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REPAS FUNÉRAIRE

— Après tout, s’il était là, il rigolerait fîchtrement lui-même. Pour sûr, qu’il rigolerait!

Il y en a un qui lance à mi-voix une plaisanterie :

— Je mordrais bien dans un verre de vin! fait-il.

— Patience! mon vieux, ça va viendre ! répond un autre, non moins facétieux.

Maintenant le cortège va un peu à la débandade. Le cousin et le beau-frère parlent posément affaires; il faut bien régler tous ces frais. Qu’est-ce qu’il laisse, Ernest? Deux mois à son bureau et quelques petites économies, un livret de Caisse d’Épargne.

Les femmes, toujours taciturnes, restent en groupe compact, marchant régulièrement.

Mais les vingt-cinq camarades se sont un peu espacés; il en est qui suivent le convoi sur le trottoir, à cause de la boue qui colle sur la chaussée.

Enfin on arrive à Saint-Ouen. Le mort est descendu dans son dernier refuge; on jette les bouquets et les couronnes sur la bière, et aussi des pelletées de terre. Chapeau bas, chacun écoute les sanglots déchirants de la sœur, on serre la main au beau-frère, au cousin, à l’ami Jules, et aux dames voilées de noir.

Puis on dessine un mouvement de départ. Des zélés entourent la famille : « Allons, venez, venez, il ne faut pas rester là, c’est inutile! vous vous ferez du mal ! »

A la sortie du cimetière, l’avant-garde avise le

marchand de vin qui s’intitule : Au dernier Adieu, ou Au Rendez-vous des Funérailles. On y pousse la famille, les invités s’assoient : « Voyons! voyons! il faut se faire une raison ! il faut manger ! si ce pauvre Ernest était là il le dirait lui-même ! »

Et bientôt les litres de vin blanc et de vin rouge encadrent un énorme morceau de fromage et un pain de quatre livres. Les plus pressés n'attendent pas même les assiettes. Le beau-frère et le cousin ne se font pas trop prier; mais la sœur résiste. On lui dit : « Prenez quelque chose de chaud! du punch! — Non, rien, rien! »

Mais lorsque toute la troupe s’est mise à mastiquer de bel appétit et à boire sec, elle se décide aussi.

Quand les liqueurs arrivent, après un café général, on pleure encore Ernest, mais le vin n’est pas étranger à cet attendrissement. Les morts vont vite !

A la Bibliothèque Nationale.

Le dernier mot du progrès, et qui prouve que, décidément, nous renonçons à de vieilles idées arriérées et commençons à comprendre les nécessités de la vie :

On a fini — cela est invraisemblable, mais cela est — par s’apercevoir que, sur mille personnes qui viennent passer leur journée à la Bibliothèque Nationale

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