‹ Paris qui consommeChapitre 65 sur 114 · AU POSTE DU PALAIS-DE-JUST1CE · texte numérisé non relu

AU POSTE DU PALAIS-DE-JUST1CE

Spectacle plus confortable : si vous entrez, à cette heure, au poste du Palais-de-Justice, vous y verrez la Garde Républicaine consommer d’une façon sérieuse et absorber son dîner après avoir assisté peut-être, muette et impassible, et aux premières loges, à quelque cause célèbre.

Que j'aime à voir autour de cette table ( air très connu)... ces sous-officiers à l’air martial, à la moustache lière, et messieurs les gardes, à la tenue correcte, en pantalons bleus à bandes noires; ces tuniques bien coupées, ces buffleteries blanches, ces aiguillettes, ces shakos à large plaque, derniers restes de la tenue d’antan. Et je pense que demain je les rencontrerai se promenant, — entre un service commandé pour cause de désordres possibles, et l’audition d’un fragment de comédie, ou d’un quadrille au bal de l’Opéra, — je les rencontrerai, dis-je, portant incliné sur l’oreille le bicorne , le chapeau français , dernier vestige du temps où le soldat était habillé.

Dernier? Pourquoi dernier? Qui sait ce que nous verrons ou reverrons? Qui dit que nous ne serons pas repris d’une fringale de beaux uniformes, d’or, de pompons, de chamarres, même de bonnets à poil?

Impossible, criez-vous? — Bast! tout arrive.

Voici déjà que cette année ressuscite subitement l'épaulette , insigne par excellence du commandement.

Les brandebourgs de hussards pour les officiers d’infanterie ont fait leur temps. Voici l’épaulette! Et, du coup, le képi est menacé. A quand la coiffure habillée? Tout arrive !

Dîner sur l’Herbe.

L’été, dès cinq heures, commencent, au Bois et ailleurs, les premiers préparatifs des dîners sur l’herbe.

Manger sur l’herbe est un de ces rêves qu’avec le plus d’ardeur couve le Parisien. Il faut, pour le réaliser, la complicité du ciel : que le soleil luise, oh ! mais, qu’il luise, non pas d’une de ces luisances somnolentes et obombrée de nuages qui ne disent rien qui vaille, mais d’une clarté solide, sans disgrâce possible. Le baromètre sera consulté; on ne le veut pas à variable, il doit atteindre sinon beau fixe, au moins beau temps : sans cela rien de fait. Le père de famille sait que l’herbe mouillée est fatale non seulement aux pantalons, mais aux crânes eux-mêmes, et que, par une mystérieuse et occulte concordance, quand le... l’assiette est refroidie, on attrape un rhume de cerveau. C’est ainsi.

Seulement, quand la capricieuse température de son climat séquanien veut bien s’y prêter, le Parisien avide de manger sur l’herbe ne connaît plus d’obstacles.

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