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L’ABSINTHE

ses fervents. On peut même dire qu’elle a été récemment honorée d’une manière de réhabilitation en ce sens que maintenant, si l’on est sûr que la liqueur d’absinthe est corrosive, on sait du moins que son principe destructeur n’est pas dans l’absinthe, mais dans la liqueur, c’est-à-dire dans l’alcool, et que si l’on est ravagé, ce n’est nullement par la plante, mais certainement par l’alcool méthylique. Vous voyez comme cela change, non pas les résultats, mais les responsabilités !

L’absinthe, donc, tient toujours ses adorateurs : elle demeure l’apéritif par excellence, et à cinq heures son culte commence partout. Cette solennité imbibitive est bien le sujet dominant qui doit servir de frontispice à Paris qui Consomme.

L’absinthe pure, d’abord, que l’on fouette à petits coups pressés en versant de l’eau frappée, par gouttes ou par larmes. Certains humectent assez faiblement la verte et attendent que le liquide se soit troublé pour compléter le verre d’un seul jet.

L’absinthe anisée, fréquente; l’absinthe à la menthe, plus rare, s’émulsionnent de môme.

L’absinthe au sucre, enfin, demande un appareil : une cuiller percée de trous, sur laquelle on place le sucre, en travers de l’orifice du verre. On verse l’eau lentement, et le sucre, fondant, tombe dans l’absinthe en l’opalisant de petites traînées serpentines (ô Loïe Fuller!).

Mais la généralisation de la consommation a amené chez les clients la variété et la gradation des goûts. A mesure que se répandait le besoin d’artificiellement provoquer l’appétit, se créait, à l’usage des craintifs de l’absinthe une série de succédanés du fameux toxique; succédanés réputés apéritifs, inoffensifs, même favorables, mais dont la médecine, toujours désillusionnante, nous apprend cependant que le privilège est de paralyser tout net la confection des sucs digestifs ! Et ces aphrodisiaques de l’appétit ont été qualifiés de « fer rouge promené dans l’estomac » !

L’apéritif! quelle importance dans la vie actuelle! Et comme ce mot se prononce avec recueillement : « Je vais prendre l’apéritif! Venez-vous à l’apéritif? A demain, à l’heure de l’apéritif! Mon mari n’est pas là, Monsieur; il est allé prendre l’apéritif. »

C’est le noir bitter, pur, ou gommé, le bitter-curaçao, et cet autre nègre, l’amer-picon que l’on prend avec de la gomme, du curaçao ou de la menthe.

C’est le vermouth pur, ou gommé, ou mélangé à toutes sortes de sirops : groseille, cassis, guignolet.

Mais le noble vermouth de Turin, le fameux torino se savoure pur, ou se mélange avec une sorte de bitter américain dit aqostura. Ceci nécessite une opération particulière du garçon : il agite une fiole sombre, au bouchon traversé d’un chalumeau et en fait tomber goutte à goutte

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