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BRASSERIES ALLEMANDES

On est assis sur des bancs durs devant des tables de bois verni, sur lesquelles inamoviblement se prélassent, en des assiettes de faïence, ces gâteaux contournés en huit, secs comme un jour d’échéance, et saupoudrés de sel, les bretzel , qui aident l’estomac du buveur fanatique à s’archi-remplir alors qu’il est déjà plein.

Car, différence capitale, la bière a la propriété de pouvoir être absorbée, non seulement jusqu’à « plus soif» mais bien au delà; tandis que le vin, le vrai rouge ou le faux bleu, ne peut être ingurgité que dans des proportions limitées par la capacité stomacale. Celle-ci dépassée, le viscère se met carrément en insurrection, et le vin est expulsé brusquement et de force. Vous m’avez compris. Mais avec l’excès de bière, point de ces révoltes; il coule, descend doucement, et s’élimine par le jeu d’une glande que les Teutons, et à leur suite les biéromanes français, font travailler en permanence : c’est le célèbre rein allemand .

Pour être juste, on trouve là les Fliegende-Blætter : ce journal amusant de Munich, possédant quelques dessinateurs bizarrement exquis, nous fait oublier l’atmosphère énergique des pipes de faïence. Parfois aussi, l’après-midi, quand la brasserie est presque déserte, on surprend un tableau pseudo-hollandais qui ne manque pas d’un certain charme provincial. La patronne et ses deux filles, ayant délaissé le comptoir obscur, se tiennent assises à une table

vicie de consommateurs, près de la porte, et cousent on ne sait quoi, en baragouinant. Ah! le touchant tableau de paix, cette famille commerçante et hilare qui peut-être est en train de nous souhaiter avec bonhomie les pires catastrophes, et jouit sans crainte de notre hospitalité si facile et si douce!

Les autres brasseries allemandes, éparses en divers quartiers, sont fréquentées surtout par des Français dont le palais n’a point voulu s’accoutumer aux bières françaises telles que la Comète , le Faucon ou la Tantonville , et qui préfèrent la Niederbrau de Munich , la Pilsen de Hongrie ou la Fanta de Vienne.

Que ces brasseries s’appellent Dreher, Muller, Zimmer, à l’allemande, Pousset ou Ducastaing à la française, on a généralement le même décor de tables et bancs de bois, les mêmes soucoupes feutrées, les mêmes bretzels secs comme un coup de trique destinés aux estomacs rebelles à l’inondation ; seulement on y entend le français. Souvent émaillé de solécismes, mais enfin le français !

Dans ces temples de l’inondation jaune ou brune, on peut voir parfois s’étaler sur une affiche démesurée le nom de Salvator; on ajoute à ce nom la mention : « est arrivé! » Salvator est arrivé !

« Salvator » est la joie des fanatiques de la bière. C’est tout simplement une brasserie de Munich dont les envois

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