‹ Paris qui souffreChapitre 23 sur 60 · RÉVOLUTIONS ET ÉMEUTES ISQ · texte numérisé non relu

RÉVOLUTIONS ET ÉMEUTES ISQ

jeune fiUe qu'une balle perdue était venue frapper sur la place Haubert.

La répression fut énergique ; si elle sauva le pays qui allait jouir de seize ans de prospérité, elle souleva bien des colères ; dans un récit plein d'exagérations calculées, Rey Dusseuil représentait la Morgue le lendemain du combat et s'exprimait ainsi en parlant des ministres : <t Ils se chargent de nourrir de victit mes ce gouffre béant; ils étanchent la soif de ces « dalles avec le sang des plus généreux citoyens ; ï pour remédier aux longs maux qu'ils ont jetés sur t nous, pour consolation à leur ordre de choses où « tout va au désespoir, ils nous ouvrent à deux bat- . tants les portes de la Morgue et leur police nous y . pousse l'épée dans le flanc. »

La révolution vaincue pour quelque temps se vengea par l'ironie; un des journaux les plus violents de l'opposition, la Caricature, publia dans son numéro du 31 janvier 4833 un dessin qui représentait le roi tout seul devant le vitrage de la Morgue, le regard fixé sur deux corps couverts de blessures.

Au-dessous du dessin, on avait écrit ces mots suivis

de plusieurs points : t La République a pâli » Le

roi en elfet, répondant au compliment du Conseil. d'Etat à l'occasion du 1" janvier, avait dit : « L'ap- <r pui de la nation, la fermeté de la garde nationale, c le patriotisme de nos troupes de ligne réunies à « elle, ont facilement triomphé dos factieux; ils ont

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« dû reconnaître que la République pâlissait devant t le trône constitutionnel. >

Les combats du 12 mai 1839 rue Transnonain, où l'insurrection organisée par Blanqui et Barbès fut vigoureusement écrasée, amenèrent à la Morgue deux soldats et vingt insurge's.

Par un hasard singulier les premiers insurgés se groupèrent près de la Morgue elle-même ; dans le livre intitulé Choses vues, Victor Hugo raconte qu'il eut la première nouvelle de l'émeute par un domestique de sa maison et il ajoute: t Les assaillants sont « partis de la Morgue, que le brave homme appelle « la Morne ; pauvres gens, jeunes fous, avant vingt- <t quatre heures bon nombre de ceux qui sont partis « de là seront revenus là. »

Cette fois l'antithèse n'avait rien de forcé.

On a fait remarquer, et le fait est exact, que parmi eux se trouvaient un jeune homme de vingt-quatre ans , Guillaume Omet, qui avait dans sa poche sa nomination de préfet de police; Jean Toures, condamné, par la cour des pairs dans le procès d'Avril à vingt ans de détention et auquel l'amnistie de mai 1737 avait , comme il arrive toujours, donné envie de recommencer; le couvreur Fournier qui en 1830 avait arboré le premier drapeau tricolore sur les tours Notre-Dame ; il avait eu la croix de Juillet, il voulut monter en grade, et ce fut à la Morgue qu'il vint, moins avisé que d'autres, terminer sa carrière politique.

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