‹ Paris qui consommeChapitre 25 sur 114 · LE MICROBE · texte numérisé non relu

LE MICROBE

fillette faire une provision d’eau, présumée sûre, à la fontaine bienfaisante.

Oui, on sait partout que les jours où l’eau se fait rare, l’Administration pratique, sans sourciller, l’assassinat, l’empoisonnement avec préméditation. Cette Brinvilliers anastomose la canalisation et substitue l’eau de Seine à l’eau de source. Elle se croit quitte parce qu’elle prévient (parfois!) : Colardeau , méfie-toi, je vais te porter un coup! Quelques jours après, le quartier est infecté de fièvre typhoïde. Mais le comble est ceci; au bout des fameux vingt jours, tous les tempéraments déprimés, tous les « terrains préparés », en un mot tout ce qui dans ce quartier était marqué pour être la proie de la typhoïde, l’a été. Le poison y est désormais inoffensif, faute de sujets. A ce moment, l’Administration lui rend l’eau de source et dirige l’eau de Seine et la fièvre typhoïde sur un autre quartier!...

C’est à donner le frisson. Je me sens mal à l’aise. Vite, un peu d’eau fraîche; d’eau Wallace, bien entendu!

Ici, la Science intervient. Malheureux, qu’allez-vous faire? et que pensez-vous boire? L’anankè de l’eau — même Wallace — va planer sur vous. Et l’anankè de l’eau, c’est le total de tous les anankès connus. C’est le microbe! Le microbe de toutes les maladies. Les micrococcus (la Science, par simple euphonie, nous a fait grâce des macrococcus , microbes pour boulevards extérieurs), le

streptococcus , le pneurnococcus , tous les coccus, et les bons bacilles en virgule, en accents, en bâtonnets, le microbe de la pneumonie, de la phtisie, de la diphtérie, et de la scarlatine, et de la rougeole, de la variole, de l’érysipèle, du tétanos, des abcès, de l’influenza, du choléra, du tænia, ou même du mal de dents (ne riez pas, il existe!).

Pour éviter tant de maux, un seul remède, le filtrage; mais un filtrage sérieux, une « pastorisation ».

Et c’est ainsi que Paris tomba du filtrage dans la stérilisation, et de la « bougie » dans l’eau bouillie, et de l’antisepsie dans l’asepsie. Et l’on vient d'avoir, dernier progrès, certaines fontaines Wallace filtrées.

Ce ne fut point encore suffisant. L’usage des filtres Pasteur (Chamberland) , devenu général, ne rassura pas complètement. La méfiance envers l’eau, la terreur du microbe pathogène, le manque de foi dans le bon microbe, celui qui doit dévorer, dit-on, le mauvais par « phagocytose » (le microbe qui consomme, quoi!) jeta la portion fortunée du genre humain dans l’usage exclusif des eaux minérales, poussé à un point caractéristique du temps actuel. On prit comme boisson courante toutes ces eaux qui se disent toniques et reconstituantes et se recommandent elles-mêmes contre la gastralgie, la chlorose , l anémie, la constipation , les engorgements des organes abdominaux , le diabète, /’ albuminurie , la dysenterie , les calculs biliaires, la grave lie, le catarrhe bronchique et vésical, la scrofule,

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