CAFÉ DES COCHERS DE FIACRE
candidement Paris, mais vous mènent un train d’enfer tout à fait inconnu des vieux cochers. Le bourgeois passe son inspection et s’arrête, hésitant et tout interloqué :
— Tiens, il reluque ta voiture ! disent entre eux les cochers à leur table.
— Bast! Faut d’abord qu’j’avale le café. Attends, mon bonhomme !
Et le client finit par prendre le fiacre de tête.
Le cocher de la deuxième voiture, voyant apparaître le regard du surveillant par la porte entre-bâillée du kiosque, se décide, après avoir essuyé sa bouche d’un revers de main à aller, tout en ruminant encore sa salade, prendre la tête de la colonne. Mais si le bourgeois est un client habituel, ou un Parisien renforcé et tenace, il se fait chercher le cocher du fiacre de son choix par le garçon de station, auquel cette commission vaut deux sous donnés par le cocher.
Parfois, un cheval s’ébrouant tout à coup prend peur, et se lançant de travers sur la chaussée, s’emballe tout seul, avec un grand bruit de ferraille. Aussitôt, nu-tête, le cocher quitte le restaurant, s’élance à la poursuite de son quadrupède, qu’il ramène avec force bourrades, à moins que le fiacre ne soit brisé contre un réverbère, ou qu’un infortuné vieillard n’ait roulé sous les pieds de l’animal.
S’il n’y a pas eu d’avarie, le cocher retourne à sa
place, et lampe un litre de plus, en se plaignant qu’on ne puisse pas déjeuner tranquille.
Alors, ils s’en vont presque tous deviser en fumant sur le trottoir à côté de leur voiture, sous l’œil pacifique du gardien. Quelques-uns, entrés dans la boutique du mastroquet, jouent le café, la roupie de singe , au tourniquet, au Zanzibar, ou même à pile ou face.
Les plus malins, prévoyant l’arrivée prochaine du client, sont grimpés sur leurs sièges, et, tout en digérant, guettent de l’œil le « bourgeois » dont la figure respire d’avance un bon pourboire, et lui faisant signe du coin de l’œil, disent à mi-voix :
— Voilà, patron!
Au Bouillon Duval.
Quantum mutatus! — En français : le Bouillon Duval d’aujourd’hui n’a rien de commun avec celui du début, il y a quelque trente ans.
C’est bien toujours même apparence extérieure.
Même préposé délivrant les cartes à l’entrée.
Mêmes tables trop étroites, où deux, trois, quatre personnes qui ne se connaissent pas déjeunent, serrées coude à coude et pied à pied, sans nappe.
Mêmes petites bonnes, devenues fameuses, et ayant eu la réclame du théâtre, comme les demoiselles du