LA QUESTION DE L’EAU
siècle, et dont céans les poissons ne veulent plus. Eh bien! oui rare et rarissime. Et la question de l’eau se résume dans ce paradoxe apparent :
Quand Paris n’avait pas d’eau, Paris avait de l’eau. Depuis que Paris a de l’eau, Paris n’a plus d’eau.
Quand Paris se trouvait réduit à la portion congrue , à la voie du porteur d’eau, à la classique fontaine des cuisines, Paris avait toujours de l’eau, parce qu’il la ménageait.
Quand on a décuplé la ration de l’eau, le Parisien, malin, a centuplé ses besoins. Après la parcimonie du lavabo, la prodigalité du tub. Après l’économie de certain rinçage au broc, la profusion torrentielle du tout à l’égout.
Et l’arrosage admirable des voies publiques, qui ne cesse même pas les jours de pluie, et ne fait défaut, tout au plus, que les jours de canicule et d’extrême poussière, quand on en aurait le plus absolu besoin !
Ah! mais, voilà! les ménagères ont calé le robinet.
Le calage du robinet est une manigance machiavélique qui, empêchant ledit robinet de se refermer, laisse couler l’eau jour et nuit. Le jour, on emploie ainsi plusieurs mètres cubes d’eau dans l’unique but de refroidir une carafe. La nuit, l’eau coule à cette seule lin que le lendemain matin on ne la trouve pas échauffée dans les tuyaux! Et puis le bruit de l’eau qui coule est rafraîchissant! Jets d’eau poétiques, ô cascades!
Et c’est pourquoi l’Administration se voit obligée d’annoncer, juste au plus fort de la chaleur, qu’elle ne peut point fournir la quantité suffisante, et de nous recommander l’économie. Cette annonce, qui provoque un tonnerre de malédictions, (mettons : de gouailleries), — comme il arriverait pour une compagnie d’éclairage renonçant à éclairer en décembre parce que les nuits sont trop longues, — possède cependant une vertu magique : elle fait pleuvoir. Elle précède en effet de peu la fin des chaleurs, et l’Administration manque ainsi toujours une belle occasion d’attendre et de se taire.
Mais le calage du robinet est près d’avoir vécu. Ménagères, gare au compteur!
Donc, Wallace est venu, qui ne pouvant offrir au siècle du Progrès un vin non pas rare (il est toujours facile de fabriquer du vin; il est très difficile de faire une eau pure) mais suspect, a offert cette eau que boivent les truands altérés, et les braves hommes de peine, et les travailleurs et les ouvrières, et les enfants au sortir des écoles, et les traîneurs de carriole, les marchands des quatre saisons égosillés, et les poètes pannés (en portant mentalement la santé de Villon). Parfois peut-être un escarpe, après un mauvais coup, a lavé ses mains sous l’œil sans prunelle des ondines!
Et 1’ « eau à tous les étages » ayant acquis la pire réputation , la sage ménagère envoie sa bonne ou sa