L’ÉTHER
ou la mort subite. La dose ordinaire varie entre cinq et dix grammes, mais on en prend ordinairement de trois à six doses par jour. Les uns boivent l’éther entre deux gorgées d’eau; les autres l’absorbent pur, se bornant à se boucher le nez en avalant; certains consomment jusqu’à un demi-litre d’éther ; et d’autres enfin préfèrent un mélange d’éther et d’eau-de-vie.
Nos Parisiens devront à l’Irlande ce nouveau mode très dangereux de consommation. L’origine de cette coutume est assez curieuse. A la suite d’une campagne entreprise, en 1842, par le Révérend Père Mathews, à Draperstown, contre l’abus du wisky, les habitants répudièrent leur boisson favorite, mais la remplacèrent par une liqueur de même couleur et de même nature, l’éther. Peu à peu, cet usage fou se répandit dans toute l’Irlande, surtout dans les classes pauvres et parmi les catholiques.
A Paris, chez les horizontales distinguées et raffinées, on mangea, durant l'été de 1892, des fraises à l’éther.
Nous parlions tout à l’heure d’académie, à l’occasion de celle des Quarante Tonneaux. Pour déblayer d’un trait la matière académique, arrêtons-nous rue Bonaparte,
non pas à l’école des Beaux-Arts, mais la porte en face. Là, dans cette « Maison de vins » (mastroquet d’ordre supérieur), se firent les fameuses réceptions du nouveau. Le nouveau doit régaler l’ancien. Que ce soit un nouveau peintre, un nouveau sculpteur ou un nouvel architecte, il faut qu’il y aille de sa tournée. C’est joie pour le bistro de voir l’apparition du nouveau, surtout s’il est architecte; car, si, comme l’étudiant en médecine, le peintre est rarement riche, et le sculpteur, le « boueux », encore moins, le futur architecte, comme l’étudiant en droit, est souvent très calé. Au lieu de feutres mous et de bérets étranges, c’est le chef orné du haut-de-forme, le torse enveloppé de la blouse symbolique, et le T en main, que la « bâtisse » vient boire. Et pour le patron de céans, quand la bâtisse vient, tout va.
Le mastroquet nouveau-jeu s’appelle Dégustation.
Pendant que les grands cafés dorés du boulevard, les cafés solennels à table de marbre blanc, faisaient place aux brasseries sombres décorées de panneaux bruns, de tables de bois brun, les marchands de vin du vieux-jeu, les marchands de vin peints en rouge, s’égayaient peu à peu de couleurs claires; le comptoir large prenait une