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LE 14 JUILLET

Autres nuits exceptionnelles : les 14 Juillet, avec leurs bals en plein vent.

Dans la journée le Parisien enthousiasmé a pu consommer... la revue. Le peuple est venu s’entasser compact autour du champ de courses; à son intention se sont établis là des mercantis, débitant le traditionnel coco, la limonade (à la fraîche!), le sirop de calabre, voire la bière contenue dans un petit fut que , pour le garder du soleil, ils ont couvert d’un « ajoupa » de feuillage. Aux tribunes, un public assez mélangé s’est accumulé depuis dix heures du matin, et attend cinq heures durant qu’on lui montre enfin l’armée.

Pendant ce temps, l’armée consomme.

Voyant qu’il n’y a plus moyen de reculer, qu’il faut enfin jeter un os à ronger au patriotisme vibrant de la population, l’administration militaire, comme à regret, a organisé un bout de revue, aux plus petits effectifs possibles pour que ce soit plutôt fini, avec un programme trop dénué d’imprévu. Amenées à Longchamps avec des précautions dignes de la plus tendre mère de famille, venant partie en chemin de fer, partie à pied, mais de bonne heure pour éviter la chaleur, quelques pincées

d’hommes, — insuffisantes pour imposer vraiment l’idée de la force puissante et la confiance — se livrent à un « sous-bois » dans les allées du bois de Boulogne, et consomment un « repas froid » (prononcez : pain et fromage), pendant que la cantinière, privée désormais d’un costume ridicule mais cher aux populations, verse aux officiers le bock rafraîchissant.

Enfin les troupes ont pris position, tout est paré : le Président est arrivé et le défilé va commencer. Alors le public, calme depuis des heures, devient subitement terrible : tel un fauve à l’approche de la pâture.

L’homme comme il faut, dans la foule, ne tarde pas à prendre les instincts et les brutalités des foules. Voyez dans les bals officiels, quand arrive l’heure du souper, quand l’estomac pressent le foie gras et le champagne : pour franchir la porte du festin, c’est une lutte à mains plates, ou à poings fermés, à coups de coude! Après quoi l’on redevient gentleman comme ci-devant.

Aux revues, il y a un épisode invariablement le même. Chacun veut voir, bien voir. Donc, les spectateurs des premiers rangs sont montés sur leurs chaises; ceux de derrière qui n’ont pas de chaises et ne voient plus rien deviennent épileptiques. Ce sont des cris, des clameurs : Assis! Assis ! Chapeau ! Chapeau ! Ombrelle ! Parapluie ! On ne respecte plus le sexe, on ramasse les graviers qu’on jette en grêle drue sur les femmes des premiers

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