‹ Paris qui consommeChapitre 77 sur 114 · AU DESSERT · texte numérisé non relu

AU DESSERT

poires, Raisin, Mandarines , Ananas, Tuiles aux amandes, Croquettes noisette, Fours variés, Cerises, Noix et Marrons déguisés avec une mise en scène de petits papiers plissés, etc. etc.). C’est l’heureux moment de la soirée. On ne mange plus, on grignote ou on chipote; mais enfin les connaissances sont faites, les liaisons établies. Plus d’un ici, avec le tempérament essentiellement jalonneur du Français, se laisse aller aux plus coupables espoirs, et ne se contentant pas de manger des douceurs, en dit, ayant pour excuse la haute élévation de la température ambiante, et pour complice le vacarme des conversations qui couvre son audace. Tout va bien...

Grand bruit de chaises. Tout est fini! Les dames se hâtent de remettre leurs gants. Reprocession, rentrée dans l’air plus pur et plus frais du salon. Du coup, le thermomètre de la gaieté croule de quarante degrés. De nouveau, une correction et un silence de glace.

Alors la maîtresse de maison, — avec ses amies qui l’aident, — a la grâce suprême et l’extrême dévouement de servir café et liqueurs à ces brigands d’hommes, qui, la dernière goutte de kummel ou de chartreuse absorbée, s’empressent de « lâcher ces dames » pour aller fumer.

Livrées à elles-mêmes, les infortunées pratiquent une triste consommation : elles avalent leur langue. Sur elles s’épand un immense ennui, que ne dissipe point un essai pénible de conversation sur les cours des entants ou les

ennuis de domestiques. Si d’aventure un homme non fumeur et craignant l’odeur du tabac reste avec elles ou leur revient prématurément, il est accueilli avec une satisfaction et un enchantement marqués. Pendant un moment il pourra se croire un sultan.

Une heure après, rentrée de ces messieurs qui ont fumé, dit leur contingent de gaudrioles, vidé leur sac de potins de cercle. Ils arrivent, diminués des célibataires qui ont filé à l’anglaise. Horreur! ils puent, ils infectent l’âcre odeur de la fumée de cigare dans le drap des habits. Ils empestent le salon.

On causotte; on essaie, pour la forme, de ranimer les cendres de la conversation, l’œil sur la pendule. Le thé, le punch, l’orangeade, sont servis. Soudain, sur un signal venu on ne sait d’où, tous se lèvent à la fois, remercient avec effusion, et s’en vont.

Le XIX0 Siècle finissant s’est cependant ému de l’ennui des dîners tout secs, sans rien après, et un travail de longueur s’est fait dans nos mœurs pour arriver à tirer parti agréablement de la soirée. On a d’abord utilisé à cet effet le talent de pianiste des invités. Puis quelqu’un de ces messieurs a dit des vers : invariablement le Liseron

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