissy; sa modeste mais assez jolie façade d’ordre corinthien est malheureusement gâtée par des fenêtres voilées de rideaux qui enlèvent à ce petit édifice son caractère de monument consacré au culte.

Nous voici maintenant arrivé devant la gare du Nord.

La gare du Nord, telle qu’elle fut construite en 1846, n’était qu’un bas édifice sans caractère particulier, sans distinction architecturale et dont notre amour-propre est heureux de n’avoir pas à vous entretenir. Réédifiée entièrement en 1865, sur les plans de M. Hittorff, elle est devenue, à tous égards, digne de la grande cité parisienne.

C’est maintenant une construction monumentale, imposante par ses proportions, agréable à l’œil, grâce aux décorations sobrement distribuées qui rompent, sans la briser, la rigidité voulue de ses lignes. On ne peut éprouver devant elle qu’un regret, c’est qu’elle ne puisse, comme sa sœur la gare de l’Est, servir de point final à une large voie.

Il est certain qu’avec son pavillon central, aux larges baies lumineuses, ses colonnes hardies, ses statues se dressant fièrement dans la nue et ses deux jolis pavillons extrêmes,, la façade de la gare du Nord produirait, vue de loin, un fort bel effet.

Il n’en est et n’en saurait être ainsi, prenons-en donc notre parti et arrêtons-nous sur la place de Roubaix, bordée d’hôtels aux grandes enseignes engageantes et de cafés aux terrasses toujours bondées de consommateurs.

De là, notre regard embrassera tout l’ensemble de la construction ; le pavillon principal, dont l’arc central et les deux arcs latéraux semblent aspirer la lumière pour la répandre dans l’intérieur, sur les voies ferrées et sur les quais dont elles sont bordées. Deux couples de colonnes ioniques terminent le pavillon, les pentes du toit s’appuient sur l’arrière de leurs entablements, et deux autres couples semblables, mais plus élevés, rompent la longueur des lignes obliques et séparent la baie centrale des deux baies latérales. Au-dessous des vitrages que soutiennent et divisent des meneaux de

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pierre, règne un clair étage décoré de dix statues de villes françaises: Lille, Arras, Amiens, Boulogne, etc.; d’autres statues reposent sur les entablements des pilastres accouplés; enfin une personnification de la ville de Paris couronne triomphalement le point culminant de l’édifice.

Deux pavillons extrêmes, conçus dans le même esprit que le pavillon central, se rallient à celui-ci par des galeries percées de fenêtres cintrées et décorées de colonnes.

Le pavillon de droite est accosté par un vaste hall vitré, à deux travées, dont les combles, en fines tringles de fer, sont remarquablement élégants ; ce hall sert de station aux fiacres, d’abri aux voitures des messageries, et, grâce aux bancs qui l’entourent, de lieu de repos aux désœuvrés du quartier. Le pavillon de gauche est séparé par une voie, sans issue publique au fond, des bâtiments de l’administration, dont l’architecture, d’une belle ordonnance, mérite un moment d’attention.

A l’intérieur, où nous pénétrons par de larges portes, nous trouvons d’abord une première salle des Pas perdus s’étendant en toute la longueur de l’édifice, et consacrée, en sa partie principale, au service des lignes de banlieue, en sa partie extrême, à droite, à la sortie des voyageurs. A gauche, en équerre longue, étroite, mais haute et claire, se relie à la salle des Pas perdus une galerie où se trouvent les bureaux de distribution des billets et l’entrée des salles d’attente pour les grandes lignes. Ne cherchez ici ni ornements, ni décorations, votre regard ne rencontrera que le blanc de la pierre, le rouge des charpentes en fer, et, sur les murs, les grandes affiches jaunes de la Compagnie et les annonces multicolores de divers industriels.

A quelques pas de la gare du Nord, dans le faubourg Saint-Denis, vous apercevrez la façade de la Maison municipale de santé, plus communément appelée hôpital Dubois, du nom de son fondateur, le célèbre chirurgien.

C’est une institution fort utile aux personnes qui ne peuvent ou ne veulent se faire soigner chez elles et redoutent pourtant la promiscuité forcée des grands hôpitaux.

La fondation de la Maison de santé remonte à l’an 1802 ; installée d’abord au faubourg Saint-Martin dans l’ancien hôpital fondé par Vincent de Paul, elle prit en 1816 possession de l’ancienne communauté des Sœurs grises, rue du Faubourg-Saint-Denis. Expropriée en 1858, elle fut reconstruite dans les excellentes conditions où nous la voyons, par l’architecte Labrouste.

Redescendant le faubourg Saint-Denis jusqu’à la rue de Strasbourg nous nous trouverons bientôt devant la gare de l’Est, et nous pourrons contempler de près ce que tant de fois déjà, au travers de nos courses, nous avons aperçu de loin.

Construite en 1850, sous la direction de Duquesney, un architecte de grande valeur que la mort enleva avant que son œuvre fût achevée, la gare de l’Est était la plus monumentale de Paris, avant que celles du Nord et de l’Ouest eussent été reconstruites.

L’édifice se développe au fond d’une cour demi-circulaire entourée de grilles ; la construction, de forme rectangulaire, est entièrement en pierre et se termine en sa partie centrale par un comble en fer, dont la hardiesse et la légèreté sont particulièrement remarquables. Deux ailes extrêmes, reliées par une plate-forme à balustrade, avancent sur la cour d’une douzaine de mètres ; la Seine et le Rhin, figures allégoriques, s’appuient sur le cadran d’horloge au centre de la balustrade ; une galerie couverte, divisée en arcades, entoure, au rez-de-chaussée, tout le monument ; cette galerie se répète à l’intérieur, à la hauteur du deuxième étage, et, avec ses chapiteaux de colonnes diversement ornés, contribue à l’élégance et à la légèreté de l’ensemble.

Les colonnes qui supportent les arcades extérieures sont surmontées d’écussons finement sculptés, rappelant les armes des principales villes desservies par la ligne, depuis Paris jusqu’à Strasbourg; au faîte du toit, et le couronnant de la façon la plus heureuse, s’élève une monumentale statue ■ de cette dernière ville.

il La construction de la gare de Strasbourg a coûté dix-huit millions à l’État.

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En quittant la gare nous remonterons le faubourg Saint- Martin, large en cet endroit et décoré, comme en toute sa longueur, de gracieuses fontaines en fonte dues au sculpteur Martin, et fondues en 1848 par l’association des ouvriers en bronze.

Une pointe poussée dans la rue Louis-Blanc nous amènera à l’école Colbert, institution similaire à l’école Turgot, que nous avons visitée dans le troisième arrondissement, et aux écoles Lavoisier, J.-B. Say et Arago, que nous aurons l’occasion de voir plus tard ; la rue de Château-Landon et la rue du Chaudron nous ramèneront au faubourg Saint-Martin, tout auprès de la rue Lafayette que nous suivrons ensuite et où nous rencontrerons, non sans surprise, au fond de la cour du n° 214, la chapelle Saint-Joseph, un vaisseau assez vaste, digne, au point de vue de son architecture, d’une situation meilleure, mais à l’intérieur simplement meublé de bancs de bois et décoré de quelques statuettes coloriées et de quelques vases dorés sortant des fabriques du quartier Saint-Sulpice.

Quelques instants nous suffisent maintenant pour atteindre les quais qui longent le canal Saint-Martin : quai de Valmy à droite, quai de Jemmapes à gauche ; tous deux bordés de bâtisses peu élevées ; entrepôts, magasins et fabriques que ! dépassent, de toute leur hauteur, les mâts des chalands j amarrés au bord du canal, ou glissant doucement à sa surface; du bassin de la Villette, où nous sommes, on embrasse toute la partie du canal qui s’étend en ligne droite jusqu’à la rue de l’Hôpital-Saint-Louis, et, si vous voulez vous arrêter quelques instants, si les rayons d’un beau soleil se reflétant dans la nappe liquide vous favorisent, vous jouirez d’un spectacle singulièrement animé. Ici, sur les bords du canal vous verrez des lavoirs où les femmes agenouillées accompagnent de grands coups de battoir les quolibets qu’elles échangent; là, des bateaux que chaque évolution d’une grue mobile allège d’une partie de leur chargement ; plus loin, l’arc de cercle d’un pont, au haut duquel une dizaine de curieux regardent le travail des éclusiers;

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