PATISSIER NOUVEAU STYLE
jambon et au foie gras, à vingt-cinq et trente centimes; sandwichs au jambon, et pour les jours maigres, sandwichs au poisson; petites timbales, bouchées, vol-auvent minuscules; et les tables où, assise, la Parisienne consommera un consommé, un thé, un chocolat, à moins qu’elle ne déguste le frontignan ou le xérès, ou, comme en une certaine officine de la rue du Havre, le « muscat du diocèse de Carthage » (ô cardinal Lavigerie !).
Plus nous approchons de l’heure du dîner, plus la pâtisserie s’emplit. Dans la belle saison, à six heures et demie, la pâtisserie du « dernier cri » ou du « dernier bateau » , avenue Victor-Hugo , est bondée de consommateurs qui montent au Bois ou en reviennent.
Dire : pâtisserie, n’est pas lui donner son vrai et entier titre : elle s’appelle Pâtisserie- Confiserie -Glacier- Comestibles- Dîners, lunchs, fêtes et soirées. C’est le magasin du Louvre ou du Printemps de la consommation. Voyez l’étalage. Première travée, les gâteaux. Deuxième travée, les bonbons. Troisième travée, la charcuterie. Quatrième travée , les comestibles , gibiers , fruits , etc. Sans compter les vins.
Voici que, entrée pour grignoter un ou deux gâteaux, la Parisienne — qui est généralement une Anglaise ou une Américaine — s’assied, mange du jambon, boit du champagne, et fait passer le tout avec une glace. Ceci, une demi-heure avant son dîner.
Pour ne point aggraver les choses, nous admettrons qu’elle n’a point croqué, avant de partir, quelques dragées prises dans la boîte à vignette que lui a envoyée une amie à l’occasion d’un baptême.
Et comme nous sommes en été, et non dans le mois qui suit le jour de l’an, nous admettrons encore que l’estomac, le faible petit estomac de la Parisienne, n’a reçu aucun supplément de travail pour assimilation de marrons glacés, ou de fondants et autres pâtes de sucre, triomphe de Boissier et de Gouache; ou de chocolats pralinés, triomphe de Marquis; ou de chocolats multiformes, et à imprévu interne, triomphe de Petit!
Un qui dîne mal.
Nouvelle antithèse. — A la porte du pâtissier, jetant un regard avide à travers les glaces de la devanture, se trouvaient tout à l’heure des miséreux, faux miséreux peut-être, et ouvreurs de portières importuns, mendiants suspects, mais auxquels on ne saurait refuser un sou pour du pain, quand on vient de se satisfaire soi-même à coups d’éclairs au café ou de bouchées à la reine.
Voici un de ces pauvres hères qui va descendre au quai; tout à coup il s’affale sur un banc et tire d’un papier graisseux quelques ronds de saucisson à l’ail, un peu de pain rassis et un œuf dur, qu'il se met à manger avec une