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oreilles des mots pleins de séduction; il s'élait entendu traiter de souverain ; on lui avait promis la richesse, le pouvoir, la jouissance ; il n'aura jamais recueilli que des déceptions, des misères, des humilialions. Il est là, seul, sur son lit; l'.infirmier, qui n'a plus rien à en attendre, a fermé les rideaux pour qu'il puisse râler sans déranger les voisins, et ne s'oc< cupe plus de lui; on a éloigné ce qui aurait pu verser dans son cœur, si justement aigri, une pensée douce et consolante ; il ne lui est plus donné d'entendre la douce prière de la sœur agenouillée à son chevet ; au fond de son cœur de'senchanté s'élève peutêtre le secret désir de voir ceux dont l'image lui apparaît encore au milieu des souvenirs de son enfance ; il faut qu'il ait la force de les réclamer . d'une façon impérativeetde braver les moqueries; mais, en revanche, on ne lui demande pas s'il lui plaira de servir de sujet à des démonstrations anatomiques ; sa volonté ne sera même pas consultée ; on disposera de son corps, on s'en emparera brutalement, en le dépouillera de ce dernier et unique bien; il le sait; alors, jetant un i-egard sur les misères, les injustices, les douleurs dont sa vie a été abreuvée, se voyant déjà en morceaux sur la pierre de l'amphithéâtre, son dernier soupir pourra-t-il être autre chose qu'un cri de révolte, de malédiction contre la société ?
Sans doute il est nécessaire et légitime de fournir aux médecins lo moyen de se perfectionner dans leur
AUTOI'SIK OULir.ATOIllE W nrl, la science n'existerait .pas sans cela. Ce n'est pas détourner l'hôpital de sa bienfaisante destination que de les faire servir à l'instruction médicale, niais faut-il tant parler de liberté, des droits de l'homme, du respect de sa personnaUlé, quand on n'éprouve aucun scrupule à s'emparer de ses restes, dès que la vie a cessé de l'animer.
Dans la séance de la Chambre du 16 février 1886, au cours de la discussion de la loi sur les enterrements civils, un député de l'extréme-gauche proposa et fit adopter en première lecture un amendement consacrant la propriété de tout majeur ou mineur émancipé sur son propre corps et le droit d'en disposer au profit des établissements d'instruction publique, des Sociétés savantes, et surtout des Sociétés de libre pensée.
Pourquoi en effet l'homme qui se vend si souvent pendant sa vie ne pourrait-il pas se donner après sa mort?
Déjà, une Société d'autopsie, fondée par le docteur Broca, a reçu de la part de quelques-uns de ses membres des libéralités de cette nature et possède dans ses collections le cerveau de Gambetta, celui d'un rédacteur du Rappel, voire même d'un écrivain des Débats et de plusieurs autres adeptes ; nous ne voyons pas grand inconvénient, pour notre part, au plaisir que peuvent trouver certaines personnes à préférer pour leurs restes l'armoire d'un musée ou le bocal d'esprit-de-vin à la majesté du sépulcre ;
l'AlUS ijL'I SOUFFHK mais t^i on met le corps au nombre des biens Iransmissibles par tcslaraenl, on ne devrait pas plus pouvoir s'en emparer que de toute autre propriété, en l'absence d'une disposition formelle, à moins de créer une inégalité de plus entre le riche et le pauvre ?
On a, malgré les protestations des médecins, expulsé les sœurs auxquelles on reprochait de recruter des âmes pour l'éternité; chassera-t-on les médecins à leur tour s'ils recrutent des cadavres pour l'amphithéâtre ? Ceux qui croient le moins à l'âme, exigent les plus minutieuses déclarations, sous le prétexte de protéger sa liberté, et ils ne font rien pour protéger contre les profanations de l'autopsie, le corps qui est tout à leurs veux.
Ce qui, en réalité, apporta pendant longtemps le plus d'entraves aux travaux anatomiques, ce fut la rivalité des différentes branches de la science; jamais pires ennemis ne se firent une guerre plus acharnée que les médecins et les chirurgiens.
« Ces malheureuses dissensions, ces habitudes de « haine et de discorde, cet oubli de la grandeur de « la profession, a-t-on dit, dérivèrent dès l'origine « des deux grands courants de l'art de guérir et les I empêchèrent longtemps de se confondre, pour « porter en commun et répandre comme aujourd'hui « tant de science et de lumière. »
On se disputait les cadavres de part et d'autre pour
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les dissections qui se faisaient à l'école de médecine, dans les hôpitaux, à ramphilhéàtredeSaint-Gôme, au jardin royal des plantes et dans les cours particuliers.
Deux obstacles s'opposaient principalement à l'élude de l'anatomie, fait remarquer une note de la collccLion Lamoignon : « Le petit nombre de cadavres '< provenant des exécutions et l'assujettissement de « ne pouvoir obtenir aucun corps sans le consente- « ment de la faculté de médecine. »
Il était extrêmement difficile d'obtenir des cadavres venant des hôpitaux ; si on parcourt les quelques registres de l'Hôtel-Dieu qui ont échappé au*;; incenilies de mai 1871, on voit bien souvent (12 février 16oo, 17^8, 1731, 1733, 30 avril 1749) le bureau refuser des cadavres à des chirurgiens auti'es que ceux de l'hôpital, par crainte, porte une des délibérations, « de priver les cent chirurgiens de la maison, qui sont « employés au sei-vice des pauvres malades, des « secours nécessaires à leur instruction s. Les médecins qui prétendaient tout régenter, les chirurgiens qui cherchaient à se soustraire à une humiliante tutelle, et jusqu'aux barbiers, qui aspiraient à pénétrer au delà de l'épiderme, tous s'arrachaient les sujets, en s'opposanl, dans leurs mémorables querelles, dont profitaient les avocats^ non seulement les. ordonnances des rois et les arrêts des Parlements, mais en usant de moyens belliqueux ; les apprentis chirurgiens envahissaient l'amphithéâtre de la faculté et les étudiants en médecine la
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salle (lu collège de Sainl-Gôme ; l'aulorité élail obligée d'intervenir et les infortunés que ces puissances rivales s'étaient déjà disputés pendant leur vie eussent été exposés à être écartelés après leur mort, si la police ne les eût protégés contre de scientifiques ardeurs.
Eu 1717, par exception, l'Hôtel-Dieu avait accordé à l'anatomiste Duvernet l'autorisation de prendre des corps, mais il en abusa en ne remplissant aucune des conditions imposées et en subornant le fossoyeur du cimetière rie Glamart ; « ce qui intéresse la religion », fit remarquer le maître spirituel de l'Hotel- Dieu, i et excita de grandes rumeurs de la part du menu peuple, qui se plaignait tout haut qu'on violait le droit de sépulture, qu'on fesait un commerce public du corps de leurs parents. »
Duvernet no fut pas le seul, t A l'égard des cadavres inhumés dans les paroisses, » porte la note de la collection Lamoignon déjà citée, « les étudiants « en chirurgie en achètent souvent des fossoyeurs à <( l'insu des curés et des marguilliers et l'on ne pour- « suit que ceux qui ne sont pas assez adroits ou assez « heureux pour enlever ces cadavres et faire des « études particulières dans un profond secret. Ordi- « nairement ce sont ceux qui ont le plus d'ardeur « pour s'instruire qui vont travailler en particu- « lier. ï
A chaque page sur les registres de l'Hotei-Dieu, on trouve la trace d'incidents de cette nature.
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Le 30 décembre 1624, c'est une plainte à propos d'un emballeur (on appelait ainsi l'homme qui mettait en bière) « qui aurait vendu et livré unq corps d'un « défunct à un chirurgien, lequel avait esté ensepvely « et mis au charriot pour être porté en sépulture, « mais à l'issue des portes du dit Hostel-Dieu, du « costé du petit pont, les dits emballeurs l'auraient « livré aux chirurgiens i.
Le 30 mai 1682, on signale le fossoyeur de l'Hôtel- Dieu qui vend des cadavres.
Le répertoire de Guyot cite le cas du fils d'un fossoyeur de Saint-Sulpice qui fut admonesté et condamné à l'aumône par un arrêt dul2 juillet 1683 pour avoir vendu plusieurs cadavres à des chirurgiens.
En 1771 le fossoyeur du cimetière de l'Hôtel-Dieu et, son garçon sont dangereusement blessés en voulant s'opposer à l'enlèvement d'un corps par deux chirurgiens.
Enjanvier 1780, à deux jours de distance, des bandes avec bâtons, sabres et épées escaladent les murs et enlèvent vingt-quatre cadavres. «• Les gens « qui se livrent à ce brigandage, j porte le registre, « sont des élèves en chirurgie qui se font soutenir par « des soldats recruteurs en semestre, et il se fait un « commerce de ces cadavres a raison de un louis la « pièce. I
« Les élèves, au défaut d'argent, » écrivait Mercier dans l'un de ses tableaux, t escaladent la nuit les « murs d'un cimetière, volent le corps déposé et en-
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« seveli la veille elle dépouillent de son linceul... « Il y a un commerce suivi entre les corbeaux des « cimetières et les disciples des maîtres en chirurgie. « En allant prendre une leçon gratuite d'analomie, < on pourrait (ce qui est horrible à penser) rencon- « trer sur le marbre noir son. père, son frère, son « ami, qu'on aurait enterré et pleuré la veille. »
« Le soir, en allant chez la marquise, raconte Rétif « de laBretonne dans sa XXXI nuit, je voulus passer « près du cimetière Saint-Séverin, il était ferme; « je pris par la ruelle des Prêtres et je vins écouler « à la grille. J'entendis quelque bruit et je me tins « assis sous la porte du presbytère. Au bout d'une « heure, un homme ouvrit la grille du cimetière et « quatre jeunes gens sortirent, emportant un corps « dans son linceul et se précipitèrent dans une petite « maison obscure de la rue de la Harpe. »
Tout en faisant la part de certaines exagérations assez fréquentes chez ces chroniqueurs, il n'en est pas moins certain que les médecins, et surtout les élèves, qu'on désignait avec une sorte de mépris sous le nom de carabins, faisaient fort peu de cas delà majesté de la mort; la passion de la science a ses entraînements; les anatomistes anglais qui, en 1833 assommaient les passants, attiraient les étrangers dans des guet-apens et étranglaient les ivrognes pour fournir des sujets à l'amphithéâtre de Knox, montrent que le désir de s'instruire, sentiment fort honorable, peut quelquefois inspirer de fort vilaines actions.
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Souvent aussi, les étudiants des différentes corporations clierchaient à s'emparer par violence des corps des supplicies réservés à la faculté, qui était obligée d'appeler le guet au secours de ses privilèges, menacés.
Plainte fut faite à la cour par le procureur général, porte le préambule de l'arrêt du l^"" février '1630 qui intervint à cette occasion à raison « des voies de « fait, violences et meurtres qui se commettent par < les escoliers, étudiants en médecine et compagnons « chirurgiens qui, pour avoir le corps de ceux qui t sont exécutés, attirent des vagabonds, pages et « laquais, et les emportent de force, violant l'auto- « rité du roi et le respect dû à la justice ».
Les dissections pratiquées en fraude compromettaient d'une autre façon encore le respect dû à la mort; il fallait faire disparaître les débris, on se servait de la rivière et des égouts.
Le 16 février 1703, le bureau de l'IIôtel-Dieu, sur la plainte que des médecins jettent les ossements dans des lieux indécents, leur défend de ne plus faire d'autopsie dans leurs chambres ou autres endroits, ni d'y porter aucune pai-tie de cadavres, à peine d'être, sur-le-champ, congédiés de la maison et, pour cela, il fait mettre un cadenas à la porte de la salle des Morts, avec une clef pour la mère prieure et l'autre pour les religieuses qui la remplaçaient.
« Quand le corps a été haché, disséqué, » rapporte Mercier dans son 72° tableau, « l'anatomiste ne sait
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« plus comment le replacer au lieu où il l'a pris; il « en jeltc cl en disperse les morceaux où il peut; des « os humains se trouvent môles avec les os des ani- « maux qu'on a dévorés et il n'est pas rare de trou- « ver dans des tas de fumier des débris de l'espèce « humaine. »
On pourrait penser que ce tableau serait trop poussé au noir si des témoignages contemporains et irrécusables ne venaient en attester l'exactitude.
Il suffit, pour s'en assurer, de parcourir les registres de la basse geôle.
Prenons, par exemple, l'année 1788 et contentonsnous de reproduire, en respectant l'orthographe les mentions relatives aux restes humains ramassés dans la rue.
1" janvier 1788, plusieurs débris de cadavres. 23 — un débris de cadavre masculin. 28 février, deux fétus, un bras et un crâne.
13 mars, des debry de cadavres.
7 avril, des débris de cadavre.
21 — un irons masculin.
26 — un tronc masculin.
8 mai, des débris de cadavre.
14 — des débry de cadavre.
23 — Une carcasse d'emphant masculin.
27 — des débris de cadavre, id. — des débris.
3 juin, une jambe.