SECONDE PARTIE
LE REMÈDF
Commençons, pour éviter toute équivoque, par circonscrire nettement le mal qu'il s'agit de guérir.
Supprimer la mendicité, cela ne signifie assurément pas supprimer le paupérisme. L'extinction du paupérisme est un de ces rêves qui ont pu hanter le cerveau d'esprits généreux, mais ce n'est qu'un rêve.
Sans doute, il y a beaucoup à faire dans Tordre des réformes sociales. Je crois que, sans être partisan du socialisme d'état, on peut, suivant un mot de M. Baudrillart, dire que la société doit avoir du cœur; mais ainsi que le faisait remarquer un autre économiste, M. Frédéric Passy, il ne faut pas que sous prétexte d'avoir du coeur, la société, cédant à une sensibilité irréfléchie, adopte, pour soulager certaines
misères, des moyens qui n'auraient pour effet que d'aggraver le mal.
Il y A des hommes politiques qui, pour venir au secours de ce qu'ils appellent les classes faborieuseSy font, à chaque instant, appel à Tautorité de TEtat, aux prescriptions de la loi. Ils oublient qu'en mettant atout propos la personnalité humaine en tutelle, on arrive, suivant Texpression de Bentham, à faire de TEtat un bureau de bonnes d'enfants à V usage d'hommes faits.
L'Etat a le droit d'intervenir pour assurer la sécurité de Touvrier dans l'atelier ou l'usine ; il a le droit d'intervenir pour protéger la femme et l'enfant ; il a le devoir d'encourager et au besoin de provoquer la création d'oeuvres d'assistance mutuelle, de prévoyance et d'épargne, mais sans oublier qu'en pareille matière, l'initiative individuelle peut seule assurer le succès final, parce que, seule, elle est capable d'apporter son cœur et son âme dans les œuvres qu'elle enfante.
Dans cet ordre d'idées, on peut dire que la France n'est pas en arrière des autres nations. Dans ces dernières années, nous avons réalisé d'immenses progrès et depuis le jour où M- Floquet, président du conseil, a créé au Ministère
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de l'intérieur la direction générale et le conseil supérieur de l'Assistance publique, de tous côtés, sous rinfluence de philanthropes éclairés, les bureaux de bienfaisance, les sociétés de secours mutuels, les sociétés coopératives de production et de consommation, les caisses de retraite, les tontines, les fourmis, en un mot toutes les associations ayant pour but de venir en aide aux faibles et aux petits, ont pris un essor des plus heureux et des plus encourageants.
Mais quoi qu'on fasse, il y aura toujours un déchet humain, il y aura toujours des indigents, des malheureux qui, par suite d'un manque d'énergie ou de prévoyance, d'une infirmité, d'un chômage ou même d'une faute ou d'un vice invétéré, se trouveront, à un moment donné, sans travail, sans pain et sans asile.
Pour tous ces malheureux, l'appel à la charité est un droit naturel. Venir en aide à tous ceux qui souffrent est une obligation sociale, car la charité n'est pas seulement une vertu chrétienne, c'est encore un devoir civique.
« UEtaty a écrit Montesquieu, doit à tous les citoyens une subsistance assurée )>j et la Déclaration des droits de l'homme dit : « Les secours publics sont une dette sacrée^ la société doit la subsistance aiu: citoyens malheureux^ soit
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en leur procurant du fravaiZ, Boiten asaurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état de travailler. »
La Roçhefoucauld-Liancourt, dans Texposé qu'il faisait à la Constituante des principes qui avaient inspiré les membres du comité de l'Assistance publique, disait ; « Jusqu'ici^ Vassistance n'a été regardée que comme un bienfait ; elle est un devoir, mais ce devoir ne peut être rempli que lorsque les secours accordés par la société sont dirigés vers Vutilité générale. Si celui qui existe a le droit de dire à la société: fais -moi vivre, la société a également le droit de lui dire : donne-moi ton travail »
Voilà le problème nettement posé. Ceux qui peuvent travailler doivent gagner leur pain à la sueur de leur front. Ce pain sera en proportion de leur efifort ou de leur intelligence. Quant aux incapables, la société a le devoir d'assurer leur subsistance ; mais personne n'a le droit, pouvant gagner sa vie par le travail, de prétendre se faire nourrir par son semblable. Le droit de manger a pour corollaire le devoir de travailler.
Il s'agit de mettre ces préceptes en pratique et de distinguer tout d'abord les vrais malheureux des faux pauvres.