‹ Paris, promenades dans les vingt arrondissementsChapitre 38 sur 40 · BEL-AIR. — PICPUS. — BERCY. — QUINZE-VINGTS · texte numérisé non relu

BEL-AIR. — PICPUS. — BERCY. — QUINZE-VINGTS

DÉLIMITATION

Une ligne partant du centre de la place de la Bastille, suivant l’axe du faubourg Saint-Antoine, celui de la place de la Nation et celui du cours de Vincennes jusqu’aux fortifications, le pied ;du glacis jusqu’au milieu de la Seine, l’axe de la gare de r Arsenal jusqu’au point de départ .

Les Étapes dan Touriste Paris.

ITINÉRAIRE

POUR LE XIIe ARRONDISSEMENT.

Place de la Bastille, colonne de Juillet, gare du chemin de fer de Vincennes; rue de Lyon, avenue Daumesnil, prison de Mazas ; gare du chemin de fer de Lyon ; boulevard Diderot, place Mazas, panorama de la Bastille, pont d’Austerlitz ; quai de la Râpée, pont de Bercy; quai de Bercy, Entrepôt des vins ; rue de Dijon, église Notre-Dame de la Nativité; rue de la Nativité, rue de Charenton, cimetière de Picpus ; boulevard Poniatowski, boulevard Soult, fortifications ; cours de Vincennes, avenue^de la Nation, place de la Nation, Orphelinat des jeunes ouvrières, École Arago; rue de Picpus, hospice d’Enghien; rue Lamblardie, place Daumesnil, mairie du douzième arrondissement; rue Montgallet, rue de Reuilly, église Saint-Eloi ; boulevard Diderot, caserne de Chaligny (. sapeurs-pompiers ), caserne de Reuilly ( infanterie ); rue de Charenton, hospice des Quinze- Vingts, église Saint-Antoine.

DANS LE DOUZIÈME ARRONDISSEMENT

Bien que cet arrondissement offre moins de monuments urieux à visiter que la plupart de ceux que nous avons arcourus jusqu’ici, nous conseillerons à nos lecteurs de ne oint manquer d’y faire une promenade ; ils verront là aris sous un aspect que nous n’avons pas encore eu l’occaion de leur montrer; les caresses d’un air pur, les chauds ayons du soleil inondant de larges boulevards, la verdure es arbres émergeant au-dessus des constructions, la vue )ujours si pittoresque du fleuve leur offriront une suite 'impressions charmantes et de perspectives inattendues. De larges voies sillonnent l’arrondissement; le boulevard iderot étend sa grande ligne depuis le quai de la Râpée squ’à la place de la Nation ; les quais de la Râpée et de ercy mènent jusqu’au glacis des fortifications par un che- >in égayé du pittoresque tableau formé par l’Entrepôt des ns. L’Entrepôt des vins est une agglomération d’innommables petites maisons qui servent de bureaux aux négoants et d’immenses constructions qui sont leurs magans, tout cela enfoui dans le feuillage des arbres séculaires i parc de Bercy, jadis planté par Le Nôtre.

La ligne onduleuse des glacis gazonnés nous conduira squ’à l’extrémité du cours de Vincennes ; nous touchems alors au quartier du Bel-Air, quartier bien nommé ie traversent le boulevard de Picpus et la gaie avenue 1 Saint-Mandé. Rentrons-nous dans l’intérieur de l’arronssement, les boulevards de Reuilly, de Bercy, l’avenue aumesnil ouvrent devant nous leurs longs horizons, mpés ici par les ponts du chemin de fer de Lyon travermt hardiment la voie publique, bordés là par des con-

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structions au-dessus desquelles circulent, lancés à toute vapeur, les trains du chemin de fer de Vincennes.

La rue de Lyon, large, animée, commerçante, attristée à| son extrémité par les grises constructions de la prison Mazas, nous conduit à la gare du chemin de fer ; la rue de Charenton, sinueuse dans toute sa longueur, étroite à son point de départ, s’élargit vers son milieu et ’devient à son extrémité une voie digne du Paris nouveau.

Le principal commerce de l’arrondissement est le commerce des vins ; viennent ensuite ceux des bois de chauffage et de construction, ceux de la brique et des pavés. Si le quai de Bercy est entièrement occupé par le premier, vous trouverez de nombreux chantiers et dépôts des seconds sur le quai de la Râpée et dans la partie de la rue de Bercy qui longe la voie du chemin de fer de Lyon.

Quant à l’intérieur de l’arrondissement, il a le caractère d’une ville de province tranquille, riche, un peu monacale. Vous y rencontrerez en grand nombre des maisons de santé, des pensionnats, des couvents, des hospices, des casernes, toutes institutions fixées et retenues là par le calme et la salubrité du quartier.

Néanmoins, par la raison que nous avons donnée au début de ce chapitre, notre promenade ici sera relativement courte et nous conseillons à nos lecteurs de la faire en voiture en leur souhaitant de rencontrer — ce qui n’est point impossible — un cocher intelligent.

La place de la Bastille, telle que vous la voyez maintenant, s’est transformée du tout au tout et progressivement depuis la démolition de l’antique forteresse. Bien que l’érection de la colonne qui en occupe le centre ait été commencée en 1831, la place, en 1848, était encore une sorte de désert; le canal, alors découvert, passait entre des quais sombres où il était peu prudent de s’aventurer la nuit venue. Le boulevard Beaumarchais, dont tout le côté appartenant au onzième arrondissement n’était point construit encore, n’offrait aux regards du passant que les hautes piles de bûches des chantiers qui l’occupaient presque exclusivement ; un poste,

incendié en 1848, au fronton duquel se détachait la devise de 1830 : Liberté, Ordre public, s’accotait à droite au parapet du canal. Le boulevard Bourdon fuyait sombre vers la Seine; le faubourg et la rue de Charonne ouvraient leurs voies à peine éclairées par les quinquets fumeux de ces réverbères que l’émeute a tant de fois brisés pendant les dix-huit ans du règne de Louis-Philippe. Dans le coin le plus reculé, à l’endroit où s’élève aujourd’hui la gare du chemin de fer de Vincennes, on voyait un gigantesque éléphant en plâtre effrité, branlant sur sa base, supportant mal la tour qu’il portait sur le dos, abritant dans ses cavités d’innombrables armées de rats. Cette carcasse noire et flétrie par les pluies était le seul reste d’un projet de fontaine monumentale que, sous le premier empire, il avait été question d’ériger au centre de la place.

La première pierre de cette fontaine fut même posée en 1808, par M. Crétet, alors ministre de l’intérieur. Néanj moins, l’idée fut abandonnée, puis reprise, et l’on élabora quatorze projets sans réussir à satisfaire ni le gouvernement impérial ni celui de la Restauration. Les choses en étaient ! là quand, le 27 juillet 1831, le roi Louis-Philippe posa la première pierre de la colonne actuelle. MM. Duc et Alavoine (ce dernier s’était activement occupé des projets primitifs) furent chargés de la conduite des travaux. La colonne, assise sur son piédestal en marbre blanc, surmontée dé son génie en bronze doré, put être inaugurée en 1840.

La colonne de Juillet est, en son genre, un des plus beaux ;monuments de Paris ; un massil circulaire entouré d’une grille sert de base au soubassement carré orné de médaillons de bronze qui supporte le piédestal. Celui-ci est décoré, sur l’un de ses côtés, du Lion de Juillet , œuvre magistrale de Barye, sur l’autre, des armes de la ville de Paris ; aux quatre angles, des coqs gaulois sculptés aussi par Barye. Le fût, couronné par un chapiteau coulé d’un seul jet, qui, à lui seul, est une œuvre remarquable^ porte en lettres d’or les noms de six cent quinze combattants dont les corps, éparpillés un peu partout après la bataille, ont été recueillis et

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placés dans les caveaux. Les victimes des journées de février 1848 y sont déposées aussi. Un escalier large, clair, commode, conduit au sommet; une lanterne occupe le centre de la plate-forme, et le génie de la Liberté, œuvre de Dumont, élève dans l’air son bras agitant le flambeau de la civilisation.

Du haut de la plate-forme, à 52 mètres du sol, on a sous les yeux un point de vue véritablement féerique.

La place, sillonnée de voitures et de passants, prend l’aspect d’une fourmilière en travail ; la rue Saint-Antoine, étroit boyau, se reconnaît aux dômes de Sainte-Marie et de Saint-Paul qui surmontent ses maisons; le canal a l’aspect d’un ruban d’argent que tachent quelques points noirs, grands chalands qu’on prend volontiers de là pour des galiottes microscopiques ; à gauche, la vue, égarée sur la Seine et ses quais, s’accroche aux dômes, aux clochers, aux campaniles, aux tours de la rive gauche et s’arrête, dans un lointain horizon, aux coteaux estompés des campagnes. D’un autre côté, on plane sur le faubourg Saint-Antoine, sur le cours de Vincennes, sur le bois et sur la masse grise du vieux donjon; ici c’est le cimetière du Père-Lachaise, un bois vert piqué de points blancs; là c’est la butte Montmartre couronnée par l’église du Sacré-Cœur ; là-bas, tout là-bas, les clochers de la vieille basilique de Saint-Denis détachent leurs vives arêtes dans la nue.

iVhésitez pas, chers lecteurs, à faire l’ascension de la colonne de Juillet; mais, nous vous le recommandons, n’imitez pas ces pauvres désespérés ou détraqués qui, de temps à autre, se précipitent de la plate-forme dans le vide.

La gare de Vincennes, érigée en 1859, n’a rien de remarquable au point de vue architectural; mais ses accès et ses dégagements répondent bien aux nécessités du service. Le côté pittoresque de cette petite ligne est très intéressant; le quai de départ est situé à la hauteur d’un second étage; les voies courent, rue de Lyon, au-dessus d’un pont immense dont les dessous d’arches sont transiormés en boutiques surmontées d’un entresol; les ponts

surplombent, en les traversant, les boulevards et les rues du quartier; du haut de l’impériale les regards plongent dans les cours des maisons et parfois dans les intérieurs des logis. Point de ligne plus gaie dans tout son parcours; en une heure et demie, elle vous mènera de Paris à Brie- Comte-Robert, s’arrêtant toutes les cinq minutes à peu près à proximité de jolis villages : Bel-Air, Saint-Mandé, Vincennes, Nogent-sur-Marne, Joinville-le-Pont, Saint- Maur, Champigny, la Varenne, etc. Les départs très fréquents permettent aux touristes de rapides excursions dans cette banlieue. Ils ne regretteront point le temps passé.

L’avenue Daumesnil va nous conduire jusqu’aux hautes murailles qui entourent les chemins de ronde de la prison de Mazas, officiellement Maison d'arrêt cellulaire .

Les travaux de la prison destinée à remplacer la Force, dont la démolition s’imposait, ont été commencés en 1845 et terminés en 1850, sous la direction de MM. Gilbert et Lecointe, architectes.

Il s’agissait, dans la pensée de l’administration, d’essayer en France, et sur une grande échelle, le système cellulaire fort en faveur en Amérique.

Les criminalistes et les docteurs ne sont pas absolument d’accord sur les résultats sanitaires et moraux de l’internement cellulaire. Une digression à ce propos dénaturerait le caractère de nos études et pourrait paraître déplacée à nos lecteurs. Nous nous abstiendrons donc et, restant dans notre rôle de visiteur et d’historien, nous nous contenterons de parcourir rapidement la prison pour donner une idée de son organisation.

La façade, dont le mur de ronde ne permet pas d’apprécier la sévérité grandiose, se développe sur une étendue de 200 mètres; elle est d’un style simple, sévère, qui s’approprie bien à une maison de détention. Le bâtiment d’entrée contient les bureaux, l’appartement du directeur, le greffe, les archives, enfin tout ce qui concerne l’administration.

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La prison proprement dite est composée d’un pavillon central autour duquel rayonnent six ailes séparées par des cours et contenant chacune trois étages de cellules; une intelligente disposition permet aux gardiens placés au centre de l’édifice de surveiller les galeries qui s’ouvrent autour d’eux et de répondre aux appels que peuvent, en cas urgent, faire les détenus, grâce au bouton de sonnette placé dans chaque cellule.

La solitude étant ici de règle absolue, les cours dont nous avons parlé plus haut sont divisées en promenoirs où, isolément toujours, les détenus peuvent prendre l’air pendant une heure de récréation qui leur est accordée chaque jour.

Quant aux cellules, ce sont de petites pièces dont un ingénieux système de ventilation, dû à M. Grouvelle, renouvelle constamment l’air; le mobilier, comme bien vous le pensez, est des plus sommaires : un lit, dont toute trace doit disparaître à l’heure réglementaire du lever, une table, un tabouret de bois, un bidon à eau, deux gamelles en fer battu. Un guichet placé au centre de la porte permet à la surveillance de s’exercer constamment; dans le jour la cellule est éclairée par quatre carreaux en verre dépoli; le soir par un bec de gaz.

De grands criminels ont passé par les cellules de Mazas; des personnalités qui n’avaient, légalement, rien à démêler avec la justice en ont connu le dur régime; les représentants du peuple arrêtés pendant la nuit du 2 décembre 1851 sont de ce nombre. Le célèbre financier Mirés occupa, en 1861, deux cellules contiguës de cette prison; il avait obtenu la permission de les meubler à son goût et retrouvait en ce triste séjour une ombre du confort auquel il était accoutumé.

Mais nous voici devant la gare de Lyon, monument inauguré le 12 août 1849 et dont les dépendances, magasins, ateliers, gare de marchandises, dépôts, etc., s’étendent jusqu’à Bercy. Le bruit et l’animation succèdent au silence de la maison que nous quittons; c’est l’heure de l’arrivée

d’un train de grande ligne. Une interminable rangée de fiacres a gravi les rampes de la gare et les véhicules se sont placés en bon ordre dans la cour du débarcadère. Les portes commencent à s’ouvrir; les voyageurs se précipitent vers les cochers,, les retiennent et retournent dans la salle des bagages retirer leurs malles et les soumettre à l’inspection des employés de l’octroi. Le coup de craie libérateur est donné ; de vigoureux commissionnaires se sont emparés des colis, ils s’élancent dans la cour, clamant bien haut le numéro du fiacre retenu; aidés par les cochers, ils assujettissent les caisses sur le sommet du véhicule, reçoivent un pourboire du voyageur et s’en retournent tout prêts à recommencer le même travail. Les automédons rassemblent leurs guides, échangent entre eux quelques aménités, font claquer leur fouet et partent vers la destination indiquée, chantonnant le refrain à la mode si la course est courte, maugréant s’il faut aller loin.

Ce tableau se prolonge pendant une dizaine de minutes; les portes se referment ; cinq ou six cents voyageurs sont entrés dans la capitale, et vous n‘entendez plus, là haut sur les voies, que le sifflet d’une machine en manœuvre.

Ceci, chers lecteurs, ne vous rappelle-f-il pas votre arrivée à Paris?

Un léger crochet par le boulevard Diderot nous permet d’atteindre la place Mazas, un îlot planté d’arbres sur lequel débouche le boulevard de la Contrescarpe et dont le Panorama de la Bastille occupe le centre.

Ce panorama, dû à M. Poilpot, est un des plus ingénieusement conçus et des plus artistement exécutés qu’il soit possible de voir.

En quittant le sombre escalier qui mène à la plate-forme centrale, vous éprouverez un sentiment d’éblouissement et une sorte de griserie de grand air; il vous faudra quelques instants pour vous habituer au spectacle grandiose qui s’étalera alors à vos yeux. — Tout Paris, le Paris de 1792, est là, à vos pieds, et vous le voyez du centre du pont Neuf. La scène choisie par l’artiste pour animer cette reconstitu-

tion de la vieille ville est celle des enrôlements volontaires en 1792, et l’œil est ébloui d’abord par le fourmillement de toute une population aux costumes bariolés ; ouvriers, bourgeois, soldats, grandes dames à pied, en carosse, en chaise à porteurs, à cheval, se précipitent vers le mémo but, le terre-plein du pont, où, près de la statue de Henri IV, se dresse l’estrade pavoisée des enrôleurs.

A notre droite, à la tête du pont, nous apercevons la Samaritaine; nous reconnaissons les logettes qui couronnaient alors les demi-lunes ; nous lisons distinctement les enseignes des industriels qui les occupaient.

Dans la foule apparaissent quelques visages connus : Danton, Robespierre, Camille Desmoulins, Santerre, Mme Roland, Lazare Carnot, le groupe des Girondins.

Retournez-vous et vous reconnaîtrez le quai de l’Horloge, les tours du Palais de Justice et le pont au Change, le pont Notre-Dame avec le haut batiment de sa pompe, la tour de Saint-Gervais, l’Hôtel de Ville, le Grand-Châtelet, la tour Saint-Jacques, le quai de la Mégisserie brusquement coupé vis-à-vis du pont par une percée au bout de laquelle on aperçoit l’église Saint-Eustache, un coin de la colonnade du Louvre et toute la partie du palais qui borde le quai ; au loin, vous voyez le pont Royal, à l’horizon la campagne.

Près de vous, sur le quai Conti, vous reconnaissez le Collège des Quatre-Nations, l’hôtel de la Monnaie, la rue Guénégaud, le clocher de Saint-Germain-des-Prés, l’étroite rue de Nesle; enfin, au-dessus des maisons de la rue Dauphine, les deux tours de Saint-Sulpice.

Sur la Seine, qui coule à vos pieds, passent des chalands et des bateaux; sur les berges, les déchargeurs de bois et de sable interrompent leur travail pour se mêler à l’enthousiasme général.

Vous remarquerez, comme nous l’avons fait nous-même, l’entente admirable qui a présidé à la disposition du panorama. Impossible de distinguer ici le point où cesse la , simulation et celui où commence la peinture murale; tout cela est habilement, harmonieusement fondu et produit un

ensemble très curieux, et d’une grande valeur artistique.

Dans la galerie inférieure, la galerie des supplices , vous verrez une suite de figures de cire représentant diverses façons d’appliquer la torture et de donner la mort : roue, bûcher, décollation chez tous les peuples, etc. En somme, exhibition assez triste. Les figures de cire, si ingénieusement qu’elles soient exécutées, seront toujours guindées d’attitude et incapables de donner cette illusion de la vie que procure la peinture. Celles-ci, il faut le reconnaître pourtant, exécutées sur les modèles de M. Ludovic Durand, sont supérieures à beaucoup d’œuvres similaires. Le jardinet qui se trouve à droite de l’entrée est orné d’un joli groupe du même artiste.

Le pont d’Austerlitz, au pied duquel nous nous trouvons, et dont l’extrémité s’encadre si bien entre les arbres du Jardin des Plantes et les bâtiments de la gare d’Orléans, a été construit en 1802, par l’ingénieur Lamandé, sur les dessins de Becquay-Beaupré; ses cinq arches, en fonte de fer, s’appuyaient alors sur des piles de maçonnerie. Soit que les exigences de la solidité eussent été mal comprises, soit que les matériaux fussent de mauvaise qualité, des ruptures se manifestèrent bientôt et, tant qu’il dura, le pont fut l’objet de réparations presque incessantes. En 1854, sa reconstruction complète en pierre fut résolue; sa largeur, originairement de 12 mètres, fut portée à 18. Sur les ornements qui le décorent on a inscrit les noms des principaux officiers qui ont trouvé la mort à la bataille d’Austerlitz.

Ajoutons que le pont, ouvert en 1807, porta, pendant la Restauration, le nom de pont du Jardin du Roi. Louis-Philippe lui rendit sa dénomination première.

Nous continuerons notre promenade par le quai de la Râpée dont le côté gauche est, nous croyons l’avoir dit plus haut, bordé de basses constructions séparant ou marquant l’entrée d’immenses chantiers de bois et de briques; le côté droit, qui descend en pente douce vers le fleuve, est animé par le mouvement constant des déchargeurs de bateaux, le roulement des lourds camions et les cris des char-

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retiers. Si la vue s’égare de l’autre côté du fleuve, elle s’arrête d’abord sur les longs bâtiments de la gare d’Orléans et se repose avec plaisir ensuite sur les arbres du quai d’Austerlitz. Mais nous voici parvenu au pont de Bercy, qui, en 1835, fut un pont suspendu ; à cette dernière époque, on le remplaça par le pont en pierre actuel, reposant sur cinq arches d’une courbure elliptique fort élégante.

Le quai de Bercy, qui longe la Seine à la suite du quai de la Râpée, est entièrement occupé par l’Entrepôt des vins, situé en contre-bas, et qu’une grille sépare de la chaussée.

C’était autrefois un des coins les plus pittoresques de Paris; des restaurants aux caves fort réputées, celui des Marronniers , entre autres, attiraient là, chaque jour, une foule d’amateurs de bons déjeuners et de dîners copieux; de gaies guinguettes offraient leur hospitalité aux ouvriers du port. C’était une animation incessante, un peu bruyante parfois, mais gaie toujours; c’était une suite de maisons tour à tour hautes et basses, dont les vieux arbres couronnaient les toits; c’était, sur la berge, un empilement de tonneaux descendant jusqu’à la Seine, et, parmi tout cela, le va-et-vient continuel des commissionnaires en vins, piquant les pièces d’un coup de foret, recueillant quelques gouttes de liquide dans leur tasse, le faisant goûter au client et rebouchant vivement le trou fait dans la douve avec un fosset blanc tiré de la poche de leur gilet.

Aujourd’hui, tout est changé; le quai de Bercy est froid et grave, mais, grâce aux surélévations qu’il a subies, tout le quartier — et ceci est à considérer — a moins à redouter les inondations qui Font désolé tant de fois (1).

(1) Si nos lecteurs sont désireux de savoir ce qu’était jadis le lieu dont nous parlons, ils en trouveront au musée Carnavalet une reproduction d’une exactitude rigoureuse. C’est un grand dessin au crayon de Charles Michel; l’auteur l’a reproduit à l’eau-forte en de plus petites dimensions ; mais nous croyons que la planche, dont nous possédons une épreuve, n’a jamais été éditée ; elle doit être entre les mains de l’imprimeur Delatre jeune.

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