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FÉDÉRÉ ET TREMBLEMENT DE TERRE

munir d’un très grand verre, et d’aller recueillir quelques gouttes au robinet de cinq, six tonneaux pris au hasard, et d’avaler ce breuvage composite. D’autres, plus solides encore, laissaient tomber dans leur urne les liqueurs des quarante tonneaux. Cela, n’ayant plus de nom dans aucune langue s’est appelé d’abord, (lecteur, ferme à demi tes oreilles et retiens ta nausée,) un dégueulé de pompier mais, comme le nom de pompier fut plus tard attribué au mélange de vermouth et de cassis, on donna le titre définitif de fédéré à cet amalgame insolite, que d’intrépides estomacs absorbaient sans nulle souffrance apparente, mais où se trouvait en puissance quelque futur cabanon à Sainte-Anne où à Charenton.

Parmi les boissons féroces, à côté des cidres innocents, des poirés mousseux, et de la timide eau de Seltz que l’on jette bruyamment dans une grenadine au kirsch ou dans un guignolet (liqueur de cerise) ; à côté du punch Grassot qui ragaillardit les frileux avant de leur poisser l’estomac, et du grog américain réservé aux richards, signalons ce perfide et affreux mélange d’absinthe et de café, appelé d’un nom effroyable : le tremblement de terre.

Après cela, il n’y a plus rien.

Si! Il y a l’ivrogne triste qui, une nuit, au moment de l’extinction du gaz, demanda d’une voix rogommée un kirsch qu’il avala d’un trait. Quand il fut parti, le patron vit avec effroi que le garçon venait d’offrir à ce client un petit verre de pétrole. Ce fut une nuit d’angoisse. S’il allait en crever! Le lendemain, à la même heure, réapparition du pochard, qui redemande un kirsch. On lui sert du meilleur, du kirsch-patron, pour lui faire oublier la mésaventure de la veille. Il boit gravement, fait une demi-grimace et, à l’ahurissement du mastroquet, sort en proclamant : « On ne peut pas être bien servi deux jours de suite! »

Invraisemblable? Non. Tels sont les estomacs tannés de certains buveurs, véritables estomacs-alambics.

Et la preuve : voici le buveur d’éther, cherchant à dose légère l’ébriété gaie, loquace, et trouvant, à dose augmentée, les attaques de convulsions épileptiformes, en attendant que vienne, au dire des aliénistes, la folie

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