‹ Paris qui consommeChapitre 41 sur 114 · SOUPES ANARCHISTES · texte numérisé non relu

SOUPES ANARCHISTES

L’armée n’a pas encore eu le temps de recevoir le dernier uniforme adopté, que déjà on en a capricieusement décrété un autre !

Autrefois les communautés et les évêques suffisaient à offrir des soupes gratuites : sopa boba, disent les Espagnols; — et Mgr du Harlay en pouvait distribuer cinq mille rations par jour. Maintenant on a vu M. Oller distributeur de soupes à la piscine de la rue Rochechouart.

La dernière nouveauté — déjà usée cependant — est la soupe-conférence. Récemment des quêteurs bien mis se présentaient chez les bourgeois et faisaient passer leur carte : X***, anarchiste : soupe-conférence . C’était moitié « fumisterie » et moitié menace. Le bourgeois, moitié crânerie et moitié terreur, donnait ses cent sous, en prenant l’air de quelqu’un qui saisit la plaisanterie et sait la trouver très drôle ; et puis, afin de ne pas être inscrit, pour un refus, sur quelque liste redoutée.

Et voilà comme, salle Favié à Rellevilte, des malheureux, s’installant à des tables, recevaient d’une douzaine de bons « compagnons » en manches de chemise, et de « compagnonnes » en tablier blanc, des bols pleins d’une sorte de julienne maigre , et , en guise de dessert , un numéro d’un journal anarchiste. Après quoi « les satisfaits » (rien de Forain!), c’est-à-dire ceux qui avaient absorbé la soupe , prenaient place dans les galeries et étaient tenus de consommer la conférence d’un citoyen,

également anarchiste. — Probablement sur la nécessité de faire rendre aux « satisfaits » la soupe absorbée, afin de la mettre en commun et de la resservir à une autre série d’infortunés, qui, eux aussi, ont droit.

Deux sous de Frites.

Vers onze heures , quand une promenade matinale vous a entraîné dans les rues de Paris, et que l’appétit commence à émouvoir votre estomac, Monsieur, et les papilles de votre nez, il n’y a rien de désagréable à sentir monter la bonne odeur de friture qui s’exhale de la poêle où, pareils à des fleurs jaunes, s’épanouissent les ronds de patates.

Lors , de toutes les portes du voisinage sortent en courant les petites apprenties, les brunisseuses et les polisseuses, les brocheuses, les plieuses; elles vont vers la marchande. Vite, dans un cornet, celle-ci met pour deux sous de frites, qu’elle sale vivement. Le petit rat d’atelier en pique une du bout des doigts et la croque gentiment dans la rue, puis une autre, puis une autre. Là-bas, elle a son morceau de charcuterie et son pain : les frites, c’est la gourmandise, la consommation! On dirait du gâteau! Puis c’est chaud, et le sel pique la langue. Vous êtes bien gourmande, petit rat d’atelier!

Viennent aussi vers la marchande des garçons en

-JM

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