‹ Paris qui consommeChapitre 29 sur 114 · LA QUESTION DU LAIT · texte numérisé non relu

LA QUESTION DU LAIT

Puteaux, et que (comble d’horreur!) on se sert pour leur fabrication de l’eau méphitique de la Seine.

Le lait, indépendamment de la question « microbe », n’échappe pas à ce reproche bien parisien. Il a la réputation d’être non pas seulement en eau, mais en plâtre, en chaux, en céruse, en cervelle pilée, en extrait de Saturne, enfin en toutes sortes de choses, excepté en lait vrai, pur, sortant du pis de la vache.

Pour s’épargner une telle obsession, et en dehors du cas où le lait d’ânesse est une consommation indiquée, c’est du lait de vache tout frais que souhaitent boire les bébés petits et grands, et leurs mères. On va le déguster à la vacherie du Pré-Catelan. Là, le lait crémeux est cueilli sur l’arbre, pourrait-on hasarder. C’est, pour le coup, la pure nature.

11 y a pourtant (pas au Pré-Catelan, hâtons-nous de le dire) telles vacheries dont le lait, si naturel soit-il, est inférieur au lait normand, ou breton; c’est celui des vacheries où les bêtes sont nourries de détritus d’usines, de tourteaux.

De même les œufs les plus sincères sont atroces si la poule a été nourrie de hannetons.

Consommer du hanneton, même à travers ce fdtre qui s’appelle la poule pondeuse, est une chose redoutable et nauséabonde.

Voici donc les mères, les fdlettes, et les nourrices

buvant le lait chaud et léger qu’on vient de traire sous leurs yeux. Mais où sont les fils?

A côté, sur le vélodrome. Dédaignant l’absorption du lait, ils ont loué et enfourché le bicycle, en consomment deux ou trois heures consécutives, et se préparent à grossir l’effectif inouï de nos vingt-cinq ou trente mille cyclistes.

Loin de nous le « potache » arriéré, fort en thème, mais malingre, qui ne connaît comme exercice de corps que la promenade rotatoire dans la cour, en consommant le pain de la récréation de quatre heures et le chocolat ou les dattes apportées au parloir par les parents. Place à l’élève moderne, qui se prépare au Lendit. Dans un collant jersey, bras et mollets nus, musclés en athlètes, juniors et seniors, grands coureurs, forts sauteurs, rudes canotiers, latinistes de deuxième ordre, cyclistes incomparables, qui demain dépasseront le dernier record connu et inscriront dans les fastes leurs noms glorieux à la suite des Cassignard, des Stéphane, des Corre, et des triomphants Terrontî

Les vieux universitaires « la trouvent mauvaise ». Pas logiques, les vieux universitaires. Pourquoi ont-ils passé des siècles à juger merveilleux que les adolescents Hellènes fissent du pugilat tout nus devant les dames, et à trouver admirable que la Grèce se passionnât pour les recordmen des jeux olympiques?

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