‹ Paris qui consommeChapitre 9 sur 114 · LE CAFÉ ET LA BRASSERIE · texte numérisé non relu

LE CAFÉ ET LA BRASSERIE

grec dissimule un bar selectissime quoique étroit, à ce point célèbre que les romanciers élégants le citent volontiers comme le rendez-vous des rares et suprêmes habits rouges.

Lcà il ingurgitera des pale-ale, des B ur ton-no , des stout ou des extra-stout; ou bien, en une pinte sérieuse, il fera half and lialf \ mélangeant la noire et la blonde, puis prendra quelques verres de porter avant le wisky final, et ira se coucher en attendant le soda-water du lendemain.

Après l’anglomane des bars, le germanisé des brasseries : celui-ci est légion.

Nous taxons de germanisé l’assidu de brasserie parce que, Axiome : la Brasserie est allemande, même lorsqu’elle est française, gérée par des Français qui y vendent de la bière française à des rédacteurs de journaux français et patriotes; môme lorsqu’elle est gauloise, servie par des femmes qui y débitent, comme disaient nos pères, la « petite oie » et encore la grande, si l’on peut risquer ce mot.

La Brasserie est allemande, parce qu’elle est l’opposée du Café, qui, turc d’origine, est devenu essentiellement français.

Le Café est un lieu de repos, de distraction, de causerie, où l’on ne redouble pas la consommation (laquelle n’est généralement qu’un prétexte) et, caractère topique, d’où l’on finit toujours par sortir. Le matin, on y sirote en longueur un petit verre, pas deux : la vraie consommation est alors le journal, lu économiquement à la douzaine. Et l’on s’en va, mis au courant des faits, pour se rendre à ses affaires. Dans la journée, on y prend un bock, pas deux : prétexte à s’amuser et à regarder circuler le monde. Et l’on s’esquive. On y retourne vers six heures, et, moyennant un apéritif, pas deux, on rencontre ses amis : la consommation véritable se trouve dans la causerie légère et bien française; et l’on rentre. Après dîner, on y prend une tasse de café, pas deux ; mais, loin de s’attarder, on se lève précipitamment pour gagner le théâtre. Dans la soirée on y consommera une glace, pas deux : prétexte à se reposer en respirant un peu l’air frais. Et l’on reprend sa promenade. A la sortie du théâtre, on y répare ses forces avec une tasse de chocolat, pas deux : mais en cinq minutes; et l’on se sauve par le dernier tram , pour s’aller coucher.

A la Brasserie, on prend un bock, deux bocks, trois bocks, quatre bocks, cinq bocks, dix bocks.

Et l’on ne sort plus.

Le dîner finit par se trouver relié au déjeuner et le souper au dîner par une chaîne ininterrompue de bocks.

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