APRES LE COTILLON
évolutions du cotillon, firent très patiemment tapisserie.
Et c’est peut-être simplement le filet froid , le jambon, foie gras, salade russe; peut-être aussi les consommés aux œufs pochés, cassolettes de ris d’agneau, homards en bellevue, chauds-froids de mauviettes, crèmes d’asperges, aspics de foie gras glacés; tout un dîner avec prédominance de plats froids qu’on attaque avec appétit d’abord, puis qu’on délaisse pour boire le bordeaux léger, ou le champagne frappé dont les bulles remontent lentement dans le cristal des flûtes ou des coupes.
Heure suprême, exquise, où sous la triple influence de la valse, de la consommation, de la fatigue, toutes les femmes ont l’œil brillant et la pose alanguie. A cette heure où les hommes paraissent aimables, empressés? entreprenants, il semble que la voisine avec laquelle on valsa plusieurs fois, ou même que la loi du cotillon vous donna pour légitime compagne pendant une nuit de fête, se prêterait volontiers, ô surprise ! ô espoir ! à quelque flirtage. On la sent tout près de soi, dans une capiteuse atmosphère, avec un peu de griserie dans les yeux.
Et ce sont des petits soins, de douces prévenances, pour accompagner sa danseuse jusqu’au vestiaire...
Soudain, au passage d’une porte, le jour se montre. Alors, brusquement, en une seconde, la poésie et l’espoir s’envolent. Réalité ! les maris sont là qui reprennent leur proie. Écroulement! sous la lumière naturelle, les tons animés des chairs deviennent livides, les hommes sont verts, les femmes ont aux joues des plaques violettes. La nervosité s’éteint subitement, la tenue reprend tous ses droits, la fatigue et ses ravages apparaissent.
Et tandis que s’en vont, dans l’atmosphère bleue ou grisâtre du premier matin, les voitures, nobles landaus ou maraudeurs abjects, emportant de vagues entassements de pelisses, de snow-boots, de paletots à collets relevés, de gibus, et de têtes somnolentes, le flirteur célibataire, un cigare aux dents, s’en retourne pédestre et rêveur, se rappelant les doux propos de la soirée, poursuivi par des obsessions de valses, et rentre dans son petit rez-de-chaussée ou son entresol vide , — sans femme et sans espoir!
La tête d’un condamné tombant sous le couteau de M. Deibler est une consommation rare, pour laquelle les privilégiés de la finance, de la politique et de la presse se disputent les numéros.