BRIOCHE ET MADELEINE
Et toujours les appels :
— Une brioche, deux brioches, trois brioches, douze brioches !
— Voici, monsieur; voici, madame.
— Une brioche à cinquante (centimes), une à soixantequinze, une à un franc cinquante.
— Voici, monsieur; voici, madame.
— La monnaie sur cinq francs, dix francs.
— A qui la monnaie? Cinquante sur cinq.
— • Voici, voici.
Les sacs de papier portant la célèbre marque sont saisis avidement, et les clients, pour les sauver des heurts mortels, élèvent au-dessus de leur tête ces paquets de fragiles brioches : pareils à ces pères qu’on voit dans les tableaux de déluges, tendant leur enfant vers le ciel, au-dessus des flots.
Et l’on entend des voix désespérées : « N’y en a plus, faut attendre ! oh! malheur ! faut prendre des numéros comme aux omnibus! »
A côté, un peu plus haut dans la rue de la Lune, une brasserie à femmes vient d’allumer ses lampes vertes, et un bock à trente y pourra faire glisser la brioche. Entre cette brasserie et la brioche, un cabinet à quinze, montrant sa devanture orientale à vitraux colorés, ofïre sa double rangée de boxes.
Admirable et complet microcosme !
Consommation au Corps-de-Garde.
Un des plus grands supplices connus, supplice classique, est celui de Tantale, qui à la moderne se définit : avoir envie de consommer et ne pas pouvoir consommer.
Une des consommations les plus chères aux Français, aux descendants des soldats de Philippe-Auguste, de Duguesclin, de Jeanne d’Arc, du Balafré, du Béarnais, de Condé, de Turenne, des Quatorze armées et de Napoléon, est certes de régaler leur œil par la contemplation de l’armée française.
Or, — invraisemblance inouïe ! — depuis que la France paie un milliard par an de budget militaire, depuis que tout le monde sert jusqu’à quarante-cinq ans, depuis que l’elfectif est, sur le papier, d’au moins trois millions de soldats, Paris ne voit plus de soldats.
Dur sevrage ! non seulement il a fallu dire adieu aux panaches, aux cordons, aux sabretaches, aux pelisses, aux bandes d’or, aux plumets, aux bonnets à poil, aux tambours-majors, aux sapeurs, aux cantinières, à tout ce qui était le brillant, la gaieté, le pittoresque, l’entraînant d’une armée, mais encore aux revues partielles et fréquentes dans les Champs-Elysées ou tout autre lieu facilement abordable pour les populations, aux gardes montantes, aux promenades militaires, parades si l’on