‹ Paris, promenades dans les vingt arrondissementsChapitre 35 sur 40 · REUILLY · texte numérisé non relu

REUILLY

DEUXIÈME ÉDITION

PARIS

A. HENNUYER, IMPRIMEUR-ÉDITEUR

Droits de reproduction et de traduction réservés.

INDEX ALPHABETIQUE

Pages.

Introduction i

Avenue du Bel-Air 1

Caserne Chaligny 14

— de Reuilly 14

Chapelle Saint-Antoine 16

— Saint-Henri 11

Cimetière de Bercy 11

de Picpus 13

Colonne de Juillet ... 3

Congrégation de la Mère de Dieu 13

Couvent des Dames de l’Adoration perpétuelle du Sacré-

Cœur 13

École Arago 12

— Boulle 15

Église de l’immaculée Conception 11

— Notre-Dame de Bercy 11

— Saint-Éloi 14

Entrepôt des vins (Bercy) 10

Gare du Chemin de fer de Lyon 6

— — de Vincennes 4

Hôpital Saint-Antoine 16

— Trousseau 17

Hospice d’Enghien 13

— des Quinze-Yingts 15

Mairie du douzième arrondissement 13

Maison d’arrêt cellulaire 5

— de retraite pour les israélites 13

Manufacture des tabacs H

Orphelinat des jeunes ouvrières 12

Panorama de la Bastille 7

Place de la Bastille 2

— Daumesnil 13

Pont d’Austerlitz 9

INDEX ALPHABÉTIQUE

Pages.

Pont de Bercy 10

Quai de Bercy 10

— de la Râpée 9

Quartier du Bel-Air 1

Rue de Picpus 12

Tombeau de Lafayette 13

APPENDICE

Délimitation des quartiers de l’arrondissement. — Nomenclature historique des rues, passages, places, boulevards, etc. 19

INTRODUCTION

Le douzième arrondissement est relativement jeune ; son territoire ne fut compris dans l’enceinte de Paris que sous le règne de Louis XVI, à la veille de cette Révolution qui devait éclater dans son sein.

Au commencement du dix-septième siècle, tous les quartiers que nous allons parcourir étaient la campagne encore, campagne cultivée, féconde, et qui, dès les temps anciens, avait dû être appréciée pour sa beauté, puisque le roi Dagobert s’y faisait bâtir un palais dès l’an 629. Cet édifice fut probablement reconstruit plusieurs fois en la suite des siècles, car il était debout encore au temps du roi Jean, qui le donna à Humbert de laTour-du-Pin, dernier dauphin du Viennois.

On sait que cet Humbert se fît prêtre et, en 1349, abdiqua sa souveraineté en faveur des fils aînés du roi de France ; c’est à partir de cette époque que ceux-ci portèrent le titre de Dauphin . Quant au domaine, on ignore ce qu’Humbert en fit; il est probable qu’il l’habita peu et ne s’en soucia guère. Au quinzième siècle, ses ruines abandonnées étaient devenues une de ces cours des miracles que l’on rencontrait en nombre dans la capitale et aussi, vous le voyez, dans ses environs.

1 M T U U b U üT ION •

Néanmoins, le bourg de Reuilly ou de Rully ( Rond liucum), assemblage de chaumières autour de la résidence royale, apparaît déjà dans les champs, au delà de la muraille de Philippe-Auguste, et c’est à bon droit que l’arrondissement porte son nom, puisqu’il en fut la première partie habitée.

Non loin de là, vers la fin du douzième siècle, s’élevèrent les constructions, modestes au début, importantes plus tard, de l’abbaye de Saint-Antoine des Champs. Les religieuses, après s’être longtemps contentées d’une chapelle que Robert de Mauvoisin avait construite, obtinrent facilement du roi Louis IX qu’il leur fît édifier une église magnifique.

La maison, devenue abbaye royale, occupait un vaste espace formant une sorte de bourg et, comme toutes les vieilles abbayes, était entourée de murailles et de fossés.

C’est vers ces fossés que Louis XI conclut, en 1465, une trêve avec les seigneurs qui s’étaient armés contre lui pendant la guerre du Bien public. Cette trêve, au dire du roi, fut violée ; pour perpétuer le souvenir de la félonie dont il se prétendait victime, il donna au lieu le nom de Fossé dts trahisons , et y fit élever une croix au bas de laquelle on lisait cette inscription :

l’an mcccclxv

PUT ICI TENU LE LA N DIT DES TRAHISONS ET CE FUT PAR UNES TRESVE QUI FURENT DONNÉES MAUDIT SOIT-IL CE QUI EN FUT CAUSE

Le style de Louis XI manque peut-être un peu de clarté, mais sa mémoire était longue et sa rancune tenace, car ce monument ne fut érigé qu’en 1479, par

INTRODUCTION

un maçon nommé Jean Chevrin, ainsi que le constate le compte du domaine de cette année. Le renseignement est de peu d’importance ; mais ce même compte en donne incidemment un autre plus précieux en nous apprenant que cette croix était placée derrière Saint-Antoine des Champs, près de la grange du roi . Au quinzième siècle, le domaine royal avait donc certainement encore quelques propriétés dans ce quartier.

Au reste, le témoignage de la mauvaise humeur de Louis XI ne paraît pas avoir subsisté longtemps, car c’est au cours de certaines fouilles exécutées en 1569 qu’on a retrouvé les fondations de la croix et l’inscription que nous avons rapportée.

Abandonnons ces temps lointains ; laissons les maraîchers cultiver leurs plants de légumes, les vergers s'empanacher de fruits mûrs, les moulins battre l’air de leurs grandes ailes. Le tableau est charmant et reposé ; par malheur, un jour il s’obscurcira de fumée, s’emplira de bruit, s’empourprera de flammes.

Nous sommes en 1590, Henri de Navarre assiège i, Paris horriblement affamé et s’est emparé de tous les faubourgs. Dans celui dont nous nous occupons, les champs sont ravagés, les vergers détruits, les moulins brûlés; l’abbaye de Saint-Antoine est au pouvoir de la troupe. Le 14 mai, le chevalier d’Aumale fait une sortie ; il attaque le monastère, en chasse les hugue-

!nots et, pour célébrer sa victoire, laisse ses soldats se livrer à un pillage général et emporter, avec les vases sacrés, tous les ornements de l’église.

Trois grandes voies traversent alors l’espace, allant de l’est à Touest: parallèlement au quai, un chemin

INTRODUCTION

ondule au milieu des marais et se dirige vers Bercy ; à l'autre extrémité du quartier, de la Bastille à l’Abbaye, on voit la chaussée Saint-Antoine, qui, ce point dépassé, n’est plus que le chemin qui mène à Vincennes et laisse à sa droite le couvent de Picpus et le village qui naît à ses côtés ; au centre, près d’un tronçon de voie publique que l’on appelle rue des Fossés- Saint -Antoine et qui, prolongée, est devenue le boulevard de la Contrescarpe, s’ouvre la rue de la Planchette réunie à la chaussée Saint-Antoine par quelques voies transversales (aujourd’hui rues Érard et Montgallet) ; plus loin, la rue devient le chemin qui mène à Charenton, et souvent elle est désignée sous le nom de vallée de Fé camp , le territoire qu’elle traverse s’étant, au quinzième siècle, appelé le Bas-Fécamp.

Elle eut, cette vallée de Fécamp, son heure de triste célébrité, grâce à la journée du 26 septembre 1621.

Cet après-midi-là, les protestants, riches en carrosses, pauvres à pied, revenaient de leur temple de Charenton ; une bande de forcenés se précipita sur la troupe paisible, attaqua les voitures d’abord ; mais rencontrant ici une assez énergique résistance et les gens du guet prenant parti pour les protestants, la bande se retourna vers les piétons moins tentants à dévaliser, moins bien armés, moins efficacement secourus, fit main basse sur tout ce qu’ils portaient, puis dépouilla aussi, par la même occasion, un certain nombre de a bons catholiques» passant par hasard ou stationnant par curiosité.

La bataille recommença près de la porte Saint-Antoine, et un ministre, qui essayait de faire entendre

INTRODUCTION

un appel à l’humanité, eut le nez et les oreilles coupés.

Hâtons-nous de le dire, les agresseurs en cette journée n’appartenaient point à la localité. C’étaient, au dire des écrits du temps, des pages, des laquais, des crocheteurs et, sans doute aussi, quelques habitants de la cour des miracles de la rue de Reuilly, qui existait encore à cette époque, tous gens embauchés et payés par les ennemis de l’Église réformée, qui ne rêvaient alors rien moins qu’une nouvelle Saint-Barthélemy.

Cette journée n’est pas unique en son genre dans les souvenirs du vieux faubourg et, bien qu’il commençât à se construire, bien qu’on y vît, dès 1620, la brasserie qui devait plus tard appartenir au fameux Santerre, dès 1634 la manufacture de glaces que protégeait Colbert et les ateliers de divers industriels, la quiétude du quartier naissant ne tarda pas à être de nouveau troublée. Éprouvé par le brigandage et la guerre religieuse, il ne devait pas être épargné par la guerre civile.

Au mois de juillet 1652, le prince de Condé, alors à l’apogée de ses rêves d’ambition, bataillait contre les troupes royales et était vivement pourchassé par Turenne. Il établit son quartier général dans le faubourg Saint-Antoine et, tandis que Lenques, l’un de ses lieutenants, tenait à Picpus, le gros de son armée emplissait les rues, s’emparait des maisons et les perçait pour avancer vers Paris, tout en se tenant à l’abri des décharges de l’artillerie qui venait d’apparaître à la porte Saint-Antoine.

Cette porte fut la seule qui s’ouvrit devant Condé quand, ses flancs et son arrière-garde étant également

INTRODUCTION

pressés par l’armée de Turenne, il dut se décider à battre en retraite, retraite qui ressemblait quelque peu à une victoire, car il rentra dans Paris, à cheval, l’épée au poing, la mine altière, et protégé par les canons de la Bastille, que Mademoiselle, fille du duc Gaston d’Orléans, faisait pointer sur les troupes royales.

Néanmoins, le faubourg continua à se peupler, les rues se percèrent, les maisons se bâtirent. En 1670, un nouveau couvent, celui des Filles anglaises ou de la Conception, vint s’établir rue de Charenton; le 2 juin 1671, la première pierre de son église fut solennellement posée.

Vers 1700, Louis XIV fit construire, à l’entrée de la meme rue, un hôtel pour ses mousquetaires noirs ; en 1780, cet hôtel deviendra l’hospice des Quinze- Vingts. Lors de son édification, peu de maisons l’avoisinent ; des chantiers de bois lui font face ; les ébénistes sont déjà nombreux dans le quartier.

L’impulsion d’accroissement reçue au dix-septième siècle ne devait pas se ralentir pendant les temps suivants. Il semble, à voir alors se multiplier les constructions, se régulariser les voies publiques, s’établir les fabricants et les industriels et pulluler autour d’eux toute une laborieuse population, il semble, disonsnous, que le faubourg pressente sa prochaine adjonction à la ville et qu’il éprouve un vague désir d’en devenir un des plus importants quartiers.

En 1755, on compte déjà, dans le faubourg, près de quinze cents maisons et environ cinq mille six cents familles. En 1770, l’abbaye de Saint-Antoine est agrandie et reconstruite. En 1777, la création d’un marché

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