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LE MARCHAND DE VIN

dévorants. Ah ! mais voilà! ils ont flairé une consommation extraordinaire : une interpellation du meilleur tonneau, un Panama retour de l’isthme, un scandale à quatre-vingtdix degrés centésimaux. Mieux encore, une friandise suprême: il paraît qu’on va consommer le ministère!

Vers trois heures, les jours de semaine, le cycle de la consommation arrive à un « point mort », ou, comme disent les gens qui ramènent tout à des « graphiques », la courbe de consommation est à sa dépression minima.

A quatre heures le point mort est franchi et la courbe se relève en reprise sensible. C’est le moment où, dans certains corps d’état , le brave ouverrier, prenant une récréation d’un quart d’heure, ira se restaurer d’un verre chez le marchand de vin.

Le marchand de vin! l’un des grands facteurs de la consommation, la brasserie et le café étant les deux autres.

Puissance cabalistique du nombre trois! On le retrouve en tout. Café, Brasserie, Marchand de vin : trinité qu’Hugo n’eût pas manqué d’appeler un « triangle formidable », et où il nous eût sûrement montré, suspendu sur la tête, ou mieux, sur l’estomac de l’humanité, un « triple

anankè » : l’anankè de la bière, l’anankè du vin, l’anankè de l’alcool!

L’anankè de la bière, nous le connaissons, il s’explique d’un mot : salicylage.

L’anankè du vin eût été défini par Hamlet en ces deux termes : En être ou ne pas en être. Pour ne pas assombrir le tableau et pousser les choses au pis, mettons que le vin, le vin du marchand de vin, en est souvent : coupage d’un vin du Midi savoureux, alcoolique et coloré, par un petit vin du Centre clair et aigrelet; le tout allongé d’eau. Mais il se peut que le vin nen soit pas : simple décoction tinctoriale alors, additionnée d’un vénéneux alcool.

L’anankè de l’alcool! c’est le plus redoutable.

Ethylique, méthylique, amylique, voilà le secret en trois mots, aurait dit Figaro. Et encore c’est un de trop. Croire que l’alcool sera éthylique, sera ce bon et loyal alcool de vin qui jadis donnait l’ivresse bénigne, c’est chimère. Restent les alcools de betterave, de pommes de terre, de grains, de bâtons de chaises, de tout : — les funestes alcools méthylique et amylique, produits chimiques livrés au genre humain aggravés d’éléments mal connus mais sûrement nocifs, et aromatisés, mis au point et au goût, par des bouquets et des essences qui sont d’effroyables toxiques !

Donc, nos ouvriers à blouse bleue ou blanche, à quatre

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