‹ Paris qui consommeChapitre 97 sur 114 · LES GLACES · texte numérisé non relu

LES GLACES

à la sempiternelle interrogation. : A quoi sont les glaces ? par l 'invariable vanille - fraise - café-pistache - framboisecitron-ananas ; ce qui amène de la part des consommateurs venus en famille la commande de combinaisons panachées à l’infini, enchevêtrement compliqué de café-vanille , vanille- citron, café-arumas , fraise-pistache, etc. etc., dans lequel le garçon est à peu près sûr de se perdre.

Le Café Napolitain olfre un programme rafraîchissant sinon meilleur, du moins plus particulier : Chantilly, Tranche-canelle , Plombière, Bombe sicilienne, Biscotte napolitaine, Tutti frutti, Spoorn champagne, Nougat napolitain, Portugaise, Cremolata, Fromages corbeille, Bombe capucine, Bocher vénitien.

Sans compter le ruineux Soyer, pour lequel sont mis dans un très grand verre : 1° deux pailles pour humer, 2° un peu de glace à l’orange, 3° une faible dose d’un champagne de très petite marque, et 4° énormément de glace pilée.

Or les clients riches et prudents qui tout le jour se sont tenus à l’eau filtrée Chamberland ou même à l’eau minérale ne prennent pas garde que, s’il faut en croire le docteur Brouardel, la glace à rafraîchir provient du lac du bois de Boulogne, — ou du lac du bois de Yincennes, — autant vaut dire du ruisseau, et contient ses quatre-vingt mille microbes au centimètre cube... !

Dix heures du soir, par température printanière ou estivale et par bitume sec, — car si le temps est aigre, plus personne ! — c’est le moment triomphal pour la « limonade » et la « terrasse » ; et il devient souvent difficile de trouver une place vide à l’une des tables qui, du boulevard du Temple à la Madeleine, s’étalent sur le trottoir en quantité innombrable...

Innombrable? Ceci est une épithète, mais non pas un renseignement. Innombrable : c’est une manière de dire, un mot à sensation, et qui dispense de parler net et juste. Au fait, pourquoi ne préciserions-nous pas?

Allons, comptons !

De Bonvalet à Durand, sur une lieue de long, il y a environ quatre-vingts établissements de consommation de tout ordre, égrenés en un long chapelet dont les grains, le plus souvent éloignés, viennent se rapprocher et se serrer trois fois : au croisement du boulevard Sébastopol et du Boulevard, au boulevard Montmartre, à l’Opéra.

Boulevard du Temple nous trouvons Bonvalet, la brasserie du Cadran bleu, le café Busse et la brasserie Déjazet, avec quatre-vingts tables à l’extérieur.

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