AU DÉPÔT
sommes, et quoi qu’en disent les amers politiciens, il y fait assez bon vivre !
Trêve d’ailleurs aux réminiscences d’Alfred de Vigny et de Stel/o. Nous sons sous un Bruant ennemi de la fraude et des périphrases ; il ne s’agit plus ici d’André Chénier et de la jeune captive, mais de la très moderne détenue qui écrit à son Polyte, lequel est un Alphonse :
C’est d’là prison que je t’écris,
Mon pauv’Polyte. . .
Va-t'en trouver la grand’Nana,
Dis que j’ia prie
D’casquer pour moi, j’y rendrai ça A la sortie...
Et pis, monp’tit loup, bois pas trop,
Tu sais qu’t’es teigne,
Et qu’quand t’as un p’tit coup de sirop Tu fous la beigne...
Oh ! monsieur Polyte, que vous avez donc la consommation mauvaise! Mais nous connaissons nos auteurs et nous savons qu’un de ces jours vous irez consommer des gourganes à la Nouvelle, à moins qu’un matin nous ne vous voyions sous la lunette,
...éternuer dans l’sac A la Roquette.
La Soupe au Dépôt.
Pour le quart d’heure, Polyte n’en est encore qu’à la première station de la voie douloureuse que parcourent
dans le châtiment ceux qui ont consommé... le crime. Le voilà au Dépôt de la Préfecture de Police, attendant que M. Bertillon l’anthropométrise et le photographie, et que M. Atthalin, ou M. Franqueville, ou M. Doppfer, le juge d’instruction, le « curieux », l’interroge.
Là, il consommera une soupe qui, après tout, n’est point inférieure à celle des hôpitaux, — et des soldats.
Sur le coup de trois heures se formeront quatre monômes successifs : les vieillards , qui sont dans une cour à part; les enfants, aussi dans une cour spéciale, et qu’on ne mêle point aux hommes faits (Macé vous dirait pourquoi); puis les hommes ; enfin les habits noirs, le « gratin » de l’endroit, comme qui dirait les panamistes. Chaque monôme tourne par un étroit couloir circulaire et vient défiler de telle sorte qu’au passage tout détenu reçoit une cuiller de bois et une gamelle de haricots.
La môme promenade recommence dans le môme ordre, mais en sens inverse, au bout de dix minutes, pour rapporter gamelles et cuillers, quand la pitance a été absorbée dans les cours.
Tandis que les vagabonds et les escarpes dévorent ce repas rudimentaire sans rien de plus, les prisonniers privilégiés et cossus y ajoutent, en payant, le plaisir de consommer quelques douceurs et plats sérieux.
Pour se rattraper, les escarpes et vagabonds cherchaient jadis à s’olfrir « la purée », c’est-à-dire à tremper une