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LE MÉDICIS

Née à la suite de l’Exposition de 1867, la brasserie à femmes a eu un moment brillant avec le Mèdicis de célèbre mémoire. Depuis, elle est tombée dans la boue. Nous avons aujourd’hui la monnaie du Médicis en une foule de cloaques subalternes, épars dans le quartier des Martyrs et le quartier Latin.

Que ce soit en n’importe quel quartier de Paris, la brasserie à femmes est basée sur ce principe que la caissière donne des jetons à la verseuse pour une somme quelconque, et que plus une verseuse en redemande, plus elle est cotée et plus aussi elle gagne : d’autant que le pourboire, — qui n’est généralement pas au-dessous de vingt centimes, fût-ce pour un simple bock, — vient s’adjoindre à son tant pour cent sur les jetons expédiés.

Les jetons sont généralement de trente, quarante et cinquante centimes.

La verseuse, dans ce combat contre le client, est armée de sa perversité de figure, de son aplomb, et de plus, du droit qu’elle a de s’asseoir près du client, de l’enjôler, de le pousser à la consommation, et de se faire offrir à elle-même toutes sortes de liqueurs choisies parmi les plus haut tarifées. Horrible, cette alcoolisation de la verseuse!

Quelques rouées ont un système assez drôle pour ne pas se tuer à ingurgiter d’innombrables petits verres de chartreuse : elles se font oftrir du marasquin, du kummel,

du kirsch : c’est blanc; et elles se versent en réalité un petit verre d’eau qu’elles sirotent en fumant des cigarettes, offertes par le client, toujours!

Les consommations, — femmes comprises, — ne sont point garanties de bonne qualité et inoffensives. Il n’est pas prudent d’en abuser, si l’on ne veut être amené à consommer chez le pharmacien...

Digression. — Le mot de pharmacien venant ici, notons que la pharmacie contemporaine tourne au véritable débit de consommations. Le « potard », aujourd’hui, ne se livre qu’avec impatience à l’exécution « magistrale » d’une potion suivant la formule. Son esprit est ailleurs, rêvant de faire une fortune instantanée par l’invention d’une consommation facile à prendre même en voyage, pilule, granule, globule, capsule; mieux encore, d’un vin : vin de quina, vin de kola, vin de coca, vin de kolaquina, vin de quina-coca, vin de coca-kola, vin de quinakola-coca, etc. Ou encore de ne rien inventer, de reprendre tout simplement quelque bonne vieille substance, quelque vulgaire fer, goudron, ou bismuth, et d’en tirer de l’or, au moyen d’un titre ronflant et d’une phénoménale réclame. Sous ce rapport, il a été fait de notre temps des merveilles de mise en scène.

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