‹ Paris, promenades dans les vingt arrondissementsChapitre 32 sur 40 · FOLIK-MÉRICOURT. — SAINT-AMBROISE. — ROQUETTE. SAINTE-MARGUERITE · texte numérisé non relu

FOLIK-MÉRICOURT. — SAINT-AMBROISE. — ROQUETTE. SAINTE-MARGUERITE

DÉLIMITATION

Une ligne partant de la place de la République, suivant l’axe des boulevards du Temple, des Filles-du-Calvaire, Beaumarchais; celui de la place de la Bastille et du faubourg Saint-Antoine ; celui de la place de la Nation ; ceux des boulevards de Gharonne, de Ménilmontant et de Belleville, et enfin l’axe de la rue du Faubourg-du-Temple jusqu’au point de départ.

Dressé par E .MorietL,

ITINÉRAIRE

POUR LE XIe ARRONDISSEMENT.

Place de la République, les Magasins réunis, hôtel moderne ; boulevard du Temple, cirque d’Hiver ; boulevard des Filles-du- Calvaire, boulevard Beaumarchais, place de la Bastille, rue de la Roquette, rue de Lappe, rue de Charonne, rue du Faubourg- Saint-Antoine, hôpital Trousseau, angle des rues Sainte-Marguerite et de Cotte ; rue Sainte-Marguerite, église Sainte-Marguerite; rue Saint-Bernard, rue du F’aubourg-Saint-Antoine, hôpital Saint-Antoine, rue des Immeubles industriels ; place de la Nation, statues de saint Louis et de Philippe-Auguste ; boulevard de Charonne, Œuvre de l’Hospitalité de nuit; rue de Charonne, église flamande de la Sainte-Famille; avenue Philippe-Auguste, rue de la Roquette, prisons, dépôt des bois de justice ; boulevard Voltaire, place Voltaire, mairie du onzième arrondissement, statue de Ledru-Rollin ; boulevard Voltaire, église Saint-Ambroise ; boulevard Richard-Lenoir, Ba-ta-clan, statue du sergent Bobillot, dépôt des fonderies du Val-d’Osne; rue Oberkampf, rue Saint-Maur, fonderie Piat, église Saint- Joseph; rue du Faubourg-du-Temple, rue de Malte, théâtre du Chateau-d’Eau.

DANS LE ONZIÈME ARRONDISSEMENT

Nous entrons ici dans un arrondissement industriel et manufacturier; avant que la grande percée du boulevard oltaire, le traversant dans toute sa longueur, ait été pratinée, avant que l’avenue Parmentier ait été ouverte, avant ne le canal ait été couvert dans toute l’étendue du bouleird Richard-Lenoir, et que l’avenue de la République ait it sa large trouée, on eût vainement cherché ici de ces instructions hautes, claires, saines, qui, depuis trente ans, mt sorties à profusion du sol parisien.

Dans une agglomération de rues étroites et sombres )mme vous en rencontrerez encore plusieurs dans le fau- )urg Saint-Antoine, n’existaient autrefois, à côté de nomyeuses usines ou fabriques, que de vieilles et noires disses dont le soleil n’avait jamais caressé les pignons émoulus, sortes de casernes exiguës où, dans des conditions fgiéniques déplorables, vivait, sans jour, dans un air vicié, ms une promiscuité gênante, toute une population laboeuse pourtant, mais que la modicité de ses gains et presque ujours de nombreuses charges de famille condamnait à un at voisin de la misère.

Quant aux boutiques, elles étaient de dimensions petites, scures, enfumées; vous pourrez en apercevoir quelqueses encore qui vous rappelleront celles des temps passés : utiques de boulangers armées de fortes barres de fer à xtérieur, boutiques de marchands de vin aux vitres gares de petits rideaux rouges ; les commerces les plus disrates s’exerçaient sous les mêmes solives; comme en ovince, l’épicier vendait de la mercerie et des sabots; la émière, à côté de ses grandes jattes de terre vernissée, éta-

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geait des bouteilles de liqueurs diverses et, le matin, servait

la goutte aux ouvriers partant pour le travail; le charbon-

nier débitait du vin aux ménagères; on trouvait des balais chez le cordonnier, et le perruquier réparait les pendules.

Les joueurs d’orgue de Barbarie, les montreurs d’animaux savants, les faiseurs de tours avaient leur quartier général dans de sordides hôtels. Là, les murs étaient noirs et humides, les escaliers tortueux n’avaient pour rampe qu’une corde à puits; aux croisées, de vieux journaux remplaçaient les vitres absentes; les plus pauvres de ces gens couchaient dans des chambrées; les plus fortunés habitaient, sous le toit éventré, de petits cabinets où l’on ne pouvait pas toujours se tenir debout; une population vagfr bonde dormait à la corde , moyen de repos tout à fait embryonnaire ; figurez-vous une longue salle aux murs jadis blanchis à la chaux, des bancs accotés aux parois, une corde attachée aux deux bouts de la pièce à hauteur de ceinture; la nuit venue, les dormeurs, moyennant deux sous, s’emparent des bancs, allongent leurs jambes lasses, font de leurs bras croisés sur la corde un oreiller à leur tête et, dans cette horrible position, trouvent pour quelques heures l’oubli d’une misérable existence. I

L’espièglerie parisienne ne perd pas ses droits dans ce milieu d’où toute gaieté semblerait devoir être exclue. La meilleure plaisanterie, la charge de fond , consiste, pour l’an des hôtes éveillé le premier, à dénouer tout à coup la cordi qui soutient les dormeurs. Ceux-ci brusquement arrachés;

je

leur somme perdent l’équilibre et tombent à terre; de là cris jurements, apostrophes, rixes, batailles, de là aussi quel quefois intervention de la police, toujours certaine de trouve parmi les combattants un peu du gibier qu’elle chasse.

Mais laissons de côté ces tableaux attristants et retou. nons-nous vers la population fixe de ces quartiers ; elle e autrement intéressante que les bohèmes dont nous venoi de parler ; elle a toutes les qualités et, avouons-le aussi, toi les défauts de l’ouvrier parisien.

Probe, intelligent, travailleur, inventif, l’ouvrier du fa

bourg accomplit avec zèle sa tâche quotidienne; il faut que son atelier ferme ses portes ou qu’une grève se déclare pour qu’il se résigne à l’inaction ; il faut aussi que la nécessité s’impose impérieusement pour qu’il se résigne à ne point fêter la saint Lundi. Quoique toujours grand amateur de discussions politiques, la fièvre qui s’emparait de lui jadis aux moindres commotions semble s’être complètement apaisée. Le faubourg, toujours prêt à descendre sur Paris en 1793, le faubourg qui, aux jours de juin 1848, tint longtemps en échec les troupes régulières, le faubourg est devenu calme maintenant. Au coup d’État de 1851, quelques représentants du peuple essayèrent en vain de réveiller sa vieille humeur batailleuse; au faubourg on travaille, on peine; on va le dimanche manger un jambonneau en famille, au bois de Vincennes; si c’est jour de vote, le père laisse aller devant, pendant quelques instants, la femme et les enfants, entre à sa section, dépose son bulletin et rejoint les ,siens; il a accompli son devoir de citoyen, il ne demande rien de plus. Quant aux grèves dont nous parlions incidemment tout à l’heure, l’ouvrier du faubourg semble avoir renoncé à s’y associer, il en a reconnu l’inutilité.

Il serait fastidieux d’énumérer toutes les industries qui s’exercent ici aussi bien sur une grande échelle que dans de nodestes conditions. La brasserie, la fonderie, les tissus,

’ étamage des glaces ont là des usines et des ateliers immenses ; ’ébénisterie tait vivre à elle seule des milliers de familles; es briqueteries, les marbreries, les entreprises de pavage et e dallage emploient une quantité innombrable d’ouvriers t de charretiers. Enfin le papier peint, dont le faubourg aint- Antoine a vu les premiers essais au siècle dernier, est r evenu l’une de ses plus actives et plus brillantes indusies; secondée par l’art qui lui fournit ses dessins, par science qui l’enrichit de ses découvertes en chimie, ir la mécanique qui lui procure de puissants engins, fabrication du papier peint, telle qu’elle se fait au lau- ;ourg Saint-Antoine, est maintenant sans rivale en Eu- >pe. Notre gravure reproduit très fidèlement l’intérieur

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d’une de nos premières manufactures, celle de M. Follot.

Dans ces quartiers, il est bon de le faire observer, les enfants entrent de bonne heure en apprentissage; leur maigre paye apporte tous les quinze jours, au gain du père, un appoint que la ménagère ne dédaigne pas.

C’est aussi dans cet arrondissement et là seulement que vous rencontrerez une curieuse agglomération de petites in- : dustries s’exerçant en chambre; fier à juste titre du taleni acquis, l’ouvrier parisien aime à devenir son maître, à tra vailler pour son compte.

Dès qu’il a réalisé quelques économies, il achète des outils et des matières premières et se met à confectionner seul ce que jusqu’alors il a fait dans les ateliers; ébénistes, tourneurs, fabricants de poupées ou de cartonnages, vous trouverez de tout cela dans les étroits logements de certaines maisons; la pièce principale sert à la fois d’atelier et de chambre à coucher; dans la seconde pièce, quand il y a une seconde pièce, on mange, on fait la cuisine, les blanchissages, les repassages, etc.

De là sortent parfois des objets non seulement irréprochables d’exécution, mais encore d’un goût charmant, car, nous l’avons dit déjà, l’ouvrier parisien est doué d’un sens artistique très développé. De ces ateliers inconnus partent souvent aussi des fantaisies qui font fureur pendant quelques mois: la question romaine, dont la vogue fut immense jadis, la i fermeture à boules pour porte-monnaie généralement adoptée maintenant; mille jouets, la locomotive routière, le petit livreur, etc., où l’ingéniosité lutte avec la coquetterie, nouveautés de chaque jour de l’an, ont été, la plupart du temps, conçus et fabriqués dans une chambre du faubourg.

Les débouchés sont au reste faciles pour ces ouvriers ; les ; conditions dans lesquelles ils travaillent leur permettant de h céder leur ouvrage à bas prix, les magasins du faubourg et de la ville, sans en convenir, ne se font pas faute d’achetei j les produits dont nous parlons.

Ce coup d’œil général jeté sur l’arrondissement, nous al- Ions maintenant le parcourir.

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