NOTICE HISTORIQUE
SUR l'église luthérienne de paris (*)
Lé 1* décembre 162Ô, quelques chrétiens évang&iques, réunis à Paris, rédigeaient et * scellaient de leurs sceaux > un acte qui devait faire con*naître à « tous leurs coreligionnaires habitant cette ville * la nouvelle suivante t
t Le révérend et très savant maître Jôrias Hambri, prédicateur fidèle et théôlogien au service de S. M. le roi de Suède, et professeur royal extraordinaire des langues hébraïque, syriaqtie et arabe à l'Université de Paris, ayant appris que nous étions fort en peine au sujet dè notre culte, ne pouvant suivre dans cette ville de Paris un culte
U) Je me suis servi, pour rédiger cettè notice, des travaux statistiques de M. Kobler, concierge du têftiple dés BiJlettes, ét de trois articles de M. Doumergue publiés dans le Christianisme au dix-neuvième siècle (août et octobre 1873).
conforme à la Confession d'Augsbourg invariata, ledit sieur Hambri, poussé par un zèle chrétien et cédant à nos vives instances, a déclaré que, malgré les occupations que lui cause journellement l'enseignement des langues orientales, il voulait néanmoins se charger de ce service, ce qu'il a prouvé par le fait. »
Tel est le premier acte authentique qui révèle l'existence d'une communauté luthérienne à Paris. Quelle en était l'origine?
Il est probable que cette origine était étrangère, car cet acte est en allemand, et les noms inscrits dans le livre où il se trouve sont ceux de Charles - Gustave , comte palatin, qui succéda, en 1654, à la reine Christine sur le trône de Suède ; d'Oxenstiern , de Jean-Christophe Bismark, seigneur de La Marche, de Kennung de Manteuffel, — et d'un grand nombre de négociants de Nuremberg, de bourgeois de Strasbourg, et de soldats incorporés dans les régiments suisses.
Le Dr Hambri, premier pasteur luthérien de Paris, avait été nommé par le roi de France professeur extraordinaire de langues orientales, et il fut chargé dè la révision de plusieurs ouvrages imprimés à l'imprimerie royale. Il prêchait dans l'hôtel de Grotius, ambassadeur de Suède. Il exerça fidèlement le ministère pastoral de 1626 à 1655, — bien qu'il n'eût pas le titre de pasteur.
Pendant toute la durée de la Révolution (sauf aux plus mauvais jours de la Terreur), les luthériens avaient paisiblement joui des avantages que leur offrait un culte célébré dans la chapelle
d'une ambassade. Et ces avantages leur avaient suffi. Le chapelain de la légation suédoise avait, jusqu'à la loi de 1792, enregistré les actes de l'état civil de ses paroissiens et donné les extraits des registres nécessaires pour les- mariages, les contestations devant les tribunaux, etc. Mais la rupture des relations diplomatiques entre la France et la Suède allait rendre la situation des membres de l'Église luthérienne de Paris bien difficile. M. de Hauterive fit un rapport à l'empereur sur cette question. Il demanda que Ton préparât un < extrait général des actes concernant l'état civil des Français professant le culte luthérien, dont les naissances ont été enregistrées antérieurement à la loi du 20 septembre 1792, par des chapelains étrangers, à ce autorisés. » En même temps que l'empereur rendait le décret ordonnant l'exécution de t l'extrait général, » il demandait en outre à M. Portalis un rapport ou projet de décret pour l'établissement d'une Église luthérienne à Paris.
Ce rapport fut présenté, mais comme il ne s'était appuyé que sur des renseignements incomplets, le décret du 15 août 1806 (signé à Saint- Cloud), qui en fut le résultat, n'accorda aux luthériens qu'un oratoire ou maison de prière, dépendant de l'Église consistoriale du Temple- Neuf à Strasbourg, et desservi par un seul pasteur, auquel étaient alloués un traitement de quinze cents francs et un logement.
Le 4 novembre 1806, un certain nombre de chefs de famille se réunirent pour délibérer sur
les intérêts de leur Église, Ils nommèrent une commission de dix membijôs, parmi lesquels on remarque les noms du général Rapp, de J.-G. Wûrtx et de Treuttel. Cette commission se donna la tâche d'organiser l'Église et de faire modifier les termes du décret du 15 août. Elle adressa dans ce but à l'empereur une pétition signée par cinq cent quatre*vingt douze membres de la communauté, et chercha un édifice convenable pour la célébra* tion du culte. Cet édifice fut l'église des Carmes- Billettes, qui servait alors de magasin de sel. L'àc* quisition de cet immeuble fut autorisée par un décret impérial daté de Bayonne, 22 juillet 1808.
Un mois après, en réponse à la pétition des membres de l'Église, parut un autre décret, daté de Nantes (11 août 1808), par lequel l'empereur ' accordait aux luthériens non plus seulement un oratoire avec un pasteur, mïtfs une Église consistoriale avec deux pasteurs. Ces deux pasteurs furent MM. Boissard et Gœpp.
Le 26 novembre 1809, l'église des Billettes était solennellement inaugurée, — et elle fut pendant trente-trois ans, — jusqu'en 1842,— la seule église * luthérienne à Paris.
. Peu de temps après, les pasteurs luthériens, de concert avec leurs confrères de l'Église réformée, sollicitèrent une audience de M. de Fontanes , sénateur et grand-maître de l'Université. Cette audience leur fut accordée le 9 août 1810 et eut pour résultat de provoquer une enquête sur le moyen d'établir une école au cloître des Billettes. Cette école s'ouvrit le 6 avril 1812, avec
quarante élèves. Elle était gratuite et entretenue par le Consistoire. En 1815, elle était fréquentée par cent élèves des deux sexes, dont quarante appartenaient à l'Église réformée ; car cette école, — chose digne de remarque, — fut, pendant plusieurs années, la seule école publique protestante à Paris.
A dater de cette époque, la prospérité de l'Église luthérienne de Paris alla toujours croissant. En 1850, cette Église avait six lieux de culte, six pasteurs et huit écoles. En 1869, douze pasteurs, quatorze lieux de culte et quarante-huit écoles.
La guerre franco-allemande de 1870 vint malheureusement interrompre le cours de cette prospérité. La plupart des Allemands qui quittèrent Paris par suite du décret d'expulsion, appartenaient en effet à*TÉglise luthérienne. Aussi, en 1871, le chiffre des açtes pastoraux, qui avait été auparavant de deux mille trois cent vingt-sept^ tomba à onze cent vingt-deux *
La brutale annexion de l'Alsace -Lorraine à l'Allemagne porta un coup plus terrible encore à l'Église luthérienne de France tout entière ; nonseulement elle perdit la Faculté de théologie de Strasbourg où se formaient ses pasteurs, mais le chiffre de ses Consistoires s'abaissa de quarantequatre à six, et celui de seô pasteurs de deux cent soixante-dix-huit à Soixante-deux.