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LES INVITÉS EN CURE-DENTS

et la Fauvette de Coppée, et encore le Vase brisé de Sully Prudhomme. Puis on a eu la ressource très précieuse et variée du monologue, du monocoquelogue . Puis on a fait venir de vrais musiciens et de vrais acteurs, des lanternes magiques et des pupazzi; on a organisé concerts et représentations : et maintenant distraire et amuser ses convives par un spectacle consécutif est devenu, par ordre de la mode, une condition presque absolue et sousentendue d’avance du dîner prié.

Alors, au retour du fumoir, les hommes trouvent au salon une collection de nouvelles figures venues pour la soirée seulement. Il faut quelque temps avant de rompre la glace entre les gavés-enfumés et les derniers arrivés, qu’on nomme familièrement « invités en cure-dents ».

Le spectacle appelle la consommation. Il motive un buffet, où les gens qui ont absorbé de huit et demie à dix et demie les quarante numéros précités repiquent sur le champagne et le café glacé, la marquise et l’orangeade, les glaces, le chocolat, le thé et les gâteaux.

Effroyable ingestion!

Revenons sur nos pas. A l’heure où, dans les salons, les ménages légaux faisaient une entrée triomphale et

impassible, d’autres couples, mystérieux et peut-être émus, montaient au restaurant l’escalier du cabinet particulier.

Il est entendu que le cabinet particulier n’a pas été précisément inventé pour l’œuvre de la mastication. Néanmoins, comme s’il était destiné à déguiser les intentions, à voiler les résultats, à couvrir les audaces, le menu apparaît vaste et formidable.

Si la dame est une novice du cabinet, elle dira à son compagnon de fête :

— Commandez.

Et lui, — s’il n’est pas un de ces Parisiens rompus à l’économie du programme et qui vous matent du premier mot le garçon aux offres insidieuses, — dira par ostentation, au maître d’hôtel attentif et grave :

— Ceci, cela, cela encore; soignez les vins.

Si, au contraire la dame est accoutumée à ce genre de sport, c’est elle qui dira au maître d’hôtel non moins grave :

— Ceci, cela, et cela encore; soignez les vins.

Le résultat est identique. C’est-à-dire que la table, éclairée discrètement par des bougies posées dans des flambeaux, voit apparaître des viandes et des légumes, des poissons, des fruits et des pâtisseries, qui suffiraient à nourrir une famille de Ménilmontant ou dix familles espagnoles.

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