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BITTER, AMER-PICON, VERMOUTH

dans le verre un liquide rougeâtre, visqueux comme du jus de pipe ou du vernis de carrossier; prenant le verre il le tourne et le retourne jusqu’à que ses parois soient partout recouvertes de la teinture. Alors seulement il verse le torino, qui se boit avec ou sans eau.

Voici le madère, le malaga, le xérès, le porto, et aussi un quinquina spécial appelé byrrh.

Mais l’absinthe, le bitter et l’amer-picon jouissent de la faveur la plus certaine. D’ailleurs, sur un décret rendu on ne sait d’où, ces trois apéritifs purs ou en mélanges ne coûtent que cinquante centimes, tandis que pour les autres le prix est plus élevé.

Chose curieuse et faite pour déconcerter le voyageur; prenez une absinthe ou un bitter, faites-y mettre de la gomme, de l’anisette, de la menthe, du curaçao; c’est un breuvage de cinquante centimes : que si vous demandez qu’on vous mette dans le même grand verre, seulement de la gomme ou de l’anisette, ou de la menthe, ou du curaçao, c’est quinze sous, un franc, ou même un franc vingt-cinq!

A signaler certains cafés spécialement flibustiers, où, sur la demande d’un amer-curaçao, payé partout cinquante centimes, on vous apporte un verre dans lequel est versé l’amer, et un flacon gradué contenant le curaçao. Ceci permettra de vous compter un amer et un curaçao, soit un franc. Si vous dépassez la graduation, malheur à vous : car un amer et deux curaçaos font trente sous!

Curiosité : les mélanges hybrides, les absinthes au sirop de groseille, l’amer à la grenadine, breuvages à teintes extraordinaires, rappelant des lavages de pinceaux, ou les pires résultats des digestions impossibles. Mais ces décoctions se pratiquent peu dans les endroits select de distinction relative, dans le centre de Paris. Elles sont plutôt dignes des extrémités.

Puisque nous parlons des extrémités et que nous nous trouvons à Vincennes ou au bois de Boulogne, profitons-en pour remarquer un curieux cas de consommation caractéristique et actuel : l’apéritif de la mariée.

La journée de traînage en landau s’est à peu près terminée. On a trop ri, trop joué, trop plaisanté. On sent la fatigue des cérémonies du matin. Bon! Alors l’apéritif intervient comme le coup de fouet du plaisir qui va redonner aux muscles et aux nerfs des invités la vigueur requise pour la suite de la fête, pour la fin de la noce.

C’est sans doute la première absinthe au sucre de la nouvelle mariée.

Quelle cérémonie! Quel baptême! Et avec quelles infinies précautions l’époux trempe l’absinthe conjugale à petits coups légers !

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