‹ Paris qui consommeChapitre 101 sur 114 · SORTIE DES THÉÂTRES · texte numérisé non relu

SORTIE DES THÉÂTRES

c’est la rafraîchissante bouteille de pale-ale; à la place de la grenadine au kirsch, c’est la chartreuse verte; et le saladier de vin chaud devient une flûte de champagne, à moins que ce ne soit toute la bouteille longuement frappée dans le seau à glace.

— Vous sortez déjà?

— Oui, je suis fatigué de ne pas me remuer au milieu de tant de bruit et de mouvement.

Et il s’en va, le monsieur, en songeant que lui aussi, à Bullier, autrefois, il dansait pour son compte, et que le pale-ale était bien meilleur après une valse consommée avec Tata la Marseillaise ou Nini la Frileuse; à présent il serait presque tenté d’envier Valentin le Désossé, qui peut en suer une, comme a dit feu Mac-Nab.

En descendant la rue Blanche, les sortants du Moulin Bouge se grossissent des sortants du Casino de Paris, et place de la Trinité, de ceux du Pôle Nord, où, au meilleur profit de l’alliance russe ( Dogé Tsctru Kruni /) on a toute l’année une Néva digne des patins les plus moscovites.

Et le torrent triplé coule vers le Boulevard, où il va se jeter comme un affluent dans le grand courant de la sortie des théâtres.

A onze heures du soir, au Boulevard, raréfaction sensible des clients, qui rentrent se coucher, « les uns avec leurs femmes », dit la chanson, « et les autres tout seuls » (Hem, est-ce vrai, chanson? — Chanson!)

Mais à minuit, — heure magnifique et archifameuse, heure de la sortie des théâtres, dernier regain de la consommation, de Déjazet à l’Olympia.

Il faut que le temps soit pur! — Car s’il pleut, une seule consommation fera prime : le sapin. Salut, Collignon, tu seras roi! Et pendant un quart d’heure le roi-cocher, sceptre en main, voit de son trône numéroté un peuple de parapluies se courber humblement devant lui, et laisse, dédaigneux, monter vers sa grandeur les supplications de psitt désespérés.

Mais s’il fait beau, les spectateurs qui n’ont pas consommé pendant l’entr’acte, à la buvette ou au café du théâtre, se ruent affamés sur le chocolat.

Le seigneur cacao a l’un de ses temples, un peu vieillot de mise en scène, chez Prévost en face du Gymnase. Tortoni, jusqu’auquel poussent les partisans de la rentrée à pied hygiénique, n’est guère plus neuf.

Le Napolitain (le « Napo »), le Café de la Paix et le

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