BALS EN PLEIN VENT
syndiqués pour placer des tables propices à l’extinction de la pépie exagérée que provoquent de tels ébats. D’où une consommation redoublée.
Il se peut que des filles en cheveux descendues de quelque cloaque de la Villette viennent taire les belles sur la place de la Bourse, et profitant du laisser-aller de la fête nationale, risquer un cavalier seul sans pantalon, sous l’œil émerillonné du populo.
La sortie des théâtres a eu lieu. Les voitures « chic » ou les fiacres « pas chic », voire les omnibus, ont emporté les spectateurs vers leurs demeures où ils trouvent un en-cas de nuit, quelquefois composé uniquement d’un reste de fromage.
Mais il est certaines gens qui, excités par un ciel constellé, — ou toute autre cause, — sont bien décidés à prolonger leur éveil jusque fort avant dans la nuit.
Ce sont les noctambules. Les uns le sont, semble-t-il, par profession*, d’autres seulement par occasion.
Ceux que nous appelons noctambules professionnels ne sauraient se passer d’une course errante de cabarets en cabarets, de Montmartre au Boulevard, ou au quartier Latin (là cette course errante prendra plutôt le nom
pittoresque de vadrouille, d’où le gai verbe vadrouiller : « Nous avons vadrouillé jusqu’à trois heures », etc.).
A Montmartre, le professionnel noctambule termine son expédition par une visite au père Rossignol. C’est un cabaret qui, tout en étant clos, demeure ouvert. Une chaîne appendue au mur fait résonner une cloche. Le patron arrive. Si votre figure a l’air suffisamment montmartroise, vous pénétrez par une allée dans une salle où, autour d’une table à manger recouverte de sa toile cirée, des êtres disparates boivent des litres jusqu’à six heures du matin ; poètes ou cabotins, escarpes ou cambrioleurs, plus ou moins accompagnés de filles étranges.
C’est la fameuse station finale des enragés noctambules. Station que l’on retrouve au Château-d’Eau (rue de Lancry, dans un caveau) mais là, clandestine.
Au quartier Latin, la station finale a lieu dans les tartines et les laits. Le « lait » attient à une boulangerie qui, venant d’ouvrir matineusement , offre ses petits pains chauds. Il est deux ou trois « laits » qui furent et sont encore célèbres.
Au Boulevard les noctambules professionnels ne font guère que passer, ils ont un autre cycle à parcourir. Y viennent plutôt les occasionnels, ceux qu’une aubaine a rendus momentanément opulents et dignes enfin de rêver l’orgie romaine et d’en essayer la réalisation , moyennant force bouteilles de champagne payées, en