VOIES NON DÉNOMMÉES
Impasse Rue Sainte -Marthe, 22.
Passage Allant de la rue Sainte-Marthe à la rue de Loos
Rue Commence rue du Faubourg-Saint-Martin et fini
cité de Magenta.
LES
ÉTAPES D’UN TOURISTE
EN FRANGE
PARIS
ALEXIS MARTIN
POPINGOURT
DEUXIÈME ÉDITION
PARIS
A. HENNUYER, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
Droits de reproduction et de traduction réservés.
INDEX ALPHABÉTIQUE
Pages.
Introduction i
Ba-ta-clan 22
Boulevard Richard-Lenoir 22
— du Temple 5
— Voltaire 13
Cirque d'Hiver 5
Église Saint-Ambroise 20
— Saint-Joseph 25
de la Sainte-Famille (œuvre flamande) 13
— Sainte-Marguerite 8
Fonderie Piat 23
Hôpital Saint-Antoine (douzième arrondissement) 11
— Trousseau (douzième arrondissement) 7
Hôtel Moderne 5
Lycée Voltaire 25
Manufacture de papiers peints 4
Mairie du onzième arrondissement 18
Maison mortuaire de Parmentier 24
Place de la Bastille 6
— de la Nation 13
— de la République 5
Prisons : Dépôt des condamnés 16
— des jeunes détenus 16
Rue des Immeubles industriels 11
— de Lappe 6
Square Parmentier 24
Statue du sergent Bobillot 22
— de Ledru-Rollin 20
— de Philippe-Auguste 13
— de Saint-Louis 13
Théâtre du Château-d'Eau 26
Triomphe de la République 13
INDEX ALPHABÉTIQUE
APPENDICE
Délimitation des quartiers de l’arrondissement. — Nomenclature historique des rues, passages, places, boulevards, etc. 29
INTRODUCTION
Cet arrondissement est le huitième de l’ancien Paris augmenté, en 1860, de tout le quartier de la Folie- Méricourt au nord, et diminué au midi d’un îlot compris entre le faubourg Saint-Antoine, le canal, la Seine at le mur d’enceinte démoli à cette époque. C’est sur ['arrondissement tel qu’il est aujourd’hui, que va por- :er notre étude.
Il est inutile de remonter dans un passé lointain pour "etracer l’histoire de ces quartiers. Au dix-septième siècle, en 1655, le voyageur — le mot touriste n’était aas français alors — le voyageur qui sortait de Paris oar la porte du Temple avait sous les yeux la longue Derspective verte d’une foule de jardins maraîchers, )ordant de leurs rectangles quelques chemins abrupts )armi lesquels il pouvait remarquer, au nord de la daine, le chemin du Mesnil, aujourd’hui rue Fontaineu-Roi; au centre le Chemin-Vert, qui, du Mesnil, allait
la Bastille, décrivant des courbes sinueuses sous l’om rage des amandiers; vers le midi, une autre voie, ont la rue Saint-Sabin a conservé la configuration, levant -lui, montant vers Belleville, égayée à son extrénté par les guinguettes de la Gourtille, vieilles alors je deux cents ans, il aurait vu la route qui depuis s’est
INTRODUCTION
transformée en faubourg du Temple. A cette époque encore étaient tracées, mais bordées de fort peu de constructions, les rues de Charonne, de Lappe, Sainte- Marguerite, de la Roquette et Popincourt, cette dernière conduisant à une sorte de petit village, que Louis XIII réunit au faubourg Saint-Antoine et qui s’était formé autour d’une maison de plaisance construite, sous Charles VI, par Jean de Popincourt, président du Parlement de Paris.
Ce village, au reste, était assez peuplé ; il avait son histoire ; on racontait que la maison de Jean de Popincourt, alors habitée par le couvent des annonciades, avait été achetée jadis par les protestants et qu’ils y avaient établi un temple. Ce temple, dans la nuit du 31 décembre 1561, fut pillé, brûlé, et, le 4 avril suivant, à peu près démoli par le connétable Anne de Montmorency, à qui ces exploits valurent le surnom de Brûle-Bancs.
Notre voyageur, on l’a compris par ce qui précède, aurait vu, au lieu et place de cette maison de plaisance et de ce temple, le couvent des annonciades du Saint- Esprit; les nonnes venaient alors de faire démolir une chapelle Sainte-xMarthe, dont elles s’étaient contentées pendant plusieurs années, et l’avaient remplacée par l’édifice en rapport avec leur fortune actuelle, qui devait être plus tard l’église Saint-Ambroise. Mais ce( n’est pas là le seul monument religieux que l’explorateur pouvait rencontrer en ces quartiers. Se dirigeant vers l’est, il ne tardait pas à voir la modeste chapelle bâtie en 1625, par Fayet, curé de Saint-Paul, pour servir de sépulture aux membres de sa famille, et de
uis une vingtaine d’années alors succursale de Saintaul. Un peu plus loin, il rencontrait le couvent des lies de la Croix, tout récemment construit par les lins de Charlotte-Marie d’Effiat. Enfin, tout à fait à extrémité de l’arrondissement, au milieu des champs, ‘averses de coulées d’or par les fleurs de la roquette u tachés d’ombres noires et mouvantes par les ailes e plusieurs moulins, non loin de la magnifique mai- >n de Mont-Louis, aujourd’hui cimetière de l’Est, il Lirait vu le couvent des hospitalières de la Roquette, Lstitution charitable, abri de convalescentes que proigeait la duchesse de Mercœur. De-ci, de-là, dans , campagne, il pouvait apercevoir encore un certain Dmbre de maisons de plaisance : la folie Mercaut 10m dont le temps a fait Méricourt), la folie Régnault itourée de quelques constructions et faisant de loin Æet d’un hameau, la folie Genlis, la folie Titon (une 1e du quartier Sainte - Marguerite a conservé son 3m) et bien d’autres encore, dont il serait superflu de îercher aujourd’hui les traces.
Si ce voyageur ou son fils avait, cinquante ou soixante is plus tard, recommencé la même promenade, il irait pu constater de notables changements dans >ute cette région; bien que l’aspect général soit touurs celui d’une campagne cultivée, il lui eût été facile 3 pressentir que ces champs et ces marais ne tardetient pas à être envahis par des constructions indusielles, bourgeoises et même aristocratiques.
A cette époque, aux voies dont nous avons déjà silalé l’existence et qui sont devenues sensiblement us peuplées, de nouvelles rues se sont ajoutées ;
l’avenue qui longeait l’ancien enclos du Temple, plantée d’arbres en 1670, a quitté son nom de Cours ; elle est devenue le boulevard du Temple et la promenade favorite des bourgeois et des désœuvrés ; le boulevard des Filles-du-Calvaire est créé, les rues des Boulets, de la Muette et Saint-Maur forment, du sud au nord, l’artère centrale de l’arrondissement; la rue Saint-Bernard commence à se construire, et Ton y voit le couvent de Notre-Dame des Vertus, dont les sœurs se consacrent à l’éducation des jeunes filles pauvres ; la rue Basfroi lui fait suite et rejoint la rue Popincourt à la hauteur de la rue de la Roquette. Dans celles-ci, nous rencontrons, à gauche, les couvents des filles de Notre-Dame de Bon-Secours et des filles de la Madeleine ; à droite celui des filles de la Croix. L’église Sainte-Marguerite vient d’être considérablement agrandie; la chapelle primitive ne forme plus guère qu’un dixième de l’édifice; un grand jardin clos de murs l'entoure; au chevet de l’édifice, que décore une flèche peu élevée, nous distinguons quelques bâtiments, une sacristie et un logis de prêtre, sans doute. Les hospitalières de la Roquette se sont agrandies; au milieu des champs, le bâtiment rectangulaire de leur maison entoure une vaste cour plantée d’arbres. Quant aux annonciades, leur prospérité a toujours été croissant, et les bâtiments de leur couvent se sont considérablement accrus.
Le dix-huitième siècle voit augmenter considérablement la population de ces quartiers ; les jardins y son> toujours nombreux, mais les champs commencent è disparaître; quelques moulins tournent encore, mais:
INTRODUCTION
des guinguettes se sont établies auprès d’eux. Quant aux voies publiques, elles se sont multipliées : au nordouest de l’arrondissement, les ruesDelatour, de Crussol, d’Angoulême, de Malte, se sont ouvertes ; dans la partie ouest, les rues des Fossés-du-Temple et Saint-Pierre- Popincourt ont été créées; au midi, se sont formées les rues Daval et de Montreuil, au centre la rue Saint- Ambroise, au nord la rue Pierre-Levée, au nord-est la rue des Trois-Couronnes. Enfin, en 1786, l’Anglais Astley fondait, au faubourg du Temple, ce cirque Olympique, qui devait devenir plus tard si florissant sous la direction de Franconi. Ceci nous amène tout naturellement à causer théâtre, et, par suite, boulevard du Temple.
C’est vers 1758 que s’est créé cet endroit qui, pendant cent ans, fut, à coup sûr, le coin le plus original de Paris et même celui qu’à un certain point de vue on pouvait considérer comme le plus curieux.
Sur le boulevard du Temple, gloire du onzième arrondissement, souvenir bien vivace encore du Paris de aos pères, il serait facile d’écrire un gros volume et de conduire sans fatigue le lecteur jusqu’à sa dernière oage; nous ne disposons que de peu d’espace; c’est lonc succinctement que nous allons tenter d’esquisser on histoire.
Nous l’avons dit plus haut, c’est en 1670 que le cours ut converti en boulevard et devint une promenade à a mode ; très fréquenté par les oisifs, il ne tarda pas à e peupler de pâtissiers et de cabaretiers. A gens qui e promènent, mangent et boivent, il est indispensable ’offrir quelques distractions ; c’est ce que comprirent
INTRODUCTION
les bateleurs; aussi les vit-on bientôt en grand nombre sur le boulevard. Venus pour amuser la foule, ils ne tardèrent pas à l’attirer, et les journées, en ce lieu, furent bientôt remplies par une suite non interrompue de parades, de farces bouffonnes, de tours de gobelets, ! de force et d’adresse. Le succès encouragea les entrepreneurs, et, en 1758, un sieur Gaudon, qui tenait une baraque à la foire Saint-Germain, en vint installer une au boulevard du Temple.
Parmi les acteurs de sa troupe, Gaudon comptait un certain Nicolet, voué à l’emploi d’Arlequin, et dont le j fils faisait la parade. Las de coiffer la perruque en j filasse, de débiter des sornettes et de recevoir des horions sans beaucoup de gloire et pour le profit de son directeur, le jeune pitre résolut de s’établir à son > compte, et, en 1760, il ouvrit une petite salle, mot am- -j bitieux peut-être, car le bois et la toile avaient seuls é fourni les matériaux de sa construction, et là donna les représentations d’un spectacle de fantoccini assez semblable à celui que Servandoni avait monté sous 1 Henri 111. Le succès couronna la tentative du jeune I directeur ; quatre ans plus tard, ayant quelques louis i dans sa caisse, il loua un terrain voisin de sa baraque, et, tout en bois cette fois, fit construire, sur l’emplace- j 1 ment même où quelques-uns de nos lecteurs peuvent | se souvenir d’avoir vu le théâtre de la Gaîté, un nouveau théâtre qu’il appela Salle des Grands Danseurs . L: on jouait des pantomimes, et, dans les entr’actes, sau teurs, danseurs de corde, équilibristes, luttaient d force et d’adresse pour la plus grande joie du public è et captivaient son attention par une suite de tours e n
INTRODUCTION
VU
d’exercices, allant, suivant la devise de la maison : Toujours de plus fort enplus fort!
Gloire et fortune vinrent à Nicolet; en 1767, il était assez riche pour devenir propriétaire du terrain sur lequel s’élevait son théâtre. Brûlée en 1770, sa salle fut immédiatement reconstruite. En 1772, il était appelé à Choisy pour donner une représentation devant la Dubarry, et, à partir de ce jour, son spectacle prenait le titre de Théâtre des Grands Danseurs du Roi. Remarquons aussi qu’aux pantomimes et aux marionnettes du début avaient succédé de véritables acteurs et des pièces joyeuses, pour la plupart composées par Taconnet, un des artistes de la troupe, inimitable dans les rôles de savetier, ivrogne incorrigible, producteur fécond, surnommé en son temps — nous ne savons trop pourquoi maintenant — le Molière du boulevard.
Taconnet mourut en 1774, et la foule désapprit le chemin du Théâtre des grands danseurs. Nicolet ne se découragea pas ; il fit venir d’Espagne des faiseurs de tours de force d’une prodigieuse adresse et releva son entreprise.
Autour du théâtre de Nicolet foisonnaient des salles ; semblables à ce que la sienne avait été originairement. Il est inutile de le faire observer, le spectacle était à peu près le même partout: faiseurs de tours, équilibrâtes, avaleurs de sabres, danseurs de corde, il y en avait pour tous les goûts; mais le côté vraiment original et parisien de ces spectacles était les parades qui i les précédaient ; là, s’étalaient dans toute leur beauté, un peu libres parfois, grotesques souvent, satiriques quand les événements ou les circonstances prêtaient
Vil L
INTRODUCTION
aux allusions et aux critiques, les boniments qui ont fait la joie de nos grands-pères.
Nicolet, réussissant, devait avoir nécessairement des imitateurs; le premier qui, après lui, fonda une salle de spectacle, fut celui dont la concurrence devait paraître le moins à craindre. Cet imitateur de Nicolet, dont le véritable nom n’est pas parvenu jusqu’à nous, était connu sous celui du Grimacier, sobriquet qui nous dispense d'expliquer les procédés qu’il employait pour divertir son public; las d’opérer en plein vent, debout sur une chaise au milieu d’un cercle de badauds, le Grimacier se fit construire une baraque en bois et y continua ses exhibitions. Au bout de quelques années, il s’associa avec un montreur de marionnettes et ne parut plus que dans les entr’actes. Le Théâtre des Associés, ainsi se nommait la nouvelle entreprise disparut en 1776. Quatre ans après, un sieur Beauvisage fit reconstruire la salle et joua des parades, des comédies et des tragédies ou l'on riait . Un Arlequin, qui succéda à Beauvisage, donna son nom au théâtre, qui devint le Théâtre patriotique du sieur Sallé. Provost, comédien de province, qui le dirigeait en 1795, l’appela Théâtre sans prétention. Fermée en 1807, la salle, transformée, devint le café d'Apollon — sorte de spectacle encore, café-concert du temps — en 1815, Mme Saqui obtint l’autorisation de la rouvrir; les représentations se composèrent alors d’exercices acrobatiques et de pantomimes-arlequinades; en 1830, drames et vaudevilles remplacèrent les danses de corde. Démolie en 1841, la salle fut reconstruite en trois mois et rouvrit sous le nom de Théâtre des Délassements comiques , nom qui
INTRODUCTION
n’était point nouveau au boulevard, ainsi qu’on le verra par ce qui suit.
Le troisième théâtre qui s’ouvrit sur le boulevard du Temple fut celui d’Audinot; il prit le titre d 'Ambigu comique . Nous avons conté son histoire en explorant le dixième arrondissement; nous nous bornerons à rappeler ici qu’Audinot eut, comme Nicolet, l’honneur de donner une représentation à Ghoisy, et que ses jeunes acteurs (il n’avait qu’une troupe d’enfants alors) réussirent à faire sourire le blasé Louis XV. Incendié en 1827, on jugea prudent de ne point reconstruire la salle au même lieu.
Sur le boulevard, alors qu’on commençait à le paver, s’ouvrit encore, en 1777, sous la direction de Teissier, un Théâtre de jeunes élèves , qui, sept ans plus tard, passa aux mains d’un sieur Parisot ; cette salie ne réussit que rarement à attirer la foule. Plus heureuses, mais pendant un temps assez court, furent les Variétés amusantes , connues sous le nom de Théâtre Lazari , un
Imime charmant qui en prit la direction en 1792, et se tua de désespoir quand sa salle fut incendiée en 1798.
Le pauvre Arlequin ne fut pas oublié au boulevard, et une salle, que nous avons connue et qui s’ouvrit sous la Restauration, porta encore son nom.
Prospère aussi fut l’entreprise de Gurtius, qui fonda, en 1787, un salon de figures de cire, dont nous aurons : occasion de reparler bientôt.
Nicolet mourut en 1 789, et sa veuve continua l’exploitation de la salle, mais débaptisa le théâtre, qui devint alors la Gaîté . Ribié en fut quelque temps le directeur l et l’appela Théâtre d'émulation . En 1799, il fut admi-