LUNCH
double zéro, peut-être le koumiss, avec les liqueurs balkaniques, le raki, le zwicka : on dévorera du caviar, du sterlet froid et des anchois de Norvège, absorbés jusqu’à ce que ces exotiques apéritifs si étonnants aient bien définitivement éteint l’appétit.
Ainsi advint-il à un mien ami, chez des Polonais : après avoir ingurgité toutes sortes de nourritures épicées et bu du kummel, du raki et du zwicka avec frénésie, il se sentait faible pour passer de ce salon si apéritif à la salle à manger où on le conviait. Heureusement, il aperçut le maître de la maison qui, tenant une grande carafe d’une main, emplissait d’un liquide incolore un verre qu’il tendait aux convives passant à sa portée. Ceux-ci avalaient d’un trait ce verre en exprimant une vive fraîcheur. « De l’eau! de l’eau! enfin de l’eau claire ! » pensait mon ami. Il s’avança, saisit le verre, le but d’un trait. C’était du kirsch (ô Pologne !)
Le five o'clock tea le plus usité consiste très simplement, à l’atelier, ou entre amis, en un vermouth de Turin, assaisonné d’une cigarette orientale.
De cinq heures à sept, c’est-à-dire de la sortie du bureau au dîner, la consommation fait rage. Dire qu’alors
tout Paris consomme serait néanmoins une énorme calomnie, la grande majorité des Parisiens étant sobre et n’allant pas au café. Mais une minorité notable consomme, et elle suffît pour emplir les établissements de consommation de tous noms et de tous rangs, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, de Saint-Denis à Montrouge par les boulevards de Strasbourg, de Sébastopol et Saint-Michel, ou par les anciennes rues du vieux Paris, et mieux encore de Charenton à Suresnes, sur cette ligne immense que vous pouvez faire passer, à votre choix, par les quais, ou par Yincennes, le faubourg Saint-Antoine et la suite des boulevards, ou bien encore par le grand arc des boulevards extérieurs, ou par les voies de la rive gauche, ou bien enfin par n’importe quelles rues il vous plaira de choisir. De la Porte Jaune au Café de la Paix, et de Durand à la Cascade et chez Ribard, on consomme sur quatre lieues de long.
Jusqu’alors on a pu prendre des glaces, des sorbets, des gâteaux ou des sirops, de la bière ou des liqueurs; mais, aussitôt que les horloges pneumatiques ont silencieusement marqué la cinquième heure, tout cède à une consommation nouvelle, dominatrice absolue. C’est cette heure fameuse, appelée naguère « l’heure de l’absinthe », et qui maintenant a perdu ce nom pour en prendre un plus général : c’est « l’heure de l’apéritif » !
Non pas que l’absinthe ait vu diminuer le nombre de