‹ Paris qui mendie: mal et remèdeChapitre 22 sur 27 · I UNIVERSITY I · texte numérisé non relu

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jamais de Pargent aux mendiants ; je te donne vingt sous à toi, parce que tu as travaillé en faisant cette course pour moi. Tout à l'heure tu étais un mendiant et je te méprisais; maintenant tu es un travailleur et je te serre la main. »

L'enfant demeura stupéfait.

A ce moment seulement je compris ce qui s'était passé dans le cœur de cet homme de bien.

— C'est fort bien, lui dis-je, ce que vous avez fait là, monsieur Laroche- Joubert, mais savez -vous que vous avez risqué une bonne fluxion de poitrine ?

— C'est possible, me répond-il, mais j'ai peut-être transformé un mendiant en travailleur et ça vaut bien une fluxion de poitrine !

Je n'ai jamais oublié cette histoire qui a fait une grande impression sur mon esprit et qui s'est gravée au fond de mon cœur. Si je commets l'indiscrétion de la raconter aujourd'hui, c'est que j'estime qu'elle ne peut qu'honorer la mémoire de celui qui en fut le héros.

Mais aujourd'hui heureusement tout a fait des progrès, et les personnes charitables qui veulent substituer à l'aumône aveugle l'assistance par le travail, n'ont plus besoin de risquer une fluxion de poitrine pour conformer leurs actes à leurs principes.

Ils n'ont qu'à acheter quelques bons de tra»» vail. Qu'ils s'adressent à M. Bompard, secrétaire général de î'œuvre des BatîgnoUes-Monceaux (17, rue Salneuve), et pour six francs ils recevront un certain nombre de tickets, grâce auxquels ils feront l'aumône avec intelligence.

m La mendicité, ainsi que le disait * en excellents termes M. Gaufrés dans la séance d'inauguration des ateliers de la société d'assistance des Batignolles-Monceaux, la mendicité est une calamité tout comme l'incendie. On s'assure contre l'incendie en payant une prime. Il faut s'assurer contre la mendicité en achetant quelques bons de travail. Que chacun en prenne pour six francs par an et le nombre des mendiants professionnels aura bien vite sensiblement diminué. »

L'aumône faite dans la rue agit sur la mendicité à la manière de ces engrais chimiques si vantés de nos jours et qui doublent le produit de la récolte. Plus on donne, plus on récolte, malheureusement ici ce qu'on récolte, c'est du mendiant. Il est temps de mettre en pratique la parole si connue : a La véritable manière de secourir les pauvres^ c'est de les mettre en état de se passer de secours », c'est de leur imposer le travail.

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